Coronavirus: «La progression des cas est moins forte en Valais qu’à Genève ou sur Vaud»

Eric Bonvin, directeur de l’Hôpital du Valais, évoque aujourd’hui les nouveaux symptômes de la maladie, la progression des cas ou encore les conditions de travail du personnel soignant de l’hôpital.

22 mars 2020, 20:00
Eric Bonvin, directeur général de l'Hôpital du Valais: "Aujourd'hui, nous avons sept cas de coronavirus en soins intensifs."

Eric Bonvin, le nombre de cas a doublé en un jour sur Genève et Vaud. Ce n’est pas le cas en Valais? 

Nous sommes passés de 362 cas diagnostiqués positifs à 432 cas dimanche dans notre canton. Ça continue donc de monter mais pas autant qu’à Genève et sur Vaud. Soixante et un patients positifs sont hospitalisés à l’Hôpital du Valais (Sion et Viège) dont sept aux soins intensifs. 

Les symptômes de perte de goût et d’odorat ont été observés surtout auprès de sujets jeunes développant une forme légère de la maladie.

Plusieurs lecteurs évoquent les nouveaux symptômes de perte de goût et d’odorat. Qu’en est-il exactement et pourquoi n’interviennent-ils que maintenant?

En effet, ces symptômes ont été observés dans certains cas, surtout auprès de sujets jeunes et développant une forme légère de la maladie. Cela fait partie des symptômes de ce virus dont nous découvrons petit à petit les caractéristiques cliniques.

Le personnel soignant va devoir travailler entre 50 et 60 heures par semaine. Que prévoit l’hôpital pour préserver la santé psychique de celui-ci?

Une partie du personnel soignant va, en effet, devoir s’adapter aux conditions difficiles qu’impose cette pandémie. Il est impossible de planifier exactement l’activité qui sera nécessaire et nous devrons nous ajuster jour après jour. Nos équipes de psychiatrie de liaison sont déjà présentes au quotidien auprès des soignants pour leur apporter un soutien psychologique et nous mettons actuellement en place une cellule cantonale visant à coordonner toutes les actions pour venir en aide aux personnes en détresse, pour les soignants comme pour les patients ou leurs proches. En outre, et en collaboration avec nos partenaires sociaux, nos équipes administratives sont à l’œuvre afin de préparer les ajustements sociaux et salariaux qui, au sortir de la crise, seront nécessaires.

Le personnel hospitalier qui travaille avec des patients du coronavirus doit-il être mis en quarantaine?

Non, cela n’est pas nécessaire s’ils ne sont pas symptomatiques. S’ils présentent des symptômes, ils se mettent en isolement. Cependant, conformément aux directives fédérales (Swissnoso) en cas de trop forte pénurie de personnel, il sera possible au personnel présentant des symptômes légers de poursuivre son activité en respectant les mesures prévues à cet effet, à l’instar des Hôpitaux universitaires genevois (HUG) qui appliquent déjà ce principe.

Voici un cas annoncé par un lecteur. «Je vis en confinement total et m’occupe de mes deux parents âgés! Cette prochaine semaine je devrais m’occuper de mon petit-fils de 3 ans le mardi! Si j’assume cette garde, puis-je continuer à m’occuper de mes parents dès le mercredi et sans risque pour eux?» 

Non, il faut par principe éviter de relayer le virus d’une génération à l’autre et il est donc fortement déconseillé de procéder de la sorte. 

Lorsqu’un membre de la famille est diagnostiqué positif, il rentre chez lui, en quarantaine avec sa famille. Doit-il se mettre en quarantaine de sa propre famille. Et quand sait-on que toute la famille possède les anticorps suffisants pour ressortir à son tour?

Idéalement, il devrait s’isoler, y compris de sa propre famille, si parmi elle se trouve une personne à risque. Sinon, il s’agit de veiller à respecter au mieux les recommandations, à savoir l’isolement et la distance sociale durant dix jours pour le malade (deux jours sans symptômes) et la quarantaine durant dix jours pour les autres membres de la famille. Le risque d’une contamination intra-familiale est certes élevé mais pas forcément préoccupant s’il n’y a pas de personne à risque.

Vous pouvez poser vos questions à Eric Bonvin en envoyant un mail à vincent.fragniere@lenouvelliste.ch et vous trouvez aussi de nombreuses réponses sur le blog de l’Hôpital du Valais: blog.hopitalvs.ch