130000 Kurdes ont fui la Syrie pour échapper à l'Etat islamique

L'ONU annonce que 130000 Kurdes ont fui le nord de la Syrie pour se réfugier en Turquie. Ils tentent ainsi d'échapper aux jihadistes de l'Etat islamique. Ces derniers appellent leurs partisans à tuer des Américains et des Français.

22 sept. 2014, 11:44
Face à l'avancée inexorable de l'Etat islamique en Syrie, les Kurdes affluent massivement vers la frontière turque.

Plus de 130'000 Kurdes de Syrie sont arrivés en Turquie ces derniers jours, fuyant les jihadistes dans le nord-est de la Syrie. Le mouvement kurde turc PKK a appelé pour sa part les Kurdes de Turquie à traverser la frontière pour les combattre, alors qu'Ankara est accusée de jouer un double jeu.

"Le nombre de Syriens a dépassé 130'000" et leur nombre pourrait augmenter si l'offensive des extrémistes sunnites se poursuit, a déclaré lundi à Ankara le vice-premier ministre turc Numan Kurtulmus.

"Nous avons pris toutes les mesures nécessaires au cas où l'afflux de déplacés se poursuivrait, nous ne le souhaitons évidemment pas, mais nous sommes parés", a-t-il dit en souhaitant que ces réfugiés puissent retourner dans leurs foyers quand la paix sera rétablie. Le dernier chiffre évoqué lundi matin par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) à Genève était de 100'000 réfugiés.

Un député dénonce

Cette "porte ouverte" par la Turquie n'a toutefois pas levé tous les soupçons. Même si elle a accueilli en urgence tous ces réfugiés, Ankara reste accusé d'entretenir des relations ambiguës avec les jihadistes qui les ont contraints à l'exode.

"Quand les fous de Daesh (le groupe jihadiste de l'Etat islamique) sont partis de Mossoul pour attaquer Aïn al-Arab (Kobané en kurde), il aurait suffi de deux avions pour les empêcher de revenir mais rien n'a été fait", dénonce Ibrahim Binici, député du Parti démocratique populaire (HDP).

"Les autorités turques sont en partie responsables de cette situation. Elles protègent Daesh qui est une organisation terroriste", poursuit M. Binici, "aujourd'hui, elles empêchent les jeunes Kurdes de revenir vers la Syrie pour défendre leur territoire".

Importante offensive

La Turquie, qui a déjà accueilli 1,5 million de personnes fuyant la guerre en Syrie depuis 2011, a ouvert vendredi sa frontière aux Syriens qui ont commencé à quitter jeudi le secteur de la localité d'Aïn al-Arab, encerclée par les combattants du groupe extrémiste sunnite EI.

Aïn al-Arab, troisième ville kurde de Syrie, avait été relativement épargnée par le conflit en Syrie et quelque 200'000 déplacés syriens y avaient trouvé refuge, selon l'ONU. Mais la poussée de l'EI dans région et le siège que ses combattants ont imposé à la ville ont fait fuir un grand nombre d'habitants, principalement des Kurdes.

De son côté, le mouvement armé kurde de Turquie, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a appelé lundi une nouvelle fois les Kurdes de Turquie a combattre les jihadistes en Syrie, a rapporté l'agence prokurde Firat.

Les combattants kurdes syriens ont d'ailleurs annoncé lundi avoir stoppé la progression des jihadistes vers la ville d'Aïn al Arab. "Des combats sont toujours en cours mais la progression de l'EI vers l'est de Kobané est stoppée depuis la nuit dernière", a dit Redur Xelil, porte-parole du groupe de défense kurde YPG, joint par Skype.

L'EI appelle à tuer des citoyens de la coalition

L'organisation Etat islamique a par ailleurs lancé lundi un appel aux musulmans à tuer des citoyens, notamment Américains et Français.

Les Etats-Unis et la France sont les deux pays qui ont jusqu'à présent mené des frappes aériennes en Irak sur des positions de l'EI. Le message, publié sous forme audio en arabe, avec une traduction sommaire en anglais, en français et en hébreu, donne des instructions sur la manière de mener à bien la mission sans équipement militaire.

S'exprimant sur l'EI, le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré que les Etats-Unis et d'autres pays auraient dû intervenir en Syrie plus tôt pour empêcher la progression des jihadistes. Et désormais le groupe a accès à des ressources pétrolières qui le rendront plus difficile à vaincre, a estimé le roi, interrogé à New York lors de sa venue pour l'assemblée générale de l'ONU.