Les ados ne dorment pas assez

Un jeune sur quatre se plaint de troubles du sommeil. Une généralité planétaire.

19 sept. 2013, 07:00
Les adolescents ont besoin de neuf heures de sommeil par nuit. 

Eine junge Frau macht den Radiowecker aus, aufgenommen am 17. November 2009 in der Schweiz. (KEYSTONE/Martin Ruetschi)

"Les adolescents ne dorment pas assez." Le Docteur Jean-George Frey, interniste au Centre de pneumologie de Crans-Montana n'y va pas par quatre chemins: alors qu'un adulte aurait besoin en moyenne de huit heures de sommeil par jour, cette tranche d'âge devrait dormir au moins neuf heures. "Entre 25 et 26% d'entre eux ne dorment cependant que six heures. C'est une vérité partout sur la planète", poursuit-il.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. En premier lieu, la puberté avec les changements physiologiques qui modifient les phases de sommeil. "La phase dite du sommeil profond diminue. Résultat, si l'adolescent dort moins que nécessaire, il réduit encore cette période dans laquelle s'opère le repos."

Le high-tech en cause

"Une étude menée en 2002 sur 7400 adolescents de la région lausannoise , reprend le Docteur Stephen Perrig, responsable du Laboratoire du sommeil de l'Hôpital universitaire de Genève, a révélé qu'environ un ado sur quatre se plaignait de troubles du sommeil. Et si l'on parle de fatigue dans la journée, les chiffres montent jusqu'à 50%." L'arrivée des nouvelles technologies n'arrangent en rien cet état des lieux.

Les 80% des ados disposent désormais d'un smart phone. "Une fois enfermés dans leur chambre, les parents perdent tout contrôle sur leur utilisation" , déplore Jean-George Frey. Ces écrans envoient des stimuli lumineux qui favorisent l'état de veille - sans parler de l'excitation que peuvent provoquer des conversations tardives sur les réseaux sociaux. "Il faudrait au minimum stopper leur usage une heure avant le coucher", propose Stephen Perrig .

Une bombe hormonale

La pédopsychiatre Anne Morard s'est quant à elle demandé pourquoi les adolescents dormaient si peu et veillaient tard avec leurs objets électroniques. "La puberté représente une véritable bombe atomique hormonale qui entraîne à la fois des changements physiques et psychiques" , a-t-elle pu constater au fil de ses années de pratique. A cet âge s'opère une séparation avec les parents, et les changements de leur corps deviennent parfois gênants pour eux.

"Qu'on le veuille ou non, qu'on adore papa et maman ou non, vient le moment de se trouver une autre femme ou un autre homme à aimer. Pour la plupart d'entre eux ce moment est vécu comme une trouille immense", poursuit-elle. De plus, ils ne savent pas s'ils seront grands, gros, boutonneux, etc. "La plupart d'entre eux se trouvent moches. Certains vivent leur corps comme un étranger venant les parasiter de façon extrêmement désagréable."

Se poser des limites

Quand vient l'heure du coucher, toutes ces questions leur reviennent à la figure. "Lorsqu'ils allument leurs consoles et qu'ils se laissent prendre dans des jeux de guerre, par exemple, c'est leur colère qu'ils jouent en réalité. Ce n'est donc pas forcément mauvais." Selon elle, les parents doivent cependant engager un dialogue avec leur enfant afin de le responsabiliser face à son utilisation des objets électroniques.

"Ils peuvent lui demander si jouer ou échanger sur Facebook avant le coucher le calme, ou si, au contraire, ça l'excite" , conseille-t-elle. L'objectif étant de travailler avec eux sur les notions d'agréable et de désagréable, afin qu'ils puissent se poser eux-mêmes des limites. "Le tout est de ne jamais banaliser ses questions."

Vers l'autonomie

Si l'adolescent a un bouton sur le nez, ou qu'il se trouve gros, "plutôt que de lui dire que ce n'est pas grave, ou pas vrai, les parents peuvent lui proposer d'aller voir son médecin traitant capable de répondre à ses angoisses" , reprend-elle. "Ainsi, on peut les soutenir sans être intrusif, chose insupportable pour eux dans cette période clé de la vie pour aller vers l'autonomie."

La pédopsychiatre met tout de même en garde. "Si les troubles du sommeil sont liés à un état dépressif, ou si un jeune de 12 ans mesure 1 m 80, il faut impérativement consulter." Stephen Perrig la rejoint avant de renverser la logique. "Si l'adolescent dort plus de deux heures en plus le week-end que la semaine, c'est qu'il a une dette de sommeil."

Celle-ci peut engendrer des problèmes scolaires, favoriser la consommation d'alcool et entraîner un état dépressif pouvant conduire à des comportements autodestructeurs. "S'il ne répond pas à un traitement classique, il faut se poser la question du sommeil. Des maladies comme l'apnée du sommeil, ou la narcolepsie, par exemple, existent également dans cette tranche d'âge et ne sont pas si rares", conclut-il.