L'écrivain italien Antonio Tabucchi est décédé à Lisbonne

Antonio Tabucchi est considéré comme l'un des plus grands écrivains italiens contemporains.

26 mars 2012, 07:04
137526246

L'écrivain italien Antonio Tabucchi est décédé à Lisbonne à l'âge de 68 ans des "suites d'une longue maladie", a-t-on appris dimanche auprès de son traducteur en français, Bernard Comment. Privilégiant dans ses oeuvres les histoires d'antihéros, il était sans doute le plus européen des écrivains italiens.

Auteur d'une vingtaine de livres traduits dans une quarantaine de langues, ce Toscan francophone avait une seconde patrie: le Portugal. Tabucchi était le traducteur et le spécialiste de l'un des plus grands écrivains portugais, le poète Fernando Pessoa.

Plusieurs de ses romans ont été portés à l'écran, dont "Nocturne indien" (prix Médicis étranger, 1987) par Alain Corneau, et "Pereira prétend" par Roberto Faenza avec Marcello Mastroianni, ce qui a contribué à faire de Tabucchi un auteur à succès.

Professeur de langue et de littérature portugaises à l'université de Sienne (Italie), romancier, nouvelliste, Antonio Tabucchi a été chroniqueur en Italie pour le "Corriere della Sera" et en Espagne pour "El País". Tabucchi était aussi un écrivain engagé, connu en Italie pour son opposition radicale à l'ex-chef de gouvernement Silvio Berlusconi.

Le gouvernement portugais a salué dimanche soir "l'ami intime du Portugal". "Il interrogeait avec une sagesse et une intelligence remarquables nos silences et nos tragédies. Il a été un excellent ambassadeur de la littérature portugaise", a indiqué le secrétaire d'Etat à la Culture Francisco José Viegas.

"Les gens qui doutent (...) sont vivants"

L'auteur aimait les histoires courtes - "une forme fermée comme le sonnet" - et ses nombreux romans écrits d'une écriture limpide avaient pour sujet des personnages sans envergure dont le destin bascule avec un voyage ou une rencontre.

"Les gens qui doutent souvent ont quelquefois une vie plus pénible et épuisante, mais ils sont vivants (...) Je n'aime pas les personnages dont les vies sont pleines, satisfaisantes", avait résumé l'écrivain aux petites lunettes rondes et au crâne dégarni, dans un entretien au "Courrier de l'Unesco".

Fils unique d'un marchand de chevaux, Antonio Tabucchi, né le 24 septembre 1943 à Pise, en Toscane, étudie la philologie romane, puis à partir de 1962, la littérature à Paris, où il découvre à la Gare de Lyon un recueil en français du "Bureau de tabac" de Fernando Pessoa.

Son enthousiasme lui fait découvrir la langue et la culture du Portugal, qui deviendra sa deuxième patrie. Il poursuit alors des études de littérature portugaise à l'université de Sienne et rédige une thèse sur le "Surréalisme au Portugal". Passionné par l'oeuvre de Pessoa, il traduit toute son oeuvre en italien, avec sa femme, rencontrée au Portugal.

Roman historique

Mais son premier roman, "Place d'Italie" (1975) est situé dans son pays natal. Tabucchi y revisite l'histoire de l'Italie à travers ses perdants, en dressant le portrait de trois générations d'anarchistes toscans, depuis la période garibaldienne jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Après plusieurs autres écrits, dont "Le fil de l'horizon" - où l'employé d'une morgue cherche à tout prix à mettre un nom sur un cadavre -, l'auteur connaît son premier succès hors des frontières avec "Nocturne indien" (1984).

Ce roman, salué par le Prix Médicis en France et qui a inspiré un film au Français Alain Corneau, raconte le voyage aux allures de vagabondage d'un homme parti à la recherche d'un ami disparu, mais qui poursuit finalement la quête de sa propre identité, comme la plupart des personnages du romancier.

"Pereira prétend"

Avec "Requiem" (1992), une errance à Lisbonne écrite en portugais, puis "Pereira prétend" (1994), dont la trame se déroule sous la dictature de Salazar, Tabucchi affirme définitivement sa fascination pour sa seconde patrie.

Pereira, journaliste catholique dont l'auteur raconte la prise de conscience vers l'antifascisme, deviendra un symbole de la liberté d'information dans le monde entier mais aussi le porte-drapeau de la lutte contre l'arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi en Italie, en 1994. Le roman a été adapté au théâtre.