France: nouveaux affrontements sur le site du futur aéroport de Nantes

Les forces de l'ordre et les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes près de Nantes en France se sont à nouveau affrontés samedi. Trois personnes ont été blessées et huit interpellées.

24 nov. 2012, 17:15
Activists walks in a wooded area of the site of the planned Notre-Dame-Des-Landes of western France  on Friday Nov 23, 2012. In a muddy, rainy standoff starting early Friday, protesters responded to police attempts to remove them by hurling sticks, stones and gasoline bombs. For two weeks, protesters have illegally occupied the site of the planned Notre-Dame-Des-Landes airport set to start operating in 2017. the banners is read " against it's airport and it's world" (AP Photo/Laetitia Notarianni)

De nouveaux affrontements ont éclaté samedi en France près de Nantes à Notre-Dame-des-Landes entre les forces de l'ordre et les opposants au projet d'aéroport. Celui-ci suscite un malaise de plus en plus profond chez les élus écologistes alliés au gouvernement, alors que ce dernier affiche sa détermination.

Plusieurs milliers de manifestants ont défilé. Parti de la place Royale, en plein centre de Nantes, le cortège s'est ébranlé derrière une grande banderole, où l'on peut lire sur fond noir, puis rouge: "Aéroport LGV THT TAV nucléaire société totalitaire". Des cailloux, bouteilles, fusées de détresse et cocktails Molotov ont été lancés en direction des gendarmes qui ont riposté par des tirs de grenades, lacrymogènes ou assourdissantes.

La préfecture de Loire-Atlantique a signalé deux blessés du côté des opposants et un du côté des gendarmes, transportés à l'hôpital pour des examens, dans cette contestation qui ne cesse de grandir sur le terrain depuis un mois. Huit personnes ont été interpellées, principalement pour des violences sur personne dépositaire de l'autorité publique.

Après une grande opération d'expulsion menée sur trois sites vendredi, les gendarmes mobiles ont pour mission de sécuriser l'intervention des entreprises mobilisées pour la destruction de maisons et cabanes en bois dans laquelle les opposants les plus radicaux sont installés depuis des mois.

Zone de biodiversité exceptionnelle

"L'objectif de l'action en cours est d'éliminer toutes les constructions reconnues illégales à ce jour pour empêcher le camp de prendre des proportions inadmissibles", précise la préfecture de Loire-Atlantique. Elle évalue le nombre d'opposants sur place à "500, dont 150 très agressifs". Les opposants au projet - des agriculteurs, des activistes, des élus ou de simples citoyens - réfutent tout problème de saturation ou de sécurité de l'aéroport.

Ils dénoncent la destruction d'une des dernières zones de biodiversité exceptionnelle du département. Leur manifestation, il y a une semaine à Notre-Dame-des-Landes, a rassemblé entre 13'500 personnes, selon la préfecture, et 40'000 selon leurs chiffres. Mais le gouvernement a affiché samedi sa détermination à mener à bien un projet porté par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes.

Les ministres de l'Ecologie, des Transports et de l'Agriculture, Delphine Batho, Frédéric Cuvillier et Stéphane Le Foll, ont confirmé dans un communiqué la "nécessité de poursuivre le déroulement du projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique, porté par deux régions, sept départements et les intercommunalités de Nantes, Rennes, Saint-Nazaire et La Baule".

Le gouvernement réitère les engagements pris pour respecter la biodiversité et la préservation des terres agricoles. Les ministres soulignent par exemple que les 250 hectares qui seront "artificialisés" seront compensés par la mise à disposition de friches agricoles disponibles.

"Archaïque" pour Cohn-Bendit

Sur le plan politique, les écologistes critiquent de plus en plus un dossier qui devient brûlant pour la majorité. L'envoi d'un demi-millier de gendarmes pour empêcher les opposants d'occuper le site est "une façon de gouverner complètement archaïque", estime dans le journal "Libération" de samedi le cofondateur d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Daniel Cohn-Bendit.

Pour lui, "la manière dont cela se passe à Notre-Dame-des-Landes rend de plus en plus difficile le maintien des écologistes au gouvernement", où le PS croit "que l'on peut piétiner et les écologistes et les enjeux écologistes".

Selon la préfecture, les expulsions des squatteurs se justifient par l'imminence des travaux préparatoires à la future desserte routière de l'aéroport, qui doivent démarrer en janvier prochain. Ceux de l'aéroport à proprement parler doivent débuter en 2014, pour une mise en service en 2017.

La construction et la concession du futur aéroport, situé à 30 km au nord de Nantes, ont été confiées au groupe Vinci, qui évalue son coût à 560 millions d'euros. Il en déboursera 320, le reste étant payé par l'Etat (125,5 millions d'euros) et les collectivités locales (115,5 millions d'euros). Le projet est porté par l'Etat et soutenu par l'UMP, le Parti communiste et les élus socialistes.