Procès: le procureur doute de la version des faits de Pistorius

Le procureur Gerrie Nel a expliqué comment il trouvait "très improbable" l'histoire racontée par Oscar Pistorius.
11 avr. 2014, 15:45
Oscar Pistorius leaves the high court in Pretoria, South Africa, Friday, April 11, 2014. Pistorius is charged with the murder of his girlfriend Reeva Steenkamp, on Valentines Day in 2013. (AP Photo/Themba Hadebe)

Le procureur a accusé vendredi Oscar Pistorius d'avoir délibérément assassiné sa petite amie Reeva Steenkamp le 14 février 2013, ne croyant pas un mot de sa version des faits. Selon les dires de l'ancien athlète, ce dernier pensait tirer sur un cambrioleur caché dans les toilettes. Le procès se poursuit.

"En fait, vous saviez que Reeva était derrière la porte, et vous avez tiré sur elle. C'est la seule chose plausible", a tonné le procureur Gerrie Nel au terme d'une éprouvante matinée de contre-interrogatoire, avant de demander un ajournement du procès jusqu'à lundi.

Un grand silence avait plané quelques minutes plus tôt sur le tribunal de Pretoria, quand le procureur a demandé au champion: "êtes-vous sûr, M. Pistorius, que Reeva n'a pas crié après le premier coup de feu ?" Selon des experts, le premier des quatre coups de feu tirés à travers la porte des toilettes a touché la victime à la hanche, lui laissant théoriquement le temps de crier, comme l'ont entendu des témoins.

Les mâchoires tremblantes, Oscar Pistorius s'est rassis, regardant la juge. Après ce qui a semblé une éternité, il a repris la parole pour dire: "j'aurais aimé qu'elle hurle ou crie".

"Improbable"

Ménageant ses effets, Gerrie Nel a expliqué comment il trouvait "très improbable" l'histoire racontée par M. Pistorius. Celui-ci dit avoir entendu du bruit dans la salle de bains, cru à l'intrusion d'un cambrioleur, saisi son arme en disant à Reeva d'appeler la police, sans obtenir de réponse. Il affirme y être allé prudemment sur ses moignons, avoir entendu du bruit dans les toilettes, pensé que quelqu'un allait sortir pour l'attaquer, crié à Reeva d'appeler à l'aide - sans obtenir de réponse - et avoir tiré.

"Vous ne pouvez pas être vulnérable et aller au danger", a souligné le procureur, faisant référence aux longues explications de l'athlète double amputé, peu mobile sans ses prothèses et craignant toujours pour sa sécurité.

Question d'instinct

Pourquoi n'avoir pas vérifié où était Reeva ? Pourquoi n'a-t-elle pas répondu pour signaler sa présence quand il lui a crié d'appeler à l'aide ? "Elle n'avait pas peur d'un intrus, elle avait peur de vous!", a lancé le procureur. Ce dernier a estimé que les deux amants, dont la relation était passablement agitée, s'étaient violemment querellés cette nuit-là.

"Ce n'est pas vrai, madame", a répondu Pistorius, s'adressant formellement à la juge. "Je ne voulais tuer personne", a insisté l'accusé, qui a indiqué avoir suivi son "instinct". "Je soumets à interrogatoire (votre) version, qui n'est pas vraie", a déclaré le redoutable procureur.

Depuis le début de l'audience, ce dernier s'était employé à pilonner les positions d'Oscar Pistorius, l'accusant d'arranger son témoignage et de surjouer sa peur maladive de la criminalité.

Très agacé par les trous de mémoire de l'athlète qu'il juge sélectifs, le procureur a également haussé le ton à plusieurs reprises, accusant Oscar Pistorius de réécrire l'histoire.