Centre médical de Crans-Montana: le Docteur Louis Bonvin amer

La commune de Lens refuse le nouveau projet de centre médical à but non lucratif proposé dans la région de Crans-Montana par le Dr Louis Bonvin. Elle lui a préféré l'option portée par le Directeur général de CMA, Philippe Magistretti, et Radovan Vitek, l'actionnaire majoritaire de CMA.

12 juin 2017, 10:50
/ Màj. le 12 juin 2017 à 18:05
Le Docteur Louis Bonvin s'est vu refusé son projet de centre médical sur Crans-Montana par la commune de Lens.

Le projet Magellan n’ayant pu se concrétiser, le Dr Louis Bonvin a proposé à la commune de Lens une nouvelle version d’un centre médical géré par une société à but non lucratif afin d’assurer le maintien et l’extension de l’offre de soins médicaux dans la région de Crans-Montana et des villages environnants.

Le 17 mai, une lettre de la commune de Lens lui annonçait être sensibilisée par un autre concept plus conforme aux attentes communales. Ce centre médical serait porté par Philippe Magistretti et Radovan Vitek.

Après avoir assuré, pendant 27 ans, un service d’urgence (il accepte les patients sans rendez-vous) et des soins de longue durée, le généraliste FMH est las. Louis Bonvin a proposé 3 projets pour attirer de jeunes médecins, et essuyé trois refus des communes. Il n’est plus d’humeur à lutter. Interview.

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Dr Bonvin, qu’est-ce qui vous surprend dans la réponse de la commune ?
Ce qui me choque surtout, c’est que le projet Magistretti-Vitek est un projet financier, avec des actionnaires qui veulent en retirer un bénéfice personnel. Alors que nos trois projets, les deux propositions Magellan puis le mien, étaient pensés de façon à répondre aux besoins médicaux actuels et futurs de la population locale et touristique.

Quels sont les arguments avancés pour justifier le rejet de votre projet ?
Le seul argument valable est l’absence d’adhésion des médecins de la région, qui rappelle d’ailleurs douloureusement les projets Magellan, fédérant quatre médecins locaux, qui effectivement, ne sont plus intéressés aujourd’hui. Je les comprends après tout l’engagement consenti en vain pour le projet Magellan. Les autres arguments – basés sur un audit de la société Axioconsulting qui appartient à Frédéric Boson, le directeur de CMA Immobilier, donc un employé de M. Vitek – sont extrêmement discutables. Cet audit accumule les erreurs, les imprécisions voire les contresens. Notamment, la situation géographique est remise en cause, alors que 200 m à peine séparent mon cabinet des locaux que la commune veut mettre à disposition de Magistretti-Vitek gratuitement pour 20 ans. De plus, mon projet offre 512m² de surface, extensibles jusqu’à 1000 m² en fonction des besoins. Neuf salles de consultation et huit médecins à l’année étaient prévus dans un premier temps. Et contrairement à ce qui est dit : le matériel médical actuel a été régulièrement adaptés.

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Magistretti et Vitek promettent des IRM, des scanners…
On peut légitimement se poser la question de l’intérêt pour un centre de radiologie de venir s’implanter sur le Haut-Plateau. A ma connaissance, il n’y a rien de concret pour l’instant...Ce qui est nécessaire pour la région, c’est d’avoir une médecine qui réponde à la population dans ses besoins quotidiens d’urgence et de soins de longue durée. Il faut donc une médecine de généraliste avec une traumatologie et une pédiatrie. On peut être parfaitement équipé pour une médecine familiale de proximité sans avoir nécessairement besoin sur place d’une technologie de type IRM ou scanner. Par contre le centre médical doit être équipé de façon moderne et efficiente notamment pour la radiologie courante et le laboratoire.

Qu’est-ce qui vous fait peur dans le projet Magistretti-Vitek ?
C’est un modèle de médecins mercenaires qui pourraient subir la pression des actionnaires. C’est la porte ouverte à une médecine inutilement plus chère qui ne répond pas aux critères d’économicité exigés par la LAMal. Selon ce qui est stipulé dans l’audit de la société Axioconsulting, quatre médecins seraient engagés deux fois par an pour la haute saison uniquement. Ce seraient donc des médecins extérieurs à la région qui ne travailleraient pas régulièrement ici, qui n’auraient pas le temps de connaître et de suivre les patients sur le long terme. Avec de nouveaux médecins à chaque saison le projet Magistretti-Vitek répond aux besoins des touristes mais pas à ceux de la population et des résidents, tant pour des soins d’urgence que de prise en charge sur une longue durée durant toute l’année.

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On vous sent désabusé…
Le manque de clairvoyance des politiciens de la région me déçoit. Ils n’ont pas su faire preuve d’esprit de décision pour des motifs qui m’échappent. Ils semblent ne pas voir le danger du manque de soins médicaux qui va s’aggraver au fil des ans, mes collègues et moi arrivant tous à l’âge de la retraite. Et déjà actuellement, les médecins de la région n’arrivent plus à répondre aux besoins de la population.

Qu’allez-vous faire ?
Je suis fatigué par la surcharge de mon travail, notamment depuis la fermeture du cabinet du Dr Bornet. J’ai honte du temps d’attente indécent pour les patients qui se présentent à ma consultation. Je ne peux plus continuer ainsi, et je suis déjà actuellement à la recherche d’un autre lieu où pratiquer une médecine dans des conditions plus acceptables.Pour la région, qu’importe où le centre médical sera installé et qui le mettra sur pied. Ce qui est primordial, c’est une médecine qui réponde à de vrais besoins. Et qui ne soit pas là d’abord pour satisfaire des prétentions financières. Et il y a urgence !

La réaction de trois protagonistes du projet qui a été préféré à celui du Dr Bonvin

Président de la commune de Lens, David Bagnoud explique que le projet d’un centre médical sur le Haut-Plateau en est à ses prémisses. Des négociations avec plusieurs partenaires sont actuellement en cours. «On ne peut pas dire que cette plateforme est basée sur la rentabilité sans savoir quels seront les partenaires autour de la table. Philippe Magistretti et Radovan Vitek ne sont pas les seuls acteurs impliqués. Il y a en réalité un groupe de travail bien plus étoffé que cela. Une annonce sera d’ailleurs prochainement faite à ce sujet.» Des propos que confirme Philippe Magistretti, le Directeur général des remontées mécaniques de Crans-Montana qui porte le projet aux côtés de Radovan Vitek, l'actionnaire principal des remontées mécaniques : «Il y a pour l’heure trop d’inconnues autour de ce centre médical. Le projet peut aboutir, comme ne jamais voir le jour.»

«Pas de conflits d’intérêts»

Mis en cause par le Dr Bonvin quant à la crédibilité de son étude de faisabilité, le directeur d’Axioconsulting, Frédéric Boson, explique que la proximité avec ses clients fait partie de l’ADN de sa société. «Il n’y a pas de conflits d’intérêts. J’entretiens des rapports personnels avec l’ensemble de mes clients, et pas uniquement avec Monsieur Vitek. Cela n’empêche pas que mon bureau soit une entité indépendante en matière d’affaires.» 

De manière plus générale, Frédéric Boson estime que des conditions cadres doivent être mises en place afin d’inciter les médecins à venir exercer à Crans-Montana. «Il faut leur offrir une structure dans laquelle ils pourront se focaliser uniquement sur les soins de leurs patients. Sans se préoccuper de questions ayant trait à l’administration.» Il ajoute : «La règle de base, c’est que la commune investisse dans ses propres murs. Ce fut le cas pour les centres médicaux de Savièse, Sembrancher ou Collombey. L’option présentée par le Dr Bonvin n’entrait pas dans ce cadre-là.» Et quid des médecins venant exercer uniquement en haute saison ? «Il y aura de toute façon une base de médecins présents à l’année. Puis en haute saison, les effectifs seront gonflés pour répondre à l’afflux de monde en station.»

Une plateforme à 20 millions

Si le projet porté par Philippe Magistretti et Radovan Vitek devait voir le jour, la facture pourrait s’élever à près de 20 millions de francs. «C’est une somme considérable. Il faudra évidemment compter sur l’appui d’investisseurs privés pour parvenir à la couvrir, déclare Philippe Magistretti. Mais le développement de nouvelles offres médicales sur le Haut-Plateau passe par là.»