Le racisme gangrène le monde du travail

Un quart des discriminations ont lieu au travail. Un chiffre en hausse. La 9e Semaine valaisanne contre le racisme sensibilise sur ce thème et édite une brochure destinée aux entreprises.
15 mars 2018, 18:34
L’Etat du Valais a créé un guide de bonnes pratiques pour prévenir les discriminations raciales dans le monde professionnel.

La scène se joue dans un café. Un dialogue entre la gérante Laurence, des clients, et une nouvelle sommelière d’origine turque. «Fatmiré, combien gagnez-vous dans votre pays?» «8 euros de l’heure, madame.» «Je la paie le double, c’est moins cher que quelqu’un de chez nous.» «Fatmiré, avez-vous fait des études?» «J’ai un baccalauréat.» «Un bac à lessive?» Eclat de rire général.

La différence dérange

Le décor est posé par cette scène jouée par la troupe de théâtre Silex, à l’occasion de la présentation, hier, de la 9e Semaine valaisanne contre le racisme. Plus d’un quart des discriminations raciales ont lieu au travail, selon les données recensées par le centre national des bureaux de conseil aux victimes de racisme. Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme, le confirme. «Dans une enquête sur le vivre ensemble publiée en 2017 par l’Office fédéral de la statistique, 28% des personnes interrogées au sujet du racisme déclarent être dérangées par la différence dans le monde professionnel. C’est un vrai problème dont il faut s’occuper.» Cette discrimination touche non seulement la formation mais aussi la procédure d’embauche et le salaire. Une personne issue de la migration devra, par exemple, écrire cinq fois plus de candidatures pour décrocher un entretien.

Se questionner pour changer

Une réalité montrée du doigt pour s’interroger sur les causes mais aussi les solutions à trouver. La présidente de la Ville de Martigny Anne-Laure Couchepin s’est questionnée au sein de sa commune. «Je dois avouer que je ne sais pas si nous faisons tout juste, mais la culture de la diversité a toujours été mise en avant dans les écoles de Martigny. C’est la meilleure prévention.» Respecter le travail de l’autre, c’est la clé que met en avant le conseiller d’Etat Frédéric Favre.

Une politique des petits pas

Le thème du travail lui tient à cœur. Ancien directeur de ressources humaines, Frédéric Favre affirme que chaque action de lutte contre cette discrimination est «un win-win-win». «La personne valorisée dans son activité serait plus motivée. L’employeur et l’Etat gagneraient à reconnaître la diversité de compétences souvent méconnues.» Du miel pour les oreilles de Martine Brunschwig Graf, qui estime qu’au-delà du terrain, le message des représentants politiques est fondamental. «Il faut bannir les non-dits et poser des limites lorsqu’il y a des dérives.»

A cette fin, l’Etat du Valais a créé un guide de bonnes pratiques pour prévenir les discriminations raciales dans le monde professionnel. Il présente la législation, des pistes de solutions et des informations utiles. «Une sorte de méthode pour corriger le tir», précise le chef du Service de la population et de la migration, Jacques de Lavallaz.
Bureau d’écoute

Autre outil mis en place depuis 2015 par le canton, un bureau d’écoute ouvert à toutes les victimes de racisme. Il permet d’aménager des solutions pour endiguer la discrimination sur le lieu de travail.
 
La Semaine valaisanne d’actions contre le racisme se déroule du 15 au 25 mars.

Yannick BARILLON

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