Les Hérens combattent aussi en Chartreuse

Dimanche, à plus de 200 km du Valais, dans le massif de la Chartreuse, des éleveurs français ont fait lutter leurs bêtes. "Une bataille de reines"!

06 août 2012, 19:25
Les combats des Hérens ont été rudes en Chartreuse. La région est fière de cette vache emblématique qui attire les touristes.

Dimanche, à plus de 200 km du Valais, des éleveurs français ont fait lutter leurs bêtes. Comme ils le font tous les premiers dimanches d’août depuis des années.

Des vaches de la race d’Hérens qui luttent au fond d’une piste de ski. Dans la vallée des Entremonts. Rien d’extraordinaire à cela.

Sauf qu’il s’agit d’une «bataille de reines». Qu’ici, Hérens se prononce avec le «s» final. Et que la manifestation se déroule à plus de 200 km du Valais, dans le massif de la Chartreuse, un parc naturel régional à cheval sur les départements français de Savoie et d’Isère, connue pour ses moines chartreux et leur liqueur aux herbes, verte ou jaune.

Une tradition naissante

La bataille qui s’est déroulée dimanche au Planolet, une petite station de la commune de Saint-Pierre-d’Entremont, n’est pas une première. Loin de là. C’est déjà, presque, une tradition. «Nous organisons une bataille de reines depuis 1999, tous les premiers dimanche d’août.

La première année, c’était tout petit. Cette année, nous avons 67 bêtes inscrites», indique Christophe Cloître,  président de l’association des Hérens de Chartreuse, qui organise la bataille. «Les premières Hérens sont venus en Charteuse en 1994, en provenance de Haute-Savoie. Quant à moi, je me suis lancé en 1998 en achetant des bêtes en Italie. En 2001 et les deux années suivantes, j’en ai achetées en Suisse. Ma reine, «Madone», qui a été reine de Chartreuse en 2011, vient de chez Yvan Frossard» (ndlr. éleveur à Trient).

Cette année, «Madone» a perdu en quart de finale. La Chartreuse a opté pour la méthode de combat valadotaine, avec le système d’élimination directe.

Aujourd’hui, 25 éleveurs de Chartreuse possèdent un total d’environ 160 Hérens. La race a déjà fait des émules plus loin, dans la région voisine du Vercors, qui organisait, dimanche aussi, un petit combat de reines dans le cadre d’une manifestation agricole, un comice.

Une bataille décontractée

La journée de la bataille se déroule de manière très simple. Le speaker appelle des éleveurs qui ne viennent pas, déjà en pause. L’ambiance est bon enfant. Christophe Cloître connaît les combats valaisans. Il n’a pas envie de les copier. «Chez vous, un match c’est un peu l’usine. Chez nous, c’est d’abord une journée convivale entre éleveurs. Si on a une reine, tant mieux, si on n’en a pas, ce n’est pas grave, ce n’est pas autant important que chez vous.»

Aspect pédagogique

Par contre, la bataille comporte un enjeu pédagogique. Il s’agit de bien faire comprendre cette tradition. «Ici, on ne pourrait pas dire combat, on aurait des problèmes.» Pour les Français, combat de vaches est une notion liée à la corrida et à la mise à mort. Le speaker rappelle plusieurs fois dans la journée que les bêtes luttent naturellement, sans contrainte.

Une façon de montrer l’aspect naturel des luttes: présenter des... veaux. Certains, âgés de quelques mois seulement, se mettent à combattre. Les enfants adorent. En quelques minutes, le public comprend l’instinct. Les touristes qui, dans leur coin, critiquaient «la cruauté» de l’événement se mettent à applaudir. La race d’Hérens a conquis de nouveaux cœurs.