Comment on marque la mort de nos animaux de compagnie à travers l'histoire

20 déc. 2021, 15:46
/ Màj. le 21 déc. 2021 à 11:00
Gaëlle Mandon, médecin vétérinaire.

Aujourd’hui, entre 10 et 15% des animaux de compagnie passeraient par un crématorium. Depuis 1993, date de la première incinération d’un chien en Suisse, la pratique se démocratise.

L’évolution de la gestion des corps de nos animaux est spectaculaire et reflète leur place dans nos sociétés à travers les siècles.

Des Romains très attachés

Entre le Ier siècle et le Ve siècle, les Romains réservent une place très forte aux animaux de compagnie. Les chiens favoris sont inhumés avec des stèles mentionnant l’attachement du propriétaire envers son animal. Ce fonctionnement est ainsi assez comparable à celui que l’on connaît actuellement.

Mais ces pratiques vont disparaître avec l’arrivée du christianisme (distinction marquée avec l’homme qui possède une âme, contrairement aux animaux, il est donc exclu de les traiter de la même façon) et les invasions germaniques (là-bas les chiens étaient consommés pour se nourrir).

Ainsi entre le VIe siècle et le XIXe siècle, le chien et le chat changent de statut: ils doivent être utiles et les propriétaires n’hésitent pas à s’en débarrasser eux-mêmes s’ils ne peuvent plus remplir leur fonction, les soins vétérinaires étant réservés aux animaux de rente. Leurs cadavres sont jetés sans plus de formalité.

On peut malgré tout mentionner quelques exceptions dans l’aristocratie qui dès le XVIIe siècle inhume ses animaux favoris dans des parcs privés.

L'horreur de la guerre

La sensibilité des populations va évoluer avec les chiens et chevaux de guerre: la guerre de 1914-1918, pendant laquelle les animaux vont être les compagnons de souffrance des soldats, va créer un attachement particulier envers eux. Des sépultures individuelles apparaissent en Autriche, en Allemagne, en Angleterre et en France (pays dans lequel ces pratiques sont cachées car elles sont jugées peu sérieuses).

C’est aussi le moment où l’équarrissage va se généraliser pour gérer le nombre considérable d’animaux morts.

Entre la fin du XIXe et le XXe siècle, l’animal, autrefois ami de la famille, prend la place de l’enfant de la famille. Les propriétaires souhaitent lui donner le même traitement que celui qu’ils envisagent pour eux. Peu à peu, on observe une intégration de la religion avec des croix sur leurs sépultures et, depuis une vingtaine d’années, un essor des bénédictions. L’incinération individuelle répond également de plus en plus à ces attentes.