Chers compatriotes. La chronique de Frédéric Recrosio

28 juil. 2018, 05:30
Frédéric Recrosio, humoriste.

Mercredi, il s’agira d’éprouver de la fierté nationale.

Oui bon d’accord merci mais comment procéder?

D’abord, ce qui aide, c’est d’être très content de son passé. Et y a de quoi faire honneur, par exemple en convoquant le souvenir des moments cools, comme Morgarten, où ces couillons d’Autrichiens sont entrés dans le petit passage sans voir qu’on était accroupis en haut de la dérup, même qu’on avait des grosses pierres toutes prêtes à leur jeter sur les viennoiseries. Faut se rappeler, quoi. Mais alors gaffe à ne pas se rappeler de tout ! Merci de ne pas trop se souvenir des moments où on a été nuls. Lesquels? On sait pas. On a oublié. Chut.

Ensuite, il est indiqué de s’admirer un peu l’intérieur, tu sais, le cœur de la nation - là où on a le réduit national  et les coffres. Y a toute notre culture là-dedans, sous les lingots qui viennent d’un peu partout, tellement on est cosmopolites (je vous le dis parce que ça vous intéresse).

Bien sûr, il ne faut pas oublier de bomber le torse parce qu’on a des machins rien qu’à nous : la Williamine en mousse, le flingue sous le lit, le demi-tarif, Federer, les vaches de combat, la paix, des employés de caisses maladies qui font des extras au parlement (à moins que ce soit l’inverse), le magic pass, des allumés qui gardent le pape avec une hallebarde - et Nicolas Bideau, bien sûr, fierté absolue.

Mais plus que tout, on vit une apartheid heureuse! Le tour de force! Déjà que c’est compliqué de vivre dans un monde rempli d’étrangers, voilà qu’en plus faut se coltiner des Suisses qui parlent pas la même langue!

Mais on y parvient! Et tout tient ensemble! Pas étonnant qu’on soit pris de l’envie de chanter : « sur nos monts quand le soleil, coucou, coucou, lapriménontchépiu, aus bei mit seit nach for zu! »

Rien à dire, on est des kings. Mais… si c’est oké d’être fiers d’être nés pile au bon endroit, je me demande quand même un truc : les gens nés là où ça craint, ils devraient avoir honte ? Ben non. En fait, tout le monde est fier de venir d’où il vient! Jamais t’entendras quelqu’un dire « je suis Suèdois, pardon d’être blond! », ou « je suis Chinois, pardon d’être nombreux! » ou encore « je suis français, pardon d’être bruyant!»

Jamais! Et en fait, ce qui annule la fierté nationale, c’est que tout le monde (d’où qu’il vienne), est au moins aussi fier que son voisin (d’où qu’il vienne).