Faillite à 100 millions: 66 mois de prison ou l’acquittement, le Tribunal de Sierre tranchera

L’homme d’affaires accusé de banqueroute frauduleuse avait laissé un gouffre financier de plus de 100 millions de francs en 2011. Son procès s’est ouvert lundi au tribunal de district de Sierre. Le canton du Valais, une commune du Haut-Plateau et le milliardaire propriétaire du club de football Tottenham figurent notamment parmi les lésés.
28 mars 2022, 09:57
/ Màj. le 28 mars 2022 à 19:19
Selon le parquet valaisan, l’homme d’affaires français a dépensé des millions pour s’offrir notamment des voitures de luxe et des vols en jet privé.

Le procès de l’homme d’affaires français dont la faillite a laissé un trou de plus de cent millions de francs a eu lieu lundi au tribunal de district de Sierre. Le ministère public a requis cinq ans et demi de prison contre ce quadragénaire notamment accusé d’abus de confiance. La défense a plaidé l’acquittement partiel. La Cour tranchera.

A lire aussi: Valais: une faillite à 100 millions de francs sera jugée

L’accusé, qui n’était pas présent à l’audience, avait pour dessein «de s’enrichir», a estimé le procureur Jean-Pierre Greter. «Son train de vie est passé de modeste à extrêmement luxueux» dès 2005, indique le magistrat. Le prévenu a notamment utilisé sans droit des montants, qui transitaient sur son compte en Suisse.

Il est ressorti de l’enquête que quelque 45 millions ont été dépensés pour «les besoins personnels du prévenu, notamment pour acquérir des véhicules de luxe, des bateaux, des montres et des bijoux», précise encore Jean-Pierre Greter.

Mon client a servi d’homme de main au plaignant qui ne voulait pas être mêlé à des éventuels problèmes de corruption.
Stéphane Jordan, avocat de la défense

Les administrateurs des entreprises «étaient au courant de tous les fonds qui sortaient. Mon client a servi d’homme de main au plaignant qui ne voulait pas être mêlé à des éventuels problèmes de corruption», a affirmé l’avocat de la défense Stéphane Jordan.

Son client a répété à plusieurs reprises lors de différentes auditions que cet argent mis à disposition servait à payer des commissions aux personnes qui lui proposaient des affaires immobilières lucratives ou encore à rémunérer «des facilitateurs» qui parvenaient à faire baisser les prix ou avancer les processus de privatisation.

«Un fantasme»

«On fait de ces montants additionnels un fantasme de fonds de corruption pour camoufler la responsabilité du prévenu», estimait quelques minutes plus tôt l’avocat de la partie plaignante Jean-François Ducrest. Lui a rappelé que la corruption n’a pas été retenue par le ministère public et que des requêtes d’entraide judiciaire spontanée envoyées en Roumanie et en Bulgarie n’ont rien donné.

On ne peut mener une vie de golden boy avec l’argent des autres.
Jean-François Ducrest, avocat de la famille plaignante

En revanche, ajoute Jean-François Ducrest, les enquêteurs ont démontré l’ampleur de la stratégie déployée par l’accusé pour s’assurer son train de vie. Son système a été dénoncé et documenté et il doit être condamné pour les délits retenus par le ministère public. «On ne peut mener une vie de golden boy avec l’argent des autres», a-t-il résumé.

A la charge de l’Etat du Valais ?

Outre les 5 ans et demi de peine de privation de liberté, le procureur a également requis que soient mis à la charge du prévenu les frais des parties adverses ainsi que ceux de la justice.

De son côté, la défense a plaidé l’acquittement des chefs d’accusation d’abus de confiance, diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers et de faux dans les titres. La défense demande aussi à ce que tous les frais soient mis à la charge de l’Etat du Valais et qu’une indemnité de 200 francs par jour soit versée au prévenu pour les 40 jours passés en détention provisoire.

par Keystone - ATS