Football suisse: boucler l’exercice 2019/2020, une douce utopie

Une reprise du championnat de football à huis clos semble compromise. Les clubs de Super League sont rattrapés par la réalité économique et demande une aide massive de la Confédération.

03 mai 2020, 11:46
/ Màj. le 03 mai 2020 à 20:17
Les lignes sont en train de bouger parmi les clubs de Super League dont la majorité semblait acquise à l'idée d'une reprise du championnat.

Moins d’une semaine après le feu vert du Conseil fédéral pour la reprise des compétitions sportives à partir du 8 juin, le football suisse est toujours à l’arrêt. Boucler l’exercice 2019/2020 relève de plus en plus d’une douce utopie.

Besoin de 200 à 250 millions de francs pour «survivre»

Les lignes sont, en effet, en train de bouger parmi les clubs de Super League dont la majorité semblait acquise à l’idée d’une reprise du championnat. Mais la réalité économique est en train de rattraper bien des clubs, à commencer par le FC Bâle qui se dit opposé à l’idée de jouer à huis clos. Christian Constantin, qui fêtera lundi le… 28e anniversaire de son accession à la présidence du FC Sion, n’est désormais plus le seul à affirmer que la situation sera intenable sans une aide massive de la Confédération.

A nous d’entreprendre un très grand travail de lobbying.
Jean-François Collet, propriétaire de Neuchâtel Xamax et vice-président de la SFL

Président de la SFL, Heinrich Schifferle chiffre entre 200 et 250 millions de francs la somme qui doit permettre au football suisse de «survivre» à la pandémie du coronavirus. «Nous avons vraiment besoin d’un tel montant sous forme de crédits et de garanties», explique-t-il dans une interview à la «SonntagsZeitung». La SFL doit donc au plus vite sensibiliser les autorités politiques à la situation d’urgence à laquelle ses clubs sont aujourd’hui confrontés. «A nous d’entreprendre un très grand travail de lobbying, souffle Jean-François Collet, le propriétaire de Neuchâtel Xamax et vice-président de la SFL. Même si nous ne sommes pas les plus grands lobbyistes sur la place fédérale…»

Qui assumera les risques sanitaires?

Le volet économique n’est pas toutefois pas le seul obstacle qui se dresse sur la reprise du championnat. Dans une lettre adressée au Comité de la Swiss Football League (SFL), Christian Constantin a, ainsi, demandé la tenue d’une Assemblée générale plénière de la SFL pour clarifier un premier point qu’il juge crucial: celui de savoir qui assumera les risques sanitaires d’une reprise du championnat. Les clubs ou à la SFL?

Il reviendra bien évidemment à l’Assemblée d’arrêter une décision quant à sa volonté de poursuivre ou non la saison si la situation sanitaire le permet. «Le poids des clubs de Challenge League pourrait peser très lourd dans ce vote, remarque Jean-François Collet. Ils bénéficient d’une voix comme les clubs de Super League. Et le huis clos ne les affectera pas de la même manière. Pour un club de Challenge League, les droits TV représentent une part vraiment importante du budget. Ils sont donc presque majoritairement en faveur d’une reprise du championnat.»

Revenir à un championnat à 12

Leader de la Challenge League, Lausanne-Sport milite pour une reprise de la saison non pas pour tenir son budget mais pour des raisons sportives. Avec ses 15 points d’avance sur Vaduz et sur les Grasshoppers, sa promotion est acquise à 99% sur le terrain. La peur des dirigeants vaudois est bien la perspective d’une saison «blanche», sans promotion et sans relégation, que pourrait décréter la SFL si elle ne vote pas pour la reprise du championnat. C’est pourquoi Lausanne a tenu à être entendu ces prochains jours par la SFL.

La présence annoncée à cette réunion de Jim Ratcliffe, le PDG du groupe chimique Ineos auquel appartient le Lausanne-Sport, devrait peser de tout son poids. La SFL ne pourra, en effet, que prêter une oreille attentive à un homme qui s’est profilé depuis quelques mois comme l’un des plus grands mécènes du sport mondial. Pour apaiser les craintes du Lausanne-Sport et d’Ineos, la solution la plus judicieuse serait de revenir sur le vote du 23 avril qui avait tranché pour le maintien d’un championnat à dix pour élaborer une formule à 12 clubs qui séduit de plus en plus de présidents depuis quelques jours.

Demande de report de la Coupe de Suisse

La SFL n’est pas la seule instance du football suisse à vivre des heures tourmentées. L’Association Suisse de Football (ASF) doit, pour sa part, étudier la requête du FC Bavois qui demande que l’édition 2019/2020 de la Coupe de Suisse soit reportée d’une année. Appelé à affronter Winterthour en quart de finale, le club de Promotion League estime les dés pipés depuis l’officialisation de l’arrêt de son championnat.

A lire aussi : Coronavirus – Football: le FC Bavois demande un report de la Coupe de Suisse

Enfin, la Première Ligue va-t-elle vraiment accueillir la décision de l’ASF de n’autoriser aucune promotion sans lever le petit doigt? Leader de la Promotion League, Yverdon-Sport a mille fois raison de crier au scandale en raison de tous les investissements consentis pour se donner les moyens de bien figurer en Challenge League.

Le FC Sion révèle ses propositions à la Ligue

Le FC Sion a publié sur les réseaux sociaux la lettre qu'il a envoyé à la Swiss Football League (SFL). Le club valaisan y propose notamment de passer à une Super League à douze équipes pour la saison prochaine.

Selon les plans imaginés par Christian Constantin, en annulant la saison actuelle et en passant à une première division à douze clubs, la SFL respecterait les conditions imposées par les diffuseurs en matière de droits TV.

Le contrat en cours suppose encore 65 matchs de Super League pour la saison actuelle et 180 pour la suivante. Mais en passant à un championnat à douze pour la saison prochaine, avec 44 journées, le total serait de 264 matchs. Soit 19 matchs de plus qui permettraient "de remplir notre engagement contractuel". La Challenge League, elle, se disputerait à 8 équipes sur 34 journées, avec des play-off.

Autre proposition soumise par les Sédunois: garder les joueurs "au chômage technique tant qu'aucune aide à fonds perdus n'intervient de la part de la SFL ou de l'Autorité. On laisse le personnel au chômage technique jusqu'à la reprise possible de la compétition."

Par ailleurs, Sion s'interroge sur les compétences et les responsabilités de tous les acteurs impliqués, ainsi que sur le dessein des contrats de joueurs qui se terminent au 30 juin.