16.05.2019, 17:30

Grimentz: la première étable communautaire du Valais a 50 ans

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Trois des consorts de l'étable de Grimentz, Jean-Jacques Zufferey, Gérard Genoud et Dominique Salamin.

Agriculture Samedi, l’étable de Grimentz fête son demi-siècle. Lors de son inauguration, elle lançait un modèle révolutionnaire d’organisation qui survit aujourd’hui.

Samedi 18 mai, l’étable La Puchottaz de Grimentz est en fête. Il y a tout juste cinquante ans, les premières vaches y entraient. Particularité des lieux: il s’agit de la première étable en consortage du canton. D’autres suivront. Six autres en Anniviers.

Une étable en consortage n’a rien à voir avec un kolkhoze de l’époque soviétique. L’aspect communautaire est limité. «Il s’agit plutôt d’une juxtaposition d’exploitations indépendantes», résume Jean-Jacques Zufferey, fils de l’un des fondateurs, et propriétaire de vaches lui-même. Chaque consort fait son foin lui-même. Par contre, le soin aux bêtes est confié à un vacher.

Pour décharger les propriétaires de bétail

Il y a cinquante ans, Anniviers voyait le développement de son tourisme qui apportait du travail aux locaux. «Avec cette nouvelle situation économique, les gens de la vallée se posent la question: ne pourrait-on pas bientôt tourner le dos à la vache, ne plus devoir aller gouverner le samedi et le dimanche», se rappelle Gérard Genoud, président de l’étable, dans un message écrit à l’occasion de l’anniversaire. L’étable communautaire et son employé permettent de soulager les propriétaires de bétail des tâches quotidiennes, tout en permettant le maintien du bétail dans la vallée lequel joue un rôle important dans l’entretien du paysage qui attire les touristes. Il s’agit aussi de maintenir la race d’Hérens et toute la vie qui entoure ses combats.

Cette première valaisanne est révolutionnaire, mais pas tout à fait inédite dans le canton. Une grande partie des alpages valaisans fonctionnent depuis longtemps en consortage. Le modèle a été ramené un peu plus bas dans la vallée.

La construction de l’étable de Grimentz est favorisée par une autre idée, celle du conseiller d’Etat Guy Genoud, qui lance en 1968 l’opération cent. Elle consiste à construire une centaine d’étables modernes dans le canton, pour permettre à l’agriculture valaisanne de perdurer.

Anniviers, un cas particulier

En Anniviers, sur les sept étables communautaires construites, une seule a cessé de fonctionner de cette manière. Celle d’Ayer a été reprise par un privé. Les autres sont toujours en activité, à Grimentz, Saint-Jean, Vissoie, Mission, Saint-Luc et Chandolin.

Ailleurs dans le canton, plusieurs expériences similaires ont tourné court. Il ne reste plus guère que l’étable de Praz Pourris à Vétroz à fonctionner sur une base communautaire. Les autres sont retournées au privé.

Avenir incertain

Anniviers semble croire à l’avenir de son agriculture. «La nouvelle laiterie d’Anniviers, inaugurée en 2018, en est la preuve», estime Jean-Jacques Zufferey. Malgré tout, ce ne sera pas facile. Il devient compliqué de trouver des employés et la relève parmi les propriétaires de bétail n’est pas assurée à long terme.

Pour l’heure, l’étable de Grimentz compte huit consorts, dont un nouvel arrivé, un Vaudois habitant le village de Mollie-Margot.

Le regard du sociologue Bernard Crettaz sur le modèle anniviard

«Dès la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, l’arrivée des barrages apporte de l’argent et des emplois dans la vallée, ce qui vide le secteur agricole. Cet argent permet le développement du tourisme. La question se pose alors: quels sont nos atouts touristiques? Le maintien de l’agriculture est l’un de ses atouts. Parmi les personnes qui lancent les étables communautaires, on retrouve des gens comme Urbain Kittel qui ont toujours en eux la civilisation de la vache, sans être paysans. Pour eux, ce modèle permet de travailler tout en gardant un lien avec le bétail.

Les étables communautaires jouent un rôle écolo-ludo-social. Ecolo pour le maintien des prairies. Ludo car le rapport au bétail prend un aspect de loisir. Et social, car l’étable devient une sorte de salon où l’on cause le soir après le travail.

Ailleurs en Valais, comme à Bagnes, il y a cinquante ans, le monde de l’élevage connaissait une vitalité qu’Anniviers n’avait plus. Pour faire face à ce manque, les Anniviards ont dû être inventifs, ce qui explique que les étables en consortage s’y soient développées et pas ailleurs.»


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