Présidentielle française: pas de round d'observation entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron

Marine Le Pen a donné le ton, mercredi soir, à l'occasion de l'unique débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle française. La candidate du Front National et le fondateur d'En Marche se sont échangés des amabilités dès les premières secondes du direct.

03 mai 2017, 21:32
/ Màj. le 03 mai 2017 à 22:49
Des millions de Français ont passé leur soirée devant leur petit écran pour cet unique débat de l'entre-deux-tours.

Choc frontal et virulent mercredi soir lors du débat télévisé entre les deux finalistes de la présidentielle française: la candidate d'extrême droite Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron d'être le "candidat de la mondialisation sauvage", le candidat pro-européen lui reprochant de "dire beaucoup de mensonges". Le duel a été particulièrement virulent, agressif, parfois inaudible.

 

Sommés de convaincre indécis et abstentionnistes pour remporter le deuxième tour de dimanche, les deux candidats se sont attaqués dès les première secondes de leur duel à 21h00 devant plusieurs millions de téléspectateurs.

Mme Le Pen, anti-euro et anti-immigration, s'est présentée comme "la candidate du peuple", "de la nation qui protège (...) les emplois, la sécurité, les frontières, du fondamentalisme islamiste", en totale opposition à M. Macron, "l'enfant chéri du système et des élites".

 

La candidate de 48 ans, sourire ironique aux lèvres, s'est ingéniée à provoquer l'ex-ministre de l'Economie, "piloté par François Hollande", le renvoyant à sa participation au gouvernement très impopulaire du président sortant.

 

"Vous portez l'esprit de défaite"

Le candidat centriste de 39 ans a répliqué: "ce que vous portez, c'est l'esprit de défaite", a-t-il dénoncé. Avec Mme Le Pen,"on va sortir de l'euro, de l'Europe", a-t-il souligné, alors que selon les sondages une majorité de Français sont hostiles à une sortie de la monnaie unique. La France, "ce qui fait sa force, c'est qu'elle rayonne partout", a-t-il argué.

 

"Votre stratégie, c'est de dire beaucoup de mensonges aux Français", a-t-il attaqué, alors que Mme Le Pen a entretenu le flou ces dernier jours sur le dossier européen. "Vous êtes l'héritière d'un système qui prospère sur la colère des Français depuis des décennies".

L'émission a débuté de manière assez décousue, les deux candidats s'interrompant sans cesse et rentrant dans les détails de dossiers économiques, contraignant les journalistes animant les échanges à leur demander d'"avancer" pour redonner une cohérence au débat.

Une tension palpable

Il est vrai que leurs programmes sont diamétralement opposés. Le discours d'Emmanuel Macron, libéral en termes d'économie et de société, plaît surtout aux jeunes urbains, aux classes moyennes et aux milieux d'affaires. Celui de Marine Le Pen, anti-immigration, anti-Europe et anti-système, séduit les classes populaires, les ruraux, les "invisibles" et capte le ras-le-bol de Français victimes d'un chômage endémique.

 

La tension entre les deux prétendants à l'Elysée était palpable, leurs attaques portant tant sur les programmes que leurs personnalités respectives. M. Macron a ainsi reproché à Mme Le Pen, "héritière d'un parti de l'extrême droite française", sa "logorrhée" et son absence d'"esprit de finesse".

Attention à l'abstention

Après dix jours d'une campagne à couteaux tirés entre les deux tours de la présidentielle, M. Macron reste en tête dans les sondages, aux alentours de 60% d'intentions de vote, mais l'écart semble se resserrer avec Mme Le Pen, très offensive. L'abstention oscillerait entre 22 et 28% dimanche.

L'échec du héraut de la gauche antilibérale Jean-Luc Mélenchon et du conservateur François Fillon, au premier tour, a laissé un goût amer à une cohorte d'électeurs qui refusent de choisir entre "la peste et le choléra".

 

La candidate d'extrême droite n'a eu de cesse de courtiser les électeurs de M. Mélenchon, dont moins de 20% devraient se tourner vers elle tandis que près la moitié devrait se reporter sur Emmanuel Macron, au programme social-libéral et pro-européen, selon plusieurs sondages. Quant à l'électorat de M. Fillon, un quart à un tiers devrait voter Marine Le Pen et moins de la moitié pour M. Macron.

A droite, le parti des Républicains a prévenu que les élus qui "se rapprochent du Front national" pour la présidentielle seront exclus.