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Didier Cuche forge la relève à Zermatt

Le Neuchâtelois met son vécu au service des jeunes cette semaine à Zermatt.

15 août 2013, 12:12
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Ambassadeur du Centre régional de performance ski alpin des montagnes jurassiennes (CRP), Didier Cuche est une aubaine pour la relève de la région. S'il s'est d'abord beaucoup investi dans la recherche de fonds pour boucler les budgets du centre - créé il y a trois ans, il a depuis obtenu le label Swiss-Ski -, le champion des Bugnenets ne rechigne pas à donner un coup de main lors des entraînements. Comme cette semaine à Zermatt, où les cadres OJ du Giron jurassien poursuivent leur préparation sur le glacier du Théodule, sous la conduite de Jérôme Ducommun, directeur du CRP.

"Ce sont les premiers jours que l'on passe ensemble, et le contact avec les jeunes n'est pas toujours évident", glisse l'ancien skieur, qui fêtera ses 39 ans demain. "Ils sont assez calmes et ne disent pas grand-chose. J'ose espérer que ma présence ne les dérange pas!"

Allons, allons, c'est tout le contraire. Même s'ils le connaissent déjà (un peu) pour la plupart, les jeunes du CRP sont forcément impressionnés de croiser Didier Cuche dans les couloirs de l'hôtel. "J'essaie d'être avec eux, de manger en leur compagnie, pour leur montrer que j'ai beau avoir fait une belle carrière, on peut discuter ou rigoler avec moi comme avec n'importe qui."

Rester compréhensible

Le champion du monde de super-G prend son job très à coeur. "Ma principale préoccupation, c'est que mes explications ne soient pas du charabia pour eux" , sourit Didier Cuche. "Je veille aussi à ne pas les abreuver de conseils qu'ils ne pourraient pas assimiler à leur niveau. Je pense que je ne suis pas loin d'être juste dans ce que je leur dis, mais je dois parfois m'écouter moi-même pour savoir si ce sera compréhensible pour des gamins de cet âge." Agés de 10 à 15 ans, donc. "En les regardant skier, c'est assez simple de repérer ce qu'ils ne font pas juste. Mais c'est beaucoup plus compliqué de leur faire comprendre ensuite comment ils pourraient se corriger. Moi, j'ai dû attendre l'âge de 14-15 ans avant de vraiment comprendre ce qu'on me disait! Avant, je disais juste oui, oui... Je n'avais pas d'efficacité technique, mais je savais prendre des risques et ça allait vite quand même!"

Placé dans la pente du glacier, Didier Cuche suit avec attention les évolutions de ses protégés d'un jour, qui s'arrêtent à tour de rôle à sa hauteur pour une analyse à chaud. "Même s'il y a beaucoup de choses à corriger, il faut toujours trouver un élément positif. C'est important pour le jeune de se sentir valorisé. Le lendemain, quand il faut reprendre la benne à 6h10, il est davantage motivé à y retourner pour faire mieux."

Joker de luxe

Pour le CRP, Didier Cuche est un joker de luxe, une sorte de super-consultant. "Il apporte un autre regard et, surtout, il parle aux jeunes d'athlète à athlète", relève Jérôme Ducommun. Avec son expérience, son vécu et sa carrure, mais sans monopoliser la place ni l'attention. "Tous ces jeunes sont réceptifs et écoutent ce que je leur dis. C'est un plaisir, et, indirectement, une petite fierté", avoue le quintuple vainqueur de la Streif. "Mais je ne me vois pas comme un modèle pour eux. A l'exception du sponsoring, le CRP ne doit pas être dépendant de ma personnalité. Il y a des entraîneurs en place (Jérôme Ducommun, Dimitri Cuche, Jérémy Baerfuss) et moi j'apporte un petit truc en plus. Je garderai un oeil sur eux cet hiver, ce que je n'avais pas eu le temps de faire la saison dernière. C'est important de ne pas venir à Zermatt une fois, et après plus rien."

Cédric Gasser avale la pente avec maîtrise et détermination. "Continue comme ça, c'est du bon boulot", lui lance Didier Cuche. Venant d'un si grand champion, le compliment est décuplé. Derrière leurs lunettes qui les protègent du soleil, on est sûr que les jeunes du CRP ont tous les yeux qui brillent quand l'homme aux six globes de cristal leur glisse un mot d'encouragement.