Paléo, une constellation d'expériences humaines

Institution romande, le Paléo attire chaque année des milliers de Valaisans, chacun ayant un lien affectif aussi fort que différent avec la Plaine de l’Asse. Focus sur quatre façons de vivre le festival.

21 juil. 2017, 17:17
/ Màj. le 22 juil. 2017 à 08:00
Près de 40000 personnes qui se pressent devant la grande scène, comme ici pour le concert de Jamiroquai, ça fait du monde....

Florence, Sébastien, Cyrielle, Erik: en mode vintage

 

De gauche à droite: Cyrielle Formaz, Sébastien Maurer, Florence Maurer, Erik Bonerfält. @Cédric Sandoz

 

Ils sont quatre ce jour-là, Cyrielle, Erik, Florence et Sébastien. Ils sont parfois plus, parfois moins, des tentes se montent autour de leur petite caravane rabaptisée le «Club». A la base de ces réunions à géométrie variable, une fratrie sédunoise, Florence et Sébastien Maurer, qui depuis dix ans prend une bonne semaine de vacances pour vivre Paléo en mode camping. Et depuis quatre ans, et le legs grand-parental, dans une vénérable caravane qui a déjà vu pas mal de pays. «Nos grands-parents partaient en Italie, en Croatie avec... Nous, on ne fait presque que le Paléo, parce qu’on n’est pas sûr à 100% qu’elle pourrait aller beaucoup plus loin...», rigole Florence. 

Du coup, par rapport à la vie en tente, le véhicule apporte un brin de confort. Petit espace pic-nic, frigo, couchettes... «On a quelques années en plus... C’est appréciable», appuie Sébastien. Pour la troupe, les journées sont rythmées par la douceur de se laisser vivre, les parties de cartes, la piscine, les concerts sauvages qui fleurissent dans l’enceinte de camping et ceux du festival. «C’est une autre façon de vivre Paléo. Et ici, le camping est tellement bien structuré, tellement bien pensé!»

Peu de sommeil au programme finalement, mais pour eux comme pour beaucoup de campeurs, la semaine de vacances Paléo s’agrémentera d’une deuxième pour la récupération. 

Votre meilleur souvenir de Paléo?

Florence Maurer: «L’un de mes objectifs pendant plusieurs années au camping était de trouver une sorte de légendaire soirée goa sous un pont. Une nuit, j’ai suivi l’espèce de cortège improvisé qui se formait et je me suis retrouvée dans cette sorte de fête quasi-secrète. C’était assez fou.»

Votre moins bon souvenir?

Sébastien Maurer: «Je n’ai pas vraiment de mauvais souvenir de Paléo. Peut-être quand il pleut beaucoup et que tu es crevé après trois ou quatre jours...»

Un artiste rêvé à Paléo?

Florence Maurer: «Leonard Cohen, mais c’est trop tard...»

Sébastien Maurer: «AC/DC!»

 

Thomas Fournier: en mode découverte

 

Thomas Fournier, une fidélité sans manquement au Paléo et une curiosité jamais assouvie. @Cédric Sandoz

 

Sa relation privilégiée avec Paléo remonte au tout début de l’histoire du festival. Sur les 42 éditions, le Nendard Thomas Fournier n’en a quasiment pas raté une seule. «Avant, quand le festival se déroulait sur trois ou quatre jours, je les faisais tous à chaque fois. Maintenant, je choisi trois jours en consécutif sur les six.»

Enseignant, professeur de musique, il loue chaque année une chambre à proximité et vient dès l’ouverture paré d’un sac à dos et de bonnes chaussures pour arpenter la Plaine de l’Asse et passer d’une scène à l’autre. «Sur mes vacances d’été, c’est ma parenthèse privilégiée. J’ai toujours adoré l’ambiance de ce festival. Et comme j’enseigne aussi la musique, c’est une manière pour moi de rester près des jeunes, d’entendre ce qui leur plaît.»

La chanson française est le premier amours de Thomas Fournier. «Mais il y a aussi eu la période hippie, c’était nos vingt ans... Paléo a pris une ampleur incroyable et du point de vue sociologique, ça m’apporte beaucoup de voir comment les choses, les goûts changent et évoluent.»

L’homme est curieux et adore se laisser surprendre au détour d’un concert. «Quand on aime la musique, et je le dis à mes élèves, on peut aussi bien aimer la musique classique que le rock’n’roll, le jazz ou le blues.» Beaucoup d’ouverture, donc, chez Thomas Fournier, fidèle parmi les fidèles de Paléo, mais s’il concède quelques infidélités au profit de Sion sous les étoiles. «C’est beaucoup plus près de chez moi», sourit-il avec malice. 

Votre meilleur souvenir de Paléo?

«Cela va peut-être vous surprendre, mais c’est peut-être le concert de Muse l’année passée. Pour moi, ce sont les héritiers de Queen et ils réussissent parfaitement ce mélange de rock et de classique. Sinon, Nougaro un peu avant sa mort. J’étais tout près de la scène. C’était magnifique.»

Votre moins bon souvenir?

«Je n’ai pas d’exemple à l’esprit. Même les grands orages donnent une substance particulière aux concerts, comme lors du concert de Neil Young en 2013.»

Votre artiste rêvé à Paléo?

«Je vais à nouveau vous surprendre: Lily Allen.»

 

Sébastien Vuignier: en mode professionnel

 

Sébastien Vuignier garde un attachement sentimental très fort envers le festival nyonnais. @Cédric Sandoz

 

Du Paléo, Sébastien Vuignier connaît toutes les arcanes secrètes. Quand on se balade avec lui dans les méandres boisés des backstages, on l’interpelle chaque deux mètres environ. Car durant une bonne dizaine d’années, il a été programmateur du festival, avant de fonder TAKK, sa propre boîte de booking d’artistes.

A présent, son rapport à Paléo est un peu différent, toujours intense et professionnel. «Mais forcément, je garde un attachement particulier... J’ai commencé à travailler ici comme bénévole en tant que chauffeur d’artistes pendant plusieurs années. C’était une période assez drôle», explique-t-il entre deux serrages de mains. «Et même après avoir arrêté de programmer pour Paléo, quand j’étais ici, les gens m’associaient souvent au festival.»

Aujourd’hui, Sébastien Vuignier revient sur l’Asse pour suivre les groupe de l’écurie TAKK, Muse l’an passé, Foals, Temples et beaucoup d’autres cette année. «Mon regard sur Paléo est toujours le même, je crois. La ligne historique est restée. Un savant mélange entre un programme très populaire, des incontournables et de la découverte. C’est une fois encore très réussi. On voit que Paléo ne se repose pas sur ses lauriers.»

Et ce qui fait surtout plaisir à Sébastien Vuignier c’est de voir certains groupes évoluer dans la structure, commencer par le Club Tent et finir sur la grande scène». «On raille parfois Paléo pour ce côté «artistes amis qui reviennent». Mais je crois que c’est une grande force». 

Votre meilleur souvenir de Paléo?

«La première date de Muse au Chapiteau. C’était un petit set de 45 minutes. Quelques années plus tard c’est un groupe de stade et Paléo est presque trop petit pour les accueillir.»

Votre moins bon souvenir?

«L’annulation de David Bowie en 2003 pour causes de santé à trois semaines du festival. C’était impossible de faire mieux en termes de programmation. C’était une frustration très dure à gérer."   

L’artiste rêvé à Paléo?

«Plutôt que de citer un grand nom, je dirais: le prochain grand artiste, la prochaine perle qu’on n’a pas encore entendue, dont on ne connaît pas encore le nom.» 

 

Philippe Schifferle: en mode bénévole

 

Philippe Schifferle, pour lui, sa semaine de Paléo est «une bouffée d’oxygène». @Cédric Sandoz

 

On le voit chaque année aux barrières de la scène du Détour, stature solide, les yeux fixés sur la foule, mais les oreilles qui ne ratent rien de ce qui se passe sur scène, derrière lui. «Quand on travaille à la sécurité, on ne doit pas quitter les gens du regard, c’est fondamental.» Philippe Schifferle est un amoureux absolu de Paléo.

«Cela fait 28 ans que je viens tous les jours au festival. Ma première fois, c’était pour voir Litfiba sur le site précédent à Colovray en 1989. En 1997, j’ai commencé comme bénévole Paléo et j’attaque ma 21e année.» 

Lui qui à l’année exerce la profession d’assistant technique spécialisé en salle d’opération à la Clinique de Valère planifie ses vacances en fonction des dates de Paléo. «C’est ma semaine d’oxygène. Je ne pourrai pas m’en passer. La programmation est superbe, mais c’est un festival magnique à tout point de vue. On fait plein de connaissances, il y a un esprit vraiment familial.»

Philippe Schifferle, fan de musique, profite des plages vides dans son horaire pour se gorger de concerts. «J’ai pu voir les Red Hot en entier, les Pixies, un bout de Midnight Oil. C’est vraiment super.» Après une vingtaine d’années d’engagement bénévole, il se voit bien continuer encore longtemps à venir à Nyon. «Certains collègues ont la soixantaine et sont toujours là, fidèles au poste. Je me vois assez bien faire de même...»

Votre meilleur souvenir de Paléo?

«Je dirais, le concert de Charles Trénet quand je travaillais à la sécurité de la grande scène. La personne m’a beaucoup marqué par sa façon d’être tourné vers les autres. Sinon, j’ai beaucoup de plaisir à suivre l’évolution de la scène suisse, que Paléo soutient beaucoup.»

Votre moins bon souvenir?

«Le concert de Prodigy en 2009. Il a été vraiment catastrophique. Il y avait énormément de monde devant la grande scène, beaucoup d’évacuations, une ambiance tendue...»

L’artiste rêvé à Paléo?

«C’est aussi le rêve de Daniel Rossellat, Bruce Springsteen. J’adorerais voir le Boss ici.»