Coronavirus
 02.04.2020, 05:30

Coronavirus: derrière les portes des soins intensifs de l'hôpital de Sion

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Aux soins intensifs, la prise en charge des patients atteints du Covid-19 mobilise une armada de médecins et d’infirmiers. Pour s'occuper de huit patients, au moins huit soignants sont présents en permanence.

Santé Pour la première fois depuis le début de la pandémie de coronavirus, l’hôpital de Sion a ouvert les portes de ses soins intensifs à des journalistes. Immersion au milieu d'un personnel hospitalier sous tension.

Seuls des bips rompent le silence de cette fourmilière de médecins et d’infirmiers. Au cœur des soins intensifs de l’hôpital de Sion, le personnel médical se comprend d’un signe de la main ou d’une indication transmise à voix basse. Les gestes précis et rapides des professionnels font transparaître une maîtrise routinière. Après tout, une armada de soignants, protégés de la tête aux pieds, au chevet d’un patient qui ne répond pas, est inhérente aux soins intensifs.

Scène anxiogène

Ce n’est qu’en prenant du recul que la scène devient anxiogène. Huit lits et une quinzaine de soignants serrés dans un espace exigu, au premier étage du bâtiment. Le Coronavirus a contraint l’hôpital à réaménager une salle de réveil paisible en un haut lieu de prise en charge des plus sévères cas valaisans du Covid-19. Ceux qui sont seulement 60% en moyenne à ressortir guéris, au terme d’un traitement ultra-encadré de deux à trois semaines.

 

Appareils clés des soins intensifs, les ventilateurs assurent la respiration artificielle des patients. Ces imposantes machines remplies de technologie analysent en continu l’état de santé des malades et alertent en conséquence le personnel soignant par des signaux sonores. Photo: Keystone/Jean-Christophe Bott

 

Au fond de la salle, cinq soignants retournent un malade sur le ventre. Comme tous les patients des soins intensifs atteints par le coronavirus, cet aîné est placé seize heures par jour dans cette position, pour améliorer sa respiration. A trois lits de lui, une technicienne en radiologie médicale entreprend une image de poumons. Pendant qu’une intendante balaie le sol jonché de petits emballages de seringues et de pansements. Partout, la concentration est à son comble.

C’est vrai qu’il y a toujours des angoisses liées à la peur d’être infecté.
Gervaise Barras, cheffe du bloc opératoire

La lumière du jour fait du bien

«Heureusement que le soleil nous illumine», confie Gervaise Barras, d’ordinaire cheffe du bloc opératoire. «La lumière fait un grand bien aux équipes. De la même manière que plaisanter à la fin du service permet de relâcher la pression.» Travailler au contact de personnes contagieuses ne doit pas manquer de rajouter une couche de difficultés à une situation exceptionnelle déjà dure à gérer. «Au début, l’atmosphère était surtout stressante parce qu’il fallait mettre en place de nouvelles synergies. Cette situation s’est apaisée. Par contre, c’est vrai qu’il y a toujours des angoisses liées à la peur d’être infecté.»

 

Les masques sont comptés, même dans les hôpitaux. Le personnel des soins intensifs ne peut changer son modèle FFP2, le plus performent du marché, qu’une fois par service de douze heures. Dans les autres unités de soin avec des patients , les masques chirurgicaux sont la norme. Photo: Keystone/Jean-Christophe Bott

 

Des peurs que Gervaise Barras tient toutefois à contextualiser. «Les équipes des soins intensifs sont les mieux protégées, avec ces fameux masques FFP2 qui sont changés une fois par service de douze heures. D’ailleurs, seul un soignant du service est tombé malade.» A l’échelle francophone de l’Hôpital du Valais, 3,7% du personnel médico-soignant, soit une soixantaine d’individus, ont été infectés par le coronavirus. Et pas forcément sur leur lieu de travail.

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Anesthésistes formés sur le tas

Les huit lits de l’ancienne salle de réveil ne sont pas les seules installations dédiées aux soins intensifs. Mercredi, quinze boxes habituels de cette unité traitant des cas les plus lourds étaient dédiés aux malades du coronavirus. Mais la situation évolue très vite. Lorsque ces deux espaces ne suffiront plus, il restera les douze lits installés dans une partie dédiée du bloc opératoire. Au-delà, il faudra élargir la zone de prise en charge à d’autres services de l’hôpital.

 

Mardi à l’hôpital de Sion, 20 des 35 lits de soins intensifs disponibles étaient occupés par des patients nécessitant un lourd traitement. Photo: Keystone/Jean-Christophe Bott

 

«Cela dit, le vrai problème ne sera pas la place, mais le nombre de soignants», recadre, à l’intersection d’un carrefour très fréquenté du premier étage de l’hôpital, le Dr. Raymond Friolet, chef du service de médecine intensive. Dans son unité, la prise en charge de huit patients, en journée, comme c’est le cas dans la salle de réveil réaménagée, requiert deux médecins cadres, deux médecins assistants et au minimum huit infirmiers. Et comme ici, l’état de santé des malades nécessite une attention continue, un médecin, un médecin assistant et six soignants sont mobilisés chaque nuit. Sans compter les radiologues, infectiologues, pharmaciens, diététiciens, ainsi que les physios et ergothérapeutes qui tentent de limiter les séquelles musculaires de ceux qui quitteront l’hôpital guéris.

 

Tous les patients qui souffrent du coronavirus ne doivent heureusement pas être pris en charge aux soins intensifs. A Sion, la majorité des malades séjournent aux étages C et F où les soins qui leur sont prodigués dépendent des autres pathologies dont ils souffrent. Celles-ci sont souvent liées à l’âge. Photo: Keystone/Jean-Christophe Bott

 

Pour prévenir un handicapant manque de main-d’œuvre qualifiée, le personnel des soins intensifs est donc en train de former des anesthésistes et des infirmiers anesthésistes aux pratiques spécifiques des soins intensifs. «Cette formation sur le tas se passe bien, car ils ont par exemple déjà l’habitude d’utiliser des ventilateurs pour l’assistance respiratoire», précise le Dr. Raymond Friolet, la voix légèrement couverte par son masque. «Ce serait plus dur si nous devions former d’autres spécialistes.» Ce qui pourrait malheureusement n’être qu’une question de temps.

 

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