Port-Valais: contre l’avis de l’exécutif, les citoyens refusent le réaménagement de la décharge

Les citoyens de Port-Valais ont rejeté dimanche une modification du plan de zones de la commune par 612 voix contre 489. Par conséquent, le périmètre de la décharge acquise par Satom SA reste inchangé et le tracé du projet de tunnel de contournement du Bouveret est compromis.

13 févr. 2022, 14:08
Le périmètre de la décharge acquise par Satom reste inchangé.

Les débats d’avant votation ont été virulents dans la commune chablaisienne. Les opposants ne voulaient pas d’une modification du plan de zones, redoutant l’agrandissement de la décharge située entre les villages du Bouveret et des Evouettes et les nuisances qui en découleraient, comme le va-et-vient des camions.

Avec le «non» glissé dans l’urne dimanche, la surface de la décharge restera donc de 17’000 mètres carrés et sa capacité de 260’000 mètres cubes. «Dans ces conditions, il n’est pas garanti que Satom SA souhaite reprendre le dépôt de mâchefers (ndlr: résidus de combustion des ordures ménagères) ni qu’elle assainisse le site puisque à l’heure actuelle, rien ne l’y oblige», prévenait la commune de Port-Valais dans une brochure d’information diffusée avant le vote.

Problèmes d’étanchéité

Satom a acquis le site en 2011, mais n’a jamais pu l’utiliser en raison de problèmes d’étanchéité qui datent de 2000-2002. A cette époque, le site est la propriété d’une entreprise de construction qui, après l’avoir utilisée comme gravière, l’emploie comme décharge, notamment de mâchefers.

Ce n’est qu’en 2007 que le canton, haute autorité de surveillance, a été informé des problèmes d’étanchéité. «Il suspend alors provisoirement l’autorisation d’exploiter en demandant une expertise externe et des mesures de surveillance», indique à Keystone-ATS Thierry Pralong. Selon le chef de la section eaux de surface et déchets au Service valaisan de l’environnement (SEN): «Difficile, vingt ans plus tard et sans recherches historiques, de savoir pourquoi des mesures n’ont pas été prises dès la découverte des problèmes d’étanchéité».

Difficile, vingt ans plus tard et sans recherches historiques, de savoir pourquoi des mesures n’ont pas été prises dès la découverte des problèmes d’étanchéité.
Thierry Pralong, chef de la section eaux de surface et déchets au Service valaisan de l’environnement


Manque de décharges

Le canton ne lèvera la suspension d’autorisation d’exploiter qu’une fois l’étanchéité aux normes. Les travaux doivent empêcher les polluants lâchés par les mâchefers – des métaux lourds, comme l’antimoine – de s’écouler dans les eaux de surface ou la nappe phréatique.

Les décharges pour les mâchefers, ces scories qui représentent 15% environ du tonnage incinéré et dont la loi suisse exige le stockage, manquent en Valais. Le canton n’en compte pour l’heure qu’une, à Gamsenried, où sont stockés les mâchefers de l’usine d’incinération des ordures de Gamsen. «Mais sa capacité est limitée», souligne Thierry Pralong.

Le «non» des citoyens de Port-Valais a aussi un impact sur le projet de tunnel de contournement du Bouveret: la modification du plan de zone aurait acté un échange de parcelles entre le canton et Satom permettant de sortir du périmètre de la décharge l’entrée sud du futur tunnel.