Découvrez les vins haut-valaisans: le Lafnetscha, un cépage à ne pas manquer

Vieux de 400 ans, le Lafnetscha, produit des vins aux notes florales et fruitées. Il vieillit admirablement bien. De quoi, nous emballer, pas vrai?

24 mai 2022, 09:15
/ Màj. le 24 mai 2022 à 15:00
Le Lafnetscha est présent en Valais depuis quatre siècles. Un vin qui s’exprime pleinement après quelques années de vieillissement.

Peu connu du grand public, le Lafnetscha, issu d’un croisement naturel entre le Completer et l’Humage blanche est pourtant connu depuis 400 ans. La première mention de ce cépage apparaît en 1627 sous le nom Lachneschen. Longtemps, on l’a confondu avec le Completer des Grisons, jusqu’à ce que l’ampélologue José Vouillamoz démontre par un test ADN qu’il s’agit d’un croisement naturel entre l’Humagne du Valais et le Completer dont il a découvert par la suite de vieilles treilles dans la région de Viège.

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«Le Lafnetscha était implanté depuis 400 ans chez nous, ses parents sont aussi d’ici. Ça a du sens de le cultiver. Je suis très heureux que mon père ait pérennisé sa culture», relève Mario Chanton, à la tête de la Chanton Kellerei à Viège, véritable emblème des cépages rares du Haut-Valais.

 Afin qu'il puisse exprimer toute sa personnalité, Mario Chanton ne fait pas faire au Lafnetscha – comme à tous les autres cépages rares – la deuxième fermentation, ou fermentation malolactique, ce qui permet de dompter la forte acidité de ces vieux cépages et d’apporter de la souplesse au cru. ©Hans-Peter Siffert

Un cépage exigeant 

«Le fondateur de la cave Chanton, mon père Oskar, vinifiait la vendange achetée à des fournisseurs de raisins», poursuit Josef-Marie Chanton «Lorsque je me suis intéressé au Lafnetscha, nous avons mis une annonce pour que les vignerons qui avaient du Lafnetscha nous le livrent. La première année, on nous en a livré près de 600 kilos. L’année suivante, on en a reçu deux tonnes. On s’est alors aperçu que certains, alléchés par le bon prix que nous offrions, avaient déposé quelques raisins de Lafnetscha sur le haut des caissettes, et dessous, il y avait du fendant ou du Johannisberg. Bien évidemment, on a refusé leur vendange.» 

Josef-Marie Chanton comprend alors qu’il doit planter ses propres vignes. On est en 1977. Trois ans plus tard, il commercialise le premier vin de Lafnetscha. Selon Josef-Marie Chanton, le Lafnetscha demande beaucoup de travail à la vigne, surtout à l’effeuillage. «Il produit un feuillage abondant, il pousse très vite. Il faut être très attentif, bien le suivre.»

Nous n’activons pas la fermentation en chauffant la cave, nous laissons le temps au vin de développer sa personnalité.
Mario Chanton, Chanton Kellerei, Viège

Chez les Chanton, le Lafnetscha – comme tous les autres cépages rares – fait la deuxième fermentation, ou fermentation malolactique, ce qui permet de dompter la forte acidité de ces vieux cépages et d’apporter de la souplesse au cru. «Nous n’activons pas la fermentation en chauffant la cave, nous laissons le temps au vin de développer sa personnalité. Et nous procédons à une légère filtration au moment de la mise en bouteille seulement.» 

Dans le livre Cépages suisses, histoires et origines, José Vouillamoz donne une explication sur l’étymologie du nom de ce cépage. «Son nom viendrait de la forme dialectale de Laff es nicht schon, qu’on peut traduire par Ne le boit pas trop tôt, sans doute en référence à son aptitude au vieillissement dû à son importante acidité naturelle.» 

Si Chosy Chanton fut le sauveur du Lafnetscha, plusieurs caves haut-valaisannes en produisent aujourd’hui.

Quid du Lafnetscha

Vieux cépage du Haut-Valais donnant des vins complexes et aptes au vieillissement. Cultivé exclusivement en Valais.
Surface: 16 287 m2, tous situés dans le HautValais.
Synonymes: Laffnetscha, Lafnätscha, Lavenetsch.
Notes organoleptiques: notes de nectarine, de fleur de sureau, de camomille, de pomme Golden. Le tout, généralement enrobé dans une structure dense, avec une belle acidité et une finale persistante.

par France Massy