S'estimant "injurié", Depardieu "rend son passeport" français

Dans une lettre ouverte au Premier ministre français Jean-Marc Ayrault, Gérard Depardieu annonce qu'il rend son passeport français. L'acteur s'estime "injurié" par les critiques après son exil fiscal en Belgique
06 août 2015, 15:21
FILE - In this Friday, Feb. 19, 2010 file photo French actor Gerard Depardieu poses at a photo-call of the film 'Mammuth' in Berlin, German. A Belgian mayor said Monday Dec. 10, 2012, famed French actor Gerard Depardieu has bought a home and set up legal residence in his small town, lured by the food, the people, the lifestyle _ and lower tax rates than back home. (AP Photo/Kai-Uwe Knoth, File)

L'acteur Gérard Depardieu a annoncé dimanche qu'il "rendait son passeport" français. Il s'estime "injurié" par les critiques sur son exil fiscal en Belgique, notamment par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui avait jugé "assez minable" son départ.

"Minable, vous avez dit 'minable'? Comme c'est minable", rétorque l'acteur dans une lettre ouverte publiée par le "Journal du dimanche". "Je ne demande pas à être approuvé, je pourrais au moins être respecté. Tous ceux qui ont quitté la France n'ont pas été injuriés comme je le suis", écrit-il.

"Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent en fait la différence doit être sanctionnée", poursuit celui qui va aller vivre dans le village de Néchin, frontalier de la France, comme de nombreux autres riches Français attirés par la fiscalité avantageuse de la Belgique où il n'y a pas d'impôt sur la fortune ni de taxation des plus-values.

145 millions d'euros d'impôts

Rappelant avoir commencé à travailler "à 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique", il affirme avoir "toujours payé (ses) taxes et impôts". Il dit notamment avoir "payé, en 2012, 85% d'impôts sur (s)es revenus" et "145 millions d'euros d'impôts en quarante-cinq ans".

"Je ne suis ni à plaindre, ni à vanter, mais je refuse le mot 'minable'. Qui êtes-vous pour me juger ainsi, je vous le demande, M. Ayrault, Premier ministre de M. Hollande, je vous le demande, qui êtes-vous ?", poursuit l'acteur en interpellant le chef du gouvernement.

"Je vous rends mon passeport et ma Sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi", ajoute-t-il. "Nous n'avons plus la même patrie, je suis un vrai Européen, un citoyen du monde."

Réactions indignées

La ministre de la Culture Aurélie Filipetti s'est dite "tout à fait scandalisée" par ces déclarations. "La citoyenneté française c'est un honneur, ce sont des droits et des devoirs aussi, parmi lesquels le fait de pouvoir payer l'impôt. Participer à l'effort national face à à la crise économique, c'est un acte de patriotisme", a-t-elle dit.

"Il aurait mieux fait de s'abstenir et en l'occurrence, on regrette que Gérard Depardieu ne retourne pas au cinéma muet", a-t-elle dit, rappelant que le cinéma français doit son succès à l'étranger à un copieux système de subventions et de soutien par l'argent public.

Le ministre du Travail Michel Sapin a lui aussi brocardé ces propos. "Au-delà de la personnalité, au-delà du talent, c'est une forme de déchéance personnelle que je trouve dommageable. Je ne dis pas déchéance pour la personne, je dis que c'est une attitude pas à la hauteur de l'acteur", a-t-il dit.

Exil des grandes fortunes

"On ne choisit pas son passeport en fonction de sa feuille d'impôt", a renchéri le patron du Parti socialiste Harlem Désir. La droite elle a préféré mettre en cause la politique de la gauche qui a alourdi la fiscalité des plus fortunés depuis son arrivée au pouvoir en mai.

La presse fait régulièrement état de grandes fortunes sur le départ. Le patron du groupe LVMH, le milliardaire Bernard Arnault, s'est ainsi retrouvé en septembre au coeur d'une polémique après sa demande de double nationalité franco-belge. Il a cependant affirmé qu'il continuerait "comme tous les Français" à payer ses impôts dans l'Hexagone.

Retour de Houellebecq

Les mouvements peuvent aussi se faire dans l'autre sens: l'écrivain Michel Houellebecq a confirmé dimanche son retour à Paris après onze ans passés en Irlande. Il a expliqué sa démarche par "la conjugaison du mauvais temps en Irlande, de la pratique de la langue anglaise et le désir d'être un bon citoyen".

"Si j'ai choisi la France plutôt qu'un pays francophone (Belgique ou Suisse), c'est pour des raisons personnelles, pas dans une démarche militante", a expliqué l'auteur.

"Disons que l'argent est important, mais que ce n'est pas ce qu'il y a de plus important. La raison majeure est que j'ai envie de parler, à nouveau, ma langue dans la vie quotidienne", a-t-il expliqué.