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Le face-à-face Christian Varone-Oskar Freysinger

Entre les deux candidats saviésans au Conseil d'Etat, un seul peut être élu. Sur les questions cantonales, leurs discours sont proches... avec des nuances.

17 janv. 2013, 00:01
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Christian Varone face à Oskar Freysinger. Le candidat du PLR contre celui de l'UDC. C'est LE duel de la prochaine élection du Conseil d'Etat, parce qu'il représente la seule véritable incertitude de cette joute électorale.

Les deux Saviésans étaient hier dans les locaux du "Nouvelliste" pour débattre.

Vous garderez vos papiers à Saviè se? Christian Varone: oui.

Oskar Freysinger: oui.

Au cours de votre campagne, vous avez tout deux montré être préoccupés par les questions de sécurité. Est-ce si important en Valais?

OF: Même en Valais, c'est un problème. Il y a eu des braquages, il y a eu l'utilisation illégale d'un terrain par des gitans à Collombey-Muraz. Tout ça, ça vient surtout de l'accord Schengen. On nous avait dit que celui-ci ne coûterait que 7 millions par an, c'est 70 millions. On nous disait que la criminalité allait diminuer, en réalité elle a doublé.

CV: Je connais bien les questions de sécurité pour y travailler depuis quinze ans. Soulever les problèmes, c'est quelque chose, apporter des solutions c'en est une autre. Schengen, qui a été accepté par le peuple suisse, nous apporte un plus sur le terrain en nous donnant accès au fichier centralisé, ce qui nous a per mis d'augmenter les arrestations de 20%.

OF: 20% ce n'est rien si la criminalité a doublé...

CV: Mais non, la criminalité n'a pas doublé...

Schengen interdit les contrôles systématiques aux frontières, mais pas la surveillance de ces dernières. Le Valais a été le premier, sur notre initiative, à réintroduire les contrôles à la frontière de Saint-Gingolph. A Genève, il y a 12 000 vols par effraction par année, en Valais 1300.

OF: A Savièse, il y a eu des cambriolages qui n'ont pas été élucidés.

CV: Il y a partout des affaires non élucidées, mais nous avons un des taux d'affaires élucidées parmi les plus importants de Suisse.

L'emploi est une des préoccupations majeures des Valaisans. Quelles sont vos solutions?

OF: On doit proposer aux entreprises un cadre favorable, avec une fiscalité attractive et de l'énergie bon marché.

Le Valais a un problème de positionnement géographique. Il faut rehausser le tunnel de Saint-Maurice, faire venir le TGV dans le canton, finir le deuxième tube du Lötschberg, développer l'aéroport civil de Sion.

Il faut promouvoir le home working, le travail à domicile, qui permet aussi de résoudre les problèmes de transports.

CV: Il faut prendre des mesures pragmatiques pour favoriser les PME. Je propose de supprimer l'impôt qui frappe les biens de production, comme les rotatives d'un journal.

Pour attirer de grandes entreprises, il faut réduire l'impôt sur les bénéfices, qui est le plus élevé de Suisse romande. Il faut aussi mettre en place les infrastructures nécessaires, les trains à deux étages, l'A9 dans le Haut, le 2 e tube au Lötschberg.

J'insiste sur le concept des mains intelligentes. Le Valais manque d'ingénieurs, il faut donc inciter les jeunes à se former dans les métiers et suivre la voie des HES.

Que se passe-t-il si le peuple suisse dit oui à la LAT le 3 mars?

OF: Si on perd ce vote, la mise en application de la loi sera horriblement difficile en raison des procédures juridiques. Contrairement à la lex Weber, la marge de manoeuvre sera très étroite.

Pour faire face aux conséquences de la LAT et de la lex Weber, il faut convaincre la Confédération de mettre en place un fonds de financement des infrastructures doté d'un milliard de francs pour équiper les régions périphériques. Il faudra un fonds de cautionnement du secteur hôtelier et, comme le demande une motion que j'ai déposée, que la lex Koller soit appliquée de manière plus souple dans les régions qui ont atteint les 20% de résidences secondaires.

CV: On va vers des temps difficiles. Le Valais doit voter massivement contre la LAT. Avec cette loi, 4300 ha de zones à bâtir seraient perdus dans le canton... On peut demander des fonds à la Confé dération, mais sans trop d'illusions. Si la LAT devait être acceptée, il ne faudrait pas ensuite accentuer le problème en cantonalisant l'aménagement du territoire.

Sur le dossier de la LAT, comme pour la lex Weber, le Valais se retrouve isolé. Comment peut-on renforcer le Valais à Berne?

OF: Ce que je reproche au Gou vernement actuel, c'est qu'il se comporte plus comme un groupe de chefs de service que comme un pouvoir politique. Le politique doit être le premier lobbyiste du canton à Berne. Etant quadrilingue, avec mon réseau national, je pourrais jouer ce rôle-là.

CV: On doit renforcer la présence extérieure du canton. On doit pour cela renforcer la présidence du Conseil d'Etat en la portant à deux ans et engager un lobbyiste professionnel permanent à Berne.

OF: C'est inutile! Un lobbyiste n'est efficace que comme coordinateur de parlementaires payés par un lobby économique. Ce ne serait pas le cas pour celui d'un canton. Il y a tellement de lobbyistes à Berne, qu'il serait noyé. L'actuel responsable des affaires fédérales est très efficace.

CV: La preuve qu'on a besoin d'un tel lobbyiste à Berne est que l'on n'a pas vu venir à temps ni la lex Weber ni la LAT.

OF: Cela n'a rien à voir. Pour Weber, c'était le PDC, par le jeu d'un tournus organisé entre partis bourgeois, qui devait s'occuper de cette votation. Il a sous-traité le dossier aux Verts libéraux dont une grande partie de l'électorat était favorable à Weber... Et puis pour la LAT, c'est le groupe PDC qui a voté aux deux tiers pour la révision. Le meilleur lobbyiste du monde n'aurait rien pu faire.

CV: Il est faux d'accuser un parti de cet échec. On n'a pas eu les signaux d'alarme. Il faut que le Gouvernement sente le vent longtemps avant et puisse anticiper.

OF: Je n'ai pas besoin de lobbyiste pour savoir que les prochaines bombes seront les retours des concessions et l'impôt sur les successions...

Le siège qui risque de vous échoir est celui du Département de l'instruction publique. Quel est votre projet?

CV: Le niveau de l'enseignement obligatoire est bon, PISA l'atteste. Au niveau secondaire, nous avons une maturité de très bonne qualité. Il ne faut pas diminuer les exigences. Par ailleurs, il ne faut pas non plus tomber dans les travers de la réformite et laisser travailler les enseignants. Je mettrai aussi l'accent sur la formation professionnelle pour renforcer l'attractivité des métiers auprès des jeunes. Dans le domaine des HEVS, il s'agira de réussir la fusion des deux structures existantes et assurer l'autonomie de la nouvelle entité.

OF: C'est un domaine que je connais bien, puisque j'y travaille depuis vingt-sept ans. Le niveau d'exigences en Valais est bon, mais à force de vouloir tout faire, on s'affaiblit dans les compétences de base. En primaires, il faut recentrer sur les fondamentaux. Il faut favoriser les échanges linguistiques. Pour les allophones, il faut avoir une ou deux années de préparation spécifique avant de les intégrer dans le cursus.