Criminels sexuels: le Valais serre la vis alors que le manque de personnel inquiète

Plus aucune sortie de criminels sexuels ne sera autorisée avec des femmes en Valais et les informations de ces mêmes détenus seront partagées entre les services concernés. Le rapport présenté par le Conseiller d'État Oskar Freysinger ce jeudi a révélé que six détenus du canton sont jugés très dangereux.

03 oct. 2013, 16:27
Le mur d'enceinte de la prison des Iles en accord avec la direction des prisons valaisannes.

Les criminels sexuels qui purgent leur peine en Valais ne seront dorénavant plus accompagnés de femmes seules lors de leurs sorties. Oskar Freysinger autorise également la mise en commun d'informations sur le détenu, faisant ainsi fi de la protection des données.

A la suite du meurtre d'Adeline, la jeune sociothérapeute genevoise, le chef du département valaisan de la formation et de la sécurité s'est penché sur la population des prisons valaisannes et sur son encadrement. Les conclusions, présentées jeudi à la presse, indiquent notamment que 47 détenus sont condamnés pour atteinte grave à l'intégrité physique, psychique et sexuelle d'autrui et que six d'entre eux sont jugés très dangereux.

Mesures d'urgence

Pour ces six criminels, le conseiller d'Etat a pris des mesures d'urgence. D'abord, toute éducatrice accompagnant un détenu lors d'une sortie sera obligatoirement escortée par du personnel de sécurité. Ensuite, toutes les informations "pertinentes" concernant le criminel dangereux seront partagées entre les différents services concernés. "Dans la pesée d'intérêts entre la sphère privée du détenu et la sécurité, je m'assieds sur la protection des données", a lancé Oskar Freysinger.

Le chef du département de la sécurité entend aussi obtenir un droit de regard et d'intervention sur les condamnés venant d'autres cantons et détenus en Valais. Enfin, il veut pouvoir expulser le plus rapidement possible les criminels étrangers au terme de leur peine. Sur les cas les plus sensibles actuellement détenus en Valais, "deux sont expulsables" et auront droit à une procédure prioritaire.

Prisons supeuplées

Oskar Freysinger a en outre brossé le portrait de prisons valaisannes au bord de l'implosion, avec des établissements "gravement surpeuplés, un manque d'effectifs et des solutions bricolées".

"A la prison de Sion, nous n'effectuons plus les fouilles approfondies que nous devrions faire, ceci par manque d'effectifs", a confirmé Georges Seewer. Selon le chef du service valaisan de l'application des peines et des mesures, le manque de gardiens explique aussi la fermeture des ateliers d'occupation de l'établissement et le fait que les détenus ne bénéficient que d'une heure de sport par semaine.

Christian Varone, commandant de la police valaisanne, poursuit: "Ces derniers mois, nous sommes intervenus au moins une fois par semaine pour des débuts de mutineries, des évasions, des tentatives de suicide ou des violences physiques contre le personnel; ce dernier est d'ailleurs à bout. Nous avons là une bombe à retardement".

Pourvue d'effectifs supplémentaires, la police valaisanne "multiplie les arrestations, mais il n'y a pas de places dans les prisons ou alors, pas assez de gardiens pour pouvoir passer à deux détenus par cellule à l'établissement de Sion", a encore indiqué Christian Varone. Le département de la sécurité demandera au Grand Conseil valaisan la création urgente de dix postes pour les prisons du canton.

Avertissement de la commission de prévention de la torture

Le manque de personnel dans les prisons préoccupe aussi la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT). Dans un rapport publié jeudi, elle indique que cette question devra impérativement être réglée lors de la restructuration prévue des établissements, déjà entamée par Esther Waeber-Kalbermatten, alors en charge du département valaisan de la sécurité.

Basé sur une visite effectuée du 27 au 29 novembre 2012 dans les établissements de détention préventive de Sion et de Martigny, le rapport relève que "les conditions et les procédures y sont dans l'ensemble correctes".

La commission pointe du doigt le manque d'offres d'activités sportives et le mélange des différents régimes de détention, qui impose les mêmes conditions restrictives à tous. Ainsi par exemple, les droits des personnes en détention administrative en vertu du droit des étrangers, dont la détention n'a rien de pénal, "sont restreints de manière inadmissible".

L'une des raisons principales de cette situation est le manque de personnel. "Avec un gardien pour quatre détenus, les conditions de travail doivent être considérées comme difficiles", relève la commission. Les détenus souffrent également de ces conditions qui entravent une plus grande liberté de mouvement.