Sion 2026: pour Frédéric Favre, «il n’y a pas de psychodrame»

Installé sur une terrasse de la vieille ville de Sion, le ministre des sports analyse l'échec de la candidature olympique. Après une vive campagne, le libéral-radical plaide pour l'apaisement.

10 juin 2018, 21:35
Le conseiller d'Etat Frédéric Favre plaide l'apaisement.

Vous avez perdu. Qui est le vainqueur aujourd’hui?
Je crois qu’il n’y a pas de vainqueur. J’ai surtout constaté que le Valais était partagé un peu partout, dans les partis, dans les familles, et même chez les sportifs. Au final, il y a une décision populaire: dans le contexte actuel, ce projet-là n’intéresse pas les Valaisans.

Mais comment définiriez-vous le Valais qui a dit non?
Je ne suis pas sûr que je puisse le définir. Des gens différents ont dit non pour des raisons différentes. Les uns voulaient attendre de voir si le CIO a réellement changé, les autres voulaient investir cet argent ailleurs. Beaucoup ont eu peur d’une dette qui n’aurait pourtant jamais existé. Et puis il y a des gens qui trouvent que le Valais va bien et qu’il n’a pas besoin d’un mégaprojet.

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Vous êtes amer?
Non. Je suis déçu parce que je croyais à ce projet et parce que nous sommes nombreux à avoir mouillé la chemise pour le rendre possible. Sur les réseaux sociaux, des gens ont dérapé dans les deux camps mais je crois que c’est le reflet de la société. Je déplore des attaques injustifiées sur un dossier qui faisait l’unanimité chez les experts et je regrette que des questions de fond n’aient pas vraiment pu être abordées. Mais je suis fier de cet exercice démocratique. La question méritait d’être posée.

 

Si le Valais espère à nouveau parler des Jeux olympiques un jour, il faudra une meilleure concertation à l'origine du projet."
Frédéric Favre, conseiller d'Etat

 

Qu’est-ce que vous avez fait faux?
Nous aurions pu mieux structurer et professionnaliser la communication dès le début. Nous sommes partis de très loin, avec une idée lancée par des entrepreneurs. Elle a dû être reprise par les politiciens pour obtenir le soutien de la Confédération, puis pour tenter de convaincre le peuple. Si le Valais espère à nouveau parler des Jeux olympiques un jour, il faudra une meilleure concertation à l'origine du projet. Des gens se sont sentis exclus, d’autres ont pensé que le dossier appartenait aux promoteurs. Gérer un projet qui réunit des acteurs aussi nombreux et différents, c’est de la haute horlogerie. Nous avons forcément commis des erreurs, comme tout le monde.

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Comment comprenez-vous ce vote: les Valaisans ont-ils sanctionné le projet ou alors ne veulent-ils plus des Jeux?
Je ne crois pas que ce vote soit une sanction contre ceux qui ont porté le projet. Les sondages ont montré que les Valaisans faisaient confiance aux organisateurs, mais pas au Comité international olympique (CIO). Je crois qu’ils ne voulaient pas de ce projet au moment où ils n’ont pas encore pu vraiment constater les effets des réformes du CIO. C’était un pari et ils n’ont pas voulu le tenter.

Les habitants de la plaine vous semblent-ils moins sensibles aux difficultés du tourisme hivernal qu'il y a quelques années?
Oui, c’est ce que je pense. Aujourd’hui nous nous faisons beaucoup de souci pour les acteurs du tourisme, et à juste titre. Dans plusieurs vallées, le tourisme représente un chiffre d’affaires important et de nombreux emplois. La responsabilité sociale du gouvernement, c’est de donner du travail aux gens. Nous sommes tous conscients que le tourisme doit muer pour attirer des visiteurs toute l’année. Nous envisagions Sion 2026 comme un outil pour favoriser cette mue. D’autres ne le voyaient pas comme ça. Nous devons travailler à la cohésion du canton, même si la plaine et la montagne, mais aussi le Haut et le Bas, ont des sensibilités et des intérêts économiques différents.

 

Je n’y vois pas un désaveu complet. Je pense que les Valaisans font confiance à leurs institutions."
Frédéric Favre, conseiller d'Etat

 

Est-ce que ce vote ne montre pas une fracture entre les Valaisans et leurs élites économiques et politiques?
Non, je ne crois pas. Il y a ceux qui ont soutenu ce projet parce qu’ils étaient convaincus qu’il pouvait apporter beaucoup à l’économie, et il y a ceux qui l’ont combattu parce qu’ils craignaient des coûts trop élevés. Au final, ce sont 5000 personnes qui font la différence. Il n’y a pas de décalage important entre la population et ses élus. Le Parlement et le gouvernement ont aussi soutenu la révision de la Constitution et plus de 70% des votants les ont suivis. Les élus ne peuvent pas savoir avec certitude ce que veulent les gens. Alors ils analysent la situation et ils leur posent des questions. Aujourd’hui les gens ont majoritairement dit non. Je n’y vois pas un désaveu complet. Je pense que les Valaisans font confiance à leurs institutions.

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Malgré votre engagement et celui de Christophe Darbellay, le PLR et le PDC ne sont pas parvenus à convaincre l'ensemble de leurs sympathisants...
C’est vrai. Sur un sujet comme celui-ci, les citoyens cherchent à se forger leur propre opinion, indépendamment de leur conviction partisane. J’ai aussi vu des divisions dans les formations qui s’opposaient au projet. Le seul vrai gagnant de cette campagne, c’est la démocratie.

Est-ce que vous sortez affaibli de cette votation?
Non. Nelson Mandela a dit: «Je ne perds jamais; soit je gagne, soit j’apprends.» J’ai vécu une expérience importante et je suis entré en contact avec beaucoup de gens un peu partout en Valais. Je suis comme ça: je m’investis pour les projets auxquels je crois. On m’a beaucoup vu dans cette campagne parce qu’elle a été très médiatisée. J’aimerais dire que ces derniers mois, mes journées ont été faites de beaucoup d’autres choses. J’ai consacré de nombreuses soirées aux Jeux, parfois au détriment de ma famille. Mais je le devais à mon canton. Quand on se lance dans un projet aussi important, on doit s’impliquer. Je l’ai fait et je le referai pour d’autres projets. Je ne changerai pas ma façon d’être.

Selon vous, est-ce que le Valais sort divisé de cette longue bataille?
Non, il n'y a pas de psychodrame Sion 2026. Autour de nous, les gens partagent un apéro. Cette campagne laissera des petites cicatrices, mais je crois que le Valais sait débattre. Les gens ne restent jamais longtemps fâchés. Le score est clair et il ne faut pas avoir de regrets. Nous aurons d’autres grands projets. Nous n’avons pas saisi cette belle occasion et nous en saisirons d’autres bientôt.

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