Le percement d'un second tube routier au Gothard a de bonnes chances d'être accepté le 28 février

La rénovation actuelle du tunnel du Gothard a de bonnes chances de passer le 28 février. 64% des citoyens y seraient favorables, contre 7% d'indécis.

02 févr. 2016, 07:00
La rénovation du tunnel du Gothard ne semble plus diviser les Suisses.

Le percement d'un second tube routier au Gothard pour rénover l'actuel tunnel a de bonnes chances d'être accepté le 28 février. Selon le premier sondage gfs.bern, 64% des citoyens y sont favorables. Même s'il ne reste que 7% d'indécis, la droite et les milieux économiques ont sorti les gros moyens pour gagner.

Le caractère mythique du site rend cette votation particulière, avait remarqué la conseillère fédérale Doris Leuthard en lançant sa campagne. Partisans et opposants à un second tube ne s'y sont pas trompés : la bataille politique soulève les passions et les moyens. Le comité interpartis favorable au percement d'un deuxième tunnel comptait rassembler 2 millions de francs, les opposants 1,5 million.

Le tunnel routier du Gothard, ouvert en 1980, doit être rénové. Le Conseil fédéral et le Parlement ont opté pour la construction d'un nouveau tube afin de mener les travaux tout en laissant les voitures circuler sur cet axe.

Une fois le premier tube rouvert, en principe en 2030, les véhicules pourront transiter dans les deux installations, mais sur une seule voie. La loi stipule que l'autre servira de bande d'arrêt d'urgence. Pour circuler sur quatre pistes, il faudrait changer la constitution, rappelle le Conseil fédéral.

Près de 3 milliards

Refusant de s'en laisser conter, la gauche et une cinquantaine d'associations environnementales ont lancé un référendum. Elles craignent qu'aux premiers bouchons et sous la pression de l'Union européenne, les deux voies de circulation de chaque tunnel soient utilisées, doublant le volume de trafic et violant de fait l'initiative des Alpes.

Bruxelles, interrogée par les services de Doris Leuthard, n'a pas émis d'objection à ce qu'après rénovation, le trafic dans chaque tube circule sur une seule voie.

Routes romandes pénalisées

Le risque d'une forte augmentation du nombre de poids lourds traversant la Suisse du nord au sud n'est pas la seule crainte du comité référendaire. Les projets routiers romands, comme le contournement de Morges (VD), du Locle ou de la Chaux-de-Fonds (NE), pourraient être pénalisés par la construction d'un second tube.

Les opposants jugent le projet beaucoup trop cher par rapport à son importance: en moyenne 17'000 véhicules traversent chaque jour le Gothard, alors que 100'000 véhicules empruntent quotidiennement l'axe Lausanne-Genève.

L'Office fédéral des routes a calculé que la construction d'un 2e tube coûterait environ 2,8 milliards, et les variantes sans entre 1,4 et 2,2 milliards. Dans le premier cas, le passage entre le Tessin et la Suisse resterait ouvert, alors que le tunnel serait fermé pendant plus de trois ans dans le second.

Selon certains experts en transports, le ferroutage est la solution pour éviter la construction d'un deuxième tube au Gothard. Cette alternative serait non seulement moins coûteuse et plus efficace mais garantirait la liaison avec le Tessin. De plus, elle favoriserait la politique de transfert du trafic de la route au rail.

Tessin isolé

Une telle proposition ne tient pas la route, réfutent la droite et les milieux économiques. Les sites potentiels (Biasca et Erstfeld) destinés au chargement des poids lourds sont controversés en raison des nuisances occasionnées et des recours sont à prévoir.

Fermer le Gothard pendant plus de trois ans isolerait le Tessin. D'après le sondage de l'institut gfs.bern, une majorité de ses habitants veulent que le tunnel reste disponible en permanence. Le projet divise cependant le gouvernement et est impopulaire dans le sud du canton. Des médecins ont rappelé qu'on y trouve les taux les plus élevés de particules fines de Suisse.

Quant à la crainte que les projets routiers romands soient abandonnés, la ministre PDC des transports la balaie d'une main. Le Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (FORTA) assurera probablement dès 2018 leur financement. Le Conseil fédéral prévoit d'allouer quelque 890 millions de francs par an en moyenne entre 2018 et 2030 pour achever le réseau routier et améliorer les capacités.

Finalement, un deuxième tube a l'avantage d'améliorer la sécurité d'un site frappé par la tragédie de 2001. Les collisions pourront mieux être évitées et les secours intervenir plus rapidement en cas de problème.