Poutine évoque les "intérêts économiques rééls" de l'Ukraine à s'allier à la Russie

Alors que le coeur de l'Ukraine balance entre l'Europe et la Russie, le président russe Vladimir Poutine vante les intérêts d'une alliance avec son pays.

12 déc. 2013, 17:17
Vladimir Poutine a orchestré plusieurs perquisitions chez des opposants au régime la semaine dernière.

Le président russe Vladimir Poutine a fait miroiter jeudi les avantages économiques d'un rapprochement de Moscou avec Kiev. En Ukraine, les opposants pro-européens ont entamé leur quatrième semaine de contestation après la volte-face du régime sur l'intégration européenne.

La mobilisation sans précédent en Ukraine a été déclenchée par le refus des autorités de signer un accord d'association avec l'Union européenne fin novembre, au profit d'un rapprochement avec la Russie. La contestation a pris une ampleur sans précédent après la répression contre des manifestants le 30 novembre.

Alors que l'Europe et surtout les Etats-Unis se sont solidarisés avec l'opposition ukrainienne - Washington évoquant même la possibilité de sanctions contre le régime -, le président russe a souligné jeudi que la porte de l'Union douanière menée par Moscou restait ouverte pour l'Ukraine et que ce projet d'intégration était préférable pour Kiev.

"Nous n'imposons rien à personne, mais si nos amis le souhaitent, nous sommes prêts à poursuivre le travail en commun" sur la participation de l'Ukraine à l'Union douanière qui unit pour l'instant Russie, Bélarus et Kazakhstan, a déclaré M. Poutine. "Notre projet d'intégration est fondé sur un principe d'égalité et sur des intérêts économiques réels."

Accusée par les Occidentaux de s'être livrée à des pressions économiques et une intimidation "inacceptables", la Russie a joué un rôle décisif pour dissuader l'Ukraine, en grave crise économique, de l'association avec l'Union européenne.

Barricades renforcées

A Kiev, les manifestants pro-européens étaient déterminés jeudi à rester sur la place de l'Indépendance après un assaut avorté la veille des troupes anti-émeutes contre leur camp installé dans le centre de Kiev.

Ils ont dressé de nouvelles barricades à la place de celles démontées par les forces de l'ordre. Ils les ont nettement renforcées avec des amas de neige et des sacs de sable, donnant à la place des airs de camp retranché.

Les troupes anti-émeutes ont tenté dans la nuit de mardi à mercredi de disperser les manifestants sur la place de l'Indépendance au moment même où les représentants de l'UE et des Etats-Unis se trouvaient à Kiev pour tenter de trouver une solution à la crise avec les autorités ukrainiennes.

A la suite de ces événements, les Etats-Unis ont annoncé mercredi soir réfléchir à des sanctions contre le régime, réclamées par ailleurs par les manifestants à Kiev.

Encore six jours

L'opposition pro-européenne réclame le départ du président Viktor Ianoukovitch depuis son refus fin novembre de signer un accord avec l'UE en négociation depuis trois ans et de l'annonce d'un resserrement des liens avec Moscou. "Nous tiendrons au moins encore six jours, j'en suis sûre", a lancé dans la nuit la chanteuse Rouslana, vainqueur de l'Eurovision 2004.

Dans six jours, le 17 décembre, le président Viktor Ianoukovitch devrait se rendre à Moscou pour y rencontrer Vladimir Poutine. Selon l'opposition, il va "vendre l'Ukraine à la Russie".

M. Ianoukovitch pourrait, selon les opposants, signer à cette occasion un accord prévoyant l'adhésion de Kiev à l'Union douanière menée par Moscou. Les autorités ukrainiennes ont catégoriquement démenti.

Le prix du gaz comme enjeu

De retour d'une mission de conciliation de deux jours à Kiev, la représentante de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a réaffirmé jeudi avoir reçu des assurances du président ukrainien Viktor Ianoukovitch qu'il "entendait signer l'accord d'association". Selon un autre responsable européen, la position de Viktor Ianoukovitch n'a pas bougé.

Le vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov a toutefois noté jeudi que Kiev montrait la volonté de coopérer étroitement avec Moscou. En récession et proche de la faillite, l'Ukraine espère obtenir à Moscou une baisse du prix du gaz, voire un crédit de milliards de dollars. Le conseiller diplomatique du Kremlin Iouri Ouchakov a souligné jeudi qu'il était "trop tôt" pour parler de la conclusion d'un accord sur le gaz.