Le gouvernement ukrainien suspend ses opérations pour Pâques

Kiev a décrété samedi une "trêve de Pâques". Les séparatistes se montrent inflexibles.
19 avr. 2014, 22:21
Orthodox icons are seen affixed to a wall behind barbed wire outside a regional administration building that was seized earlier in Donetsk, Ukraine, Friday, April 18, 2014. Dashing hopes of progress raised by a diplomatic deal in Geneva, pro-Russian insurgents who have occupied government buildings in more than 10 Ukrainian cities said Friday they will not leave them until the country's interim government resigns. (AP Photo/Manu Brabo)

Le gouvernement ukrainien a annoncé samedi la suspension des opérations dans l'est du pays où les séparatistes pro-Russes ne montrent aucune volonté de reddition. Cette "trêve pascale" intervient deux jours après la conclusion de l'accord quadripartite de Genève.

Le pouvoir n'a jusqu'à présent pas pu reprendre la dizaine de mairies et autres bâtiments administratifs dont les contestataires se sont emparés ces deux dernières semaines. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a toutefois décidé de suspendre "l'opération antiterroriste".

Elle a été mise "entre parenthèses pour Pâques et nous ne recourrons pas à la force contre eux pour le moment", a indiqué le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriy Dechtchitsia, cité samedi par la BBC.

Le ministre, qui avait été présent jeudi à Genève, avait quelques heures plus tôt mis en garde les protestataires pro-russes de l'Est. Il avait menacé de nouvelles "mesures concrètes" susceptibles de débuter la semaine prochaine s'ils n'entament pas leur désarmement.

L'OSCE sur place

Andriy Dechtchitsia a rencontré samedi à Kiev des représentants des participants à la récente réunion de Genève ainsi que le chef de la mission d'observation spéciale de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE), Ertugrul Apakan.

L'OSCE est chargée de superviser la mise en oeuvre de la Déclaration de Genève négociée par l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne. Cette organisation est actuellement présidée par la Suisse.

L'ambassadeur helvétique en Ukraine, Christian Schönenberger, a déclaré à la presse que les inspecteurs de l'OSCE sont en contact avec des activistes à Donetsk. Il a précisé: "Pour l'instant, la volonté politique de se retirer est absente."

De son côté, Andriy Dechtchitsia a déclaré que l'OSCE et les autorités locales allaient "mettre au point des mesures concrètes pour la mise en oeuvre de l'accord de Genève d'ici un jour ou deux".

Mouvement de contestation

Certains chefs de file du mouvement pro-russe ont relevé qu'ils ne se sentaient pas liés par la Déclaration de Genève. D'autres considèrent que les nouvelles autorités au pouvoir à Kiev sont issues d'un mouvement de contestation et également concernées par l'évacuation des bâtiments publics.

Que le Premier ministre Arseni Iatseniouk et le président par intérim Oleksander Tourtchinov quittent les sièges du pouvoir central qu'ils occupent "illégalement", a rappelé le porte-parole de la "République populaire de Donetsk", Kirill Roudenko. Alors seulement nous pourrons discuter de ce que nous ferons ici, à Donetsk, ajoutait-il.

Washington fait pression

Quelques heures auparavant, vendredi soir, le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'était entretenu au téléphone avec son homologue russe Sergueï Lavrov. Il l'a exhorté au respect "total et immédiat" de l'accord de Genève. Les Etats-Unis restent très sceptiques sur les intentions de Moscou.

"Nous allons observer de près la Russie pour voir si elle endosse ou non la responsabilité qui lui incombe d'user de sa considérable influence pour faire en sorte que les milices irrégulières se retirent des bâtiments qu'elles occupent", avait auparavant déclaré la conseillère à la sécurité nationale Susan Rice. "Et nous verrons dans les prochains jours si la Russie respecte ses engagements".

"Coup d'Etat militaire"

Sur le plan diplomatique, alors que les tensions entre la Russie et l'OTAN n'ont jamais été aussi fortes depuis la fin de la Guerre froide, le président russe Vladimir Poutine a estimé samedi que rien n'empêche une amélioration des relations entre la Russie et les pays occidentaux. Selon lui, il revient toutefois à ces Etats de faire en sorte qu'elle ait lieu.

Mais la Russie a aussi admis pour la première fois qu'elle a déployé des renforts militaires à la frontière de l'Ukraine en raison de l'instabilité dans ce pays. Et non pour participer à des manoeuvres de routine, comme l'assurait Moscou jusqu'à présent.

"Pardonnez-moi, mais c'est un pays où vient tout juste de se produire un coup d'Etat militaire. Il est donc naturel que tout pays prenne des mesures de précaution particulières afin de garantir sa sécurité", a également ajouté le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov sur une chaîne de télévision russe.