Syrie: Obama prend un pari risqué et tente de gagner du temps

En laissant le Congrès autoriser un recours à la force en Syrie, Barack Obama prend un pari risqué. Il affiche ainsi sa volonté de gagner du temps et des soutiens avant de s'engager dans ce conflit. Mais il risque d'apparaitre indécis et hésitant dans sa gestion des conflits internationaux.

01 sept. 2013, 08:13
Le changement de direction soudain de Barack Obama sur la Syrie traduit sa volonté de gagner du temps et des soutiens avant de s'engager dans ce conflit. Mais il risque d'apparaître indécis et hésitant dans sa gestion des conflits internationaux.

Le changement de direction soudain de Barack Obama sur la Syrie traduit sa volonté de gagner du temps et des soutiens avant de s'engager dans ce conflit. Mais il risque d'apparaître indécis et hésitant dans sa gestion des conflits internationaux.

Toute la semaine, l'administration américaine avait haussé le ton contre le régime de Bachar al-Assad, avançant le bilan de 1429 morts dont 426 enfants dans une attaque chimique le 21 août près de Damas, selon un rapport du renseignement.

Le recours à de telles armes représente "un défi au monde entier. Nous ne pouvons pas accepter un monde dans lequel des femmes, des enfants et des civils innocents sont gazés", affirmait encore M. Obama vendredi après avoir évoqué un nécessaire "coup de semonce" à venir contre le régime Assad.

Les déclarations très fermes de M. Obama et de son secrétaire d'Etat John Kerry, ainsi que le déploiement d'une demi-douzaine de bâtiments de guerre équipés de missiles de croisière semblaient constituer autant d'indices sur l'imminence de frappes.

Mais un coup de théâtre s'est produit samedi midi dans la Roseraie de la Maison Blanche, lorsque le président a annoncé avoir pris la décision de principe de bombarder la Syrie mais en l'assortissant d'un bémol: au Congrès d'autoriser un recours à la force.

Session extraordinaire pas convoquée

Cela éloigne la perspective d'une intervention armée puisque les élus du Sénat et de la Chambre des représentants sont en vacances jusqu'au 9 septembre et que le président Obama n'a pas demandé de les convoquer en session extraordinaire.

Selon des hauts responsables de son administration, ce n'est que vendredi soir, en arpentant le jardin de la Maison Blanche avec son bras droit Denis McDonough, que M. Obama a indiqué son souhait de passer par le Congrès. Certains élus de base des deux bords ont demandé cette semaine un vote sur la Syrie, mais leurs chefs de file semblaient devoir se contenter de "consultations".

Selon ces responsables s'exprimant sous couvert de l'anonymat, l'exécutif mettra à profit la période d'ici à la rentrée des élus pour tenter d'en convaincre davantage. Dès vendredi soir, la Maison Blanche a envoyé au Congrès son projet de résolution sur l'usage de la force.

L'équipe de M. Obama explique en outre que remettre le Congrès dans le jeu, une formalité à laquelle le président lui-même - sur la Libye en 2011 - et nombre de ses prédécesseurs se sont soustraits, est cohérente avec son souhait de ne pas faire tomber les Etats-Unis dans un état de "guerre perpétuelle", comme il l'avait dit le 23 mai en recadrant sa stratégie antiterroriste.

M. Obama, très critique de la guerre en Irak, "a fait campagne en 2008 sur l'importance pour le Congrès de prendre des décisions militaires, il s'en est pris au président George W. Bush pour avoir lancé une guerre sans autorité législative", a rappelé le professeur d'histoire Julian Zelizer de l'université de Princeton, samedi sur CNN.

Grave revers pour Washington-Londres

L'administration s'est conservée une porte de sortie en assurant que M. Obama n'avait pas renoncé à agir unilatéralement si le Congrès, avec lequel les contentieux sont nombreux, décidait de rejeter une intervention.

Voir une action militaire en Syrie validée par le pouvoir législatif américain, selon ces responsables, pourrait aussi décider davantage de partenaires internationaux des Etats-Unis à apporter leur soutien, alors que la "relation spéciale" Washington-Londres a subi un grave revers avec le rejet d'une intervention par le Parlement britannique.

M. Obama devrait argumenter auprès de ses responsables étrangers dès la semaine prochaine en marge du sommet du G20 prévu jeudi et vendredi à Saint-Pétersbourg (Russie). Reste, au delà du risque d'un possible rejet parlementaire qui porterait un coup très dur au prestige de M. Obama, à évaluer les conséquences immédiates d'un délai dans l'intervention en Syrie.

M. Obama, qui avait été accusé de "tergiverser" par l'ancien vice-président républicain Dick Cheney en 2009 lorsqu'il avait évalué des semaines durant un renforcement du contingent en Afghanistan, a tenté samedi de se prémunir contre ces critiques en assurant que l'armée lui avait indiqué que "notre capacité à effectuer cette mission n'est pas tributaire du temps".