Le cheval et l’homme: 5500 ans d’histoire commune. Par Yves Charlot

08 juin 2021, 11:00
Yves Charlot, médecin vétérinaire.

Le premier foyer identifié de domestication du cheval est lié à une culture de l’âge du cuivre située sur le territoire de l’actuel Kazakhstan, la culture Botaï. S’il n’a pas été prouvé à ce jour qu’ils montaient les chevaux, ils les mangeaient, consommaient aussi le lait des juments, et les gardaient dans des enclos. Si les objets liés aux Botaï sont rares, ce n’est pas le cas des ossements et dents de chevaux, en quantités énormes (centaines de milliers). Il n’y a pas d’autres restes animaux, si ce ne sont quelques ossements de chiens. Le cheval était au cœur de la vie de ce peuple. 

L’ADN prélevé a montré étonnamment qu’ils n’étaient pas à l’origine des équins domestiques actuels, mais du dernier cheval «sauvage», le cheval de Przewalski de Mongolie, sauvé par la captivité et réintroduit dans le désert de Gobi. 

Il y a donc eu au moins deux domestications, le second foyer restant inconnu. Les chevaux ont connu une explosion démographique pendant le millénaire suivant. Les études génétiques sont en cours pour en déterminer le foyer d’origine. La péninsule Ibérique a été évoquée, mais la part d’origine espagnole et portugaise ne représente que 5 à 10% du génome des chevaux modernes. D’autres lignées (Yakoutie, Altaï) semblent s’être éteintes. Celles introduites en Anatolie il y a 4000 ans, distinctes des indigènes, sont liées aux chevaux modernes. 

Les éleveurs Yamna qui ont influé profondément la génétique des européens (entre autres) avançaient vers l’ouest du continent avec leurs troupeaux (ruminants, chevaux, porcs) et leurs chars à bœufs. Ils sont peut-être aussi à l’origine du char de guerre à deux roues tracté par des chevaux. L’expansion rapide de ce peuple des steppes montre que le cheval et la roue ont rendu le monde plus accessible, et préfigure toutes les civilisations de peuples cavaliers.

Par la suite, tout a été affaire de sélection génétique, les robes, mais aussi les aptitudes: énormes chevaux de trait, pur-sang pour la vitesse pure… Cette sélection extrême sur un effectif qui s’est réduit passe par un appauvrissement génétique considérable et l’émergence de maladies génétiques.

Source: «L’ADN fossile, une machine à remonter le temps», Dr Ludovic Orlando.

En savoir plus: Le site du cabinet vétérinaire Les Berges du Rhône