L'animation 3D fait sa révolution en Valais

Dans l’industrie du jeu vidéo et de l’animation, la Suisse rattrape son retard. Exemples en Valais avec la future formation en Game Development de l’EPAC et une entreprise qui propose un nouveau modèle d’animation 3D.
30 juil. 2017, 16:51
/ Màj. le 31 juil. 2017 à 05:30
L'animation 3D, produit de niche, pourrait bien se développer en Valais.

Secteur de niche il y a encore quelques années, le marché du jeu vidéo dépasse aujourd’hui celui du cinéma. En 2015, il représentait 91,5 milliards de dollars, contre 89 milliards pour les films. «Il faut faire évoluer le marché suisse. Avec ce que l’on peut y apporter, ça serait dommage de passer à côté», lance Maurizio Rigamonti, coordinateur de la future formation en Game Development de l’EPAC à Saxon.

En Suisse, 70 entreprises sont actives dans le secteur du jeu vidéo, «dont quinze en Suisse romande, qui emploient entre quatre et huit collaborateurs. Mais de plus en plus de collectifs qui ne sont pas inscrits dans le registre du commerce créent des jeux», détaille David Javet du Game Lab de l’Université de Lausanne, un groupe interdisciplinaire de chercheurs qui travaille autour de questions liées au jeu vidéo.

L’émulation suisse

Il y a quelques mois, le studio zurichois Giants Software avait créé la surprise avec le jeu «Farming Simulator». La communauté des gamers doutait de son potentiel et pourtant il a été téléchargé plus de 5 millions de fois et traduit en 18langues.

A Genève, le Studio Tourmaline travaille sur un jeu coopératif pour tablettes appelé «Oniri Islands» et en Valais, plusieurs initiatives ont également vu le jour comme «Asylamba», un jeu de stratégie intergalactique qui a déjà rassemblé plusieurs milliers de joueurs. Les concepteurs travaillent actuellement sur un nouveau jeu se déroulant dans le même univers que le premier.

Conditions sine qua non du développement et de la pérennité d’un marché helvétique, la formation et la technologie ne sont pas à la traîne. Pionnière en Suisse dans la formation Game Art, l’EPAC va bientôt proposer un nouveau master focalisé sur la programmation de jeux vidéo, et une ancienne start-up de The Ark, Moka Studio, vient de terminer le développement d’un nouveau logiciel «pour donner un nouveau souffle aux animations 3D». 

 

1. «Nous allons combler une lacune»

L’Ecole professionnelle des arts contemporains (EPAC) de Saxon a annoncé il y a quelques semaines la création d’une nouvelle formation en programmation de jeu vidéo. Le Game Dev Master, dont le lancement est prévu courant 2018, vient compléter une formation existante focalisée sur la création artistique dans le jeu vidéo.

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«Nous avons rapidement pris conscience que notre formation en Game Art lancée il y a cinq ans avait ses limites. Nous avons multiplié les collaborations avec des studios et des programmateurs, mais les conflits d’agenda étaient trop lourds», explique Maurizio Rigamonti. «Cette nouvelle formation comble une lacune et permettra de créer des synergies intéressantes entre les artistes de la section Game Art et les programmateurs du Game Dev, car pour créer un jeu vidéo, il faut au minimum un artiste, un programmateur et un game designer. Pour la première volée, je serais heureux que l’on atteigne une dizaine d’inscriptions.»

Fuite des talents

Avec ce nouveau master, l’EPAC entend créer un terreau fertile pour le développement du marché helvétique, car «beaucoup de Suisses sont partis à l’étranger et ont fait un travail extraordinaire. En permettant aux différents corps de métiers de se rencontrer lors de leur formation, peut-être cela stimulera-t-il les collaborations et la création de studios en Suisse romande.»

La Swiss touch

S’il est difficile d’imaginer la direction que suivra l’industrie du jeu vidéo, David Javet du Game Lab lausannois en est persuadé, la Suisse a beaucoup à offrir dans ce marché en pleine expansion. «La Suisse a un temps de retard, c’est indiscutable. Par contre, les artistes suisses peuvent apporter à cette industrie des univers différents, plus en phase avec notre culture, et des scénarios plus engagés que la majorité des productions américaines ou japonaises. De plus, l’ETHZ et l’EPFL sont à la pointe de la recherche technologique dans ces domaines-là.» 

L'EPAC à Saxon propose une nouvelle formation pour le développement de jeux vidéos. Le Nouvelliste

 

 

2. «En termes de gain de temps, on explose la concurrence»

Grâce à une technologie développée durant quinze ans à l’EPFL, l’entreprise valaisanne Moka Studio lance un nouveau logiciel sur le marché de l’animation 3D. «Pour les artistes, travailler avec Mosketch devient très intuitif, notre logiciel leur permet de conserver la ligne d’animation qui leur est propre», explique Olivier Morgan, directeur des opérations (COO). Entrepreneur dans l’âme, il sait ménager ses effets. Après un court silence, il revient à la charge: «De plus, en termes de gain de temps, on explose la concurrence.»

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Gain de temps

Animer un modèle en 3D revient à définir un mouvement pour chacune des articulations du squelette. «Grâce à nos algorithmes, on peut animer un modèle 3D avec un simple crayon, plus besoin de passer par des colonnes et des colonnes de chiffres», détaille-t-il.

L’interface tactile permet de bouger directement l’articulation du modèle, générant ainsi un gain de temps considérable. «Pour un humain qui marche, notre logiciel permet de travailler trois fois plus vite que les logiciels utilisés dans le milieu, mais pour animer un dragon ou un poulpe, on peut aisément diviser le temps de travail par un facteur dix.»

Le jeu vidéo, une vitrine

L’industrie du jeu vidéo n’est pas l’unique marché vers lequel Olivier Morgan désire se tourner. «Il s’agit avant tout d’une vitrine. Il y a 1,5 million d’animateurs dans le monde qui sont répartis entre le jeu, le cinéma, les effets spéciaux ou d’autres secteurs comme l’industrie automobile ou la formation. Avec Mosketch, nous espérons dépasser les 100000 utilisateurs dans les prochaines années.

Fondée en 2009 à Martigny, Moka Studio travaille sur le logiciel Mosketch depuis 2014 grâce au soutien de la Commission suisse pour la technologie et l’innovation (CTI) et en partenariat avec l’Immersive Interaction Group (IIG) de l’EPFL. Téléchargé plus de mille fois dans les deux semaines qui ont suivi son lancement en mai 2017, le logiciel séduit un public principalement oriental. 50% des téléchargements ont été réalisés depuis la Chine. 

’Lentreprise valaisanne Moka Studio lance un nouveau logiciel sur le marché de l’animation 3D. Capture-MOSKO/dr

 

par Julien Robyr