Noémie Lamon, la chercheuse qui poursuivit des grands singes dans 3 pays d'Afrique

La chercheuse valaisanne a vécu de 2008 à 2015 en Afrique. Durant 7 ans, elle a étudié le comportement des grands singes et leur techniques d'apprentissages. Récit d'une aventure.

17 mai 2017, 16:28
/ Màj. le 17 mai 2017 à 17:45
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« Le soleil venait de se lever. On avançait dans la jungle depuis 2 heures quand, tout à coup, on les a vus. Dans un arbre proche, il y avait comme un gros nid. Un bras pendait. On aurait dit un bras d’homme. J’en ai eu la larme à l’œil, c’était un moment tellement émouvant. On était à leur recherche depuis trois semaines ».

Noémie Lamon est chercheuse en biologie à l’université de Neuchâtel. Depuis 2008, elle étudie principalement le comportement social des grands singes et la transmission de leur savoir. Pourquoi ? « Mais parce que c’est passionnant ! » s’exclame-t-elle, rieuse ! Début mai, ses travaux sur des chimpanzés d’Ouganda ont été publiés dans la revue Science Advances. Dans un bar de Sion, "Le Nouvelliste" l’a rencontré pour connaître les coulisses de son aventure.

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Des raids organisés

Noémie Lamon joue avec ses mains, un peu fébrile, assurément attentive. Rapidement, l’agitation de la rencontre se transforme en récit. «En 2008, j’ai dû choisir pour mon travail de Master entre l’étude du comportement social des corbeaux de Neuchâtel, des poissons nettoyeurs en Mer Rouge ou des singes Vervet en Afrique du Sud. Cette dernière option l’a emporté, car je ne faisais pas encore de plongée et ressentais une profonde envie de voyager».

Une fois sur place, dans la province du Mpumalanga, elle est atterrée de constater que les singes pillaient des campings en groupes organisés. «Ils avaient même appris comment ouvrir des glacières», explique-t-elle encore impressionnée par le souvenir, avant de rajouter, pédagogue « un mouvement relativement compliqué pour eux». Mais surtout, la chercheuse était étonnée, car les singes semblaient apprendre des humains. «Il était admis que les singes apprenaient par jeu et par imitation en prenant pour modèle par exemple les femelles dominantes du groupe et non des humains. L’expérience montrait ici que ça n’était pas uniquement le cas». Noémie creusera la question durant 6 mois pour son travail de master.

 

Les bonobos perdus

A la recherche d’un terrain-pilote pour son doctorat, la Valaisanne répondra à une annonce de l’institut Max Planck et sera propulsée en plein centre du continent africain pour étudier le comportement des singes bonobo. «Durant ces 6 mois au Congo, j’ai régulièrement frôlé les limites de ce que mon corps pouvait supporter».

La chercheuse entendait étudier le comportement social du groupe mais l’expérience se révélera bien plus compliquée que prévu. Et ce, dès les premiers instants. Afin de rejoindre le campement, Noémie Lamon dû survoler en avion bimoteur «de la forêt, rien que de la forêt» durant 1h30 jusqu’au lieu de dépose, puis marcher en pleine jungle durant 6 heures avec une grosse boite sous le bras. «C’était mon outil de travail, fabriqué par mon frère, pour comprendre comment les bonobos transmettaient leur savoir. Elle était trop lourde et n’a jamais fonctionné», explique-t-elle dans un sourire courbaturé par le souvenir de l’échec.

Têtue, elle mettra au point plusieurs techniques, durant des mois, pour que les bonobos acceptent la présence de sa boîte. Mais les conditions précaires du campement mêlées aux carences d’une alimentation basique et répétitive prirent le dessus. «Le plus dur, c’était la nourriture. On ne mangeait presque que du chikwanga, une sorte de pate de manioc. L’énergie nous manquait. Alors bien qu’obstinée, j’ai dû me rendre à l’évidence et abandonner ce projet».

 

D’un rebond… à l’autre

Mais la Valaisanne ne baisse pas les bras et saisit les opportunités lorsqu’elle les aperçoit. C’est ainsi qu’elle enchaînera rapidement avec un séjour d’une année au Kenya, dans une réserve naturelle du Massaï Mara, afin d’assister une spécialiste américaine des hyènes tachetées dans ses recherches. «Les plus beaux réveils de ma vie, au milieu des girafes et des éléphants», se souvient-t-elle. Puis en 2012, Noémie Lamon tombe sur une offre de l’université de Neuchâtel pour l’étude du comportement culturel des chimpanzés en Ouganda, pays voisin du Kenya. «J’ai sauté sur l’occasion et me suis envolée pour le Budongo Conservation Field Station (BCFS), un institut de recherche constitué d’une trentaine de personnes. J’y ai étudié l’utilisation d’outils au sein d’une communauté de chimpanzés durant 3 ans».

Le vecteur familial

Noémie Lamon se rend compte que les chimpanzés apprennent l’utilisation de nouvelles techniques au sein de la cellule familiale, «et non d’un mâle alpha dominant aux autres, comme il était auparavant admis». Cette découverte lui vaudra une publication dans le magazine Science Advances, mais elle apporte également un éclairage nouveau sur nos propres origines. « Dans notre histoire, nous avons un ancêtre commun relativement proche avec les grands singes. Cette découverte nous en apprend un peu plus sur les bases du transfert des technologies, de notre civilisation et des comportements humains».