Un Suisse sur 10 vit avec moins de 4000 francs par mois

En matière de salaires, la Suisse n'est pas forcément l'eldorado. Une personne sur dix y gagne moins de 4000 francs par mois.
07 août 2015, 11:03
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Licencier un frontalier sous prétexte qu'il refuse une baisse de salaire à cause de la cherté du franc est abusif.

En Suisse, 11,8% des travailleurs gagnent un salaire insuffisant pour vivre décemment. Les femmes et les titulaires d'un CFC sont particulièrement touchés.

Selon une étude de l'Université de Genève mandatée par l'Union syndicale suisse, le nombre de personnes gagnant moins de 3986 francs par mois pour un plein temps, soit le seuil des bas salaires pour le secteur privé et la Confédération, s'élèverait à environ 437'000. Une estimation plus réservée fait même état de plus de 500'000 personnes, en prenant en compte les salaires des cantons et des communes.

L'Office fédéral de statistique (OFS) arrive de son côté à 368'000 personnes. Il ne prend en considération ni les employés de l'agriculture et de l'économie domestique, ni l'ensemble des salaires pour calculer le seuil des bas salaires.

CFC et femmes mal payés

Les titulaires d'un certificat fédéral de capacité (CFC) représentent 40% des travailleurs à bas salaire, indique Roman Graf, l'un des auteurs de l'étude. Près de la moitié des actifs (48%) sont issus de cette filière de formation. "Un apprentissage ne représente plus la garantie d'un emploi décemment rémunéré", dénonce le président de l'USS Paul Rechsteiner.

Les femmes sont aussi particulièrement concernées puisque 15,8% d'entre elles perçoivent un bas salaire, contre 6,1% des hommes. Les Suissesses sont deux fois et demies plus touchées que les femmes de l'UE. L'USS pointe du doigt la discrimination salariale: les femmes touchent en moyenne 630 francs de moins par mois que les hommes pour un emploi équivalent, à qualifications égales.

Vente et restauration épinglées

Selon l'étude, les salariés des branches du commerce de détail (20%) et de la restauration (14%) sont les plus sensibles, suivies par ceux de secteurs spécifiques comme le nettoyage et l'horticulture (13%). Vania Alleva, coprésidente d'Unia, dénonce les grandes chaînes du commerce de détail, qui figurent souvent parmi les mauvais payeurs.

Au-delà des chiffres, l'USS insiste sur "les réalités sociales" et les difficultés quotidiennes rencontrées par les personnes touchées. L'Union syndicale est d'avis que l'introduction du salaire minimum, en plus de soulager les travailleurs à bas revenu, soutient la productivité de l'économie et incite les salariés à fonder une famille.

L'an dernier, l'USS a déposé une initiative sur les salaires minimums. Celle-ci demande à la Confédération et aux cantons d'encourager les conventions collectives de travail (CCT). Mais pour les secteurs où cela n'est pas possible, un salaire minimum de 22 francs de l'heure, soit 4000 francs pour 42 heures hebdomadaires, devrait être introduit.