Caisse unique: les initiants se lancent dans la bataille

La campagne pour la caisse unique a été lancée mardi. Selon ses partisans, elle permettrait d'économiser jusqu'à un milliard de francs par année.

19 août 2014, 16:34
Les citoyens suisses se prononceront sur la caisse unique le 28 septembre prochain.

Une caisse maladie unique et publique pourrait permettre d'économiser jusqu'à un milliard de francs, voire jusqu'à 3 milliards à long terme, selon ses partisans. Les organisations soutenant l'initiative en votation le 28 septembre ont lancé mardi la campagne.

Les primes augmenteront l'année prochaine encore une fois de manière importante, à raison même de plus de 10% pour certains assurés, a rappelé la conseillère nationale Marina Carrobbio (PS/TI). Avec une caisse unique, il en irait tout autrement, selon la gauche et ses alliés des milieux médicaux et de la protection des consommateurs.

Nombreuses économies

Stéphane Rossini (PS/VS) évoque des économies minimales de 350 millions de francs par an, pour les frais strictement liés au fonctionnement des 61 caisses actuelles. Le potentiel d'économie pourrait atteindre un milliard, selon le conseiller national.

Car beaucoup de coûts doivent aussi être pris en compte. Les réserves sont trop élevées (6 milliards au lieu des 2 milliards nécessaires). Les changements de caisses coûtent entre 300 et 500 millions chaque année. Et des dizaines de millions découlent des frais liés à la compensation des risques, à la surveillance des assureurs et aux complications administratives.

A long terme, ce n'est pas moins de 2,5 à 3 milliards qui pourraient être économisés chaque année, prédit le Valaisain. Car avec une caisse unique, il sera possible de se concentrer sur la prévention et une meilleure coordination des soins. Avec en ligne de mire les 5% des patients qui occasionnent 50% des coûts.

Meilleurs soins

Economiser n'équivaudra pas à couper dans les prestations ni à en proposer de moindre qualité, a assuré Erika Ziltener, présidente de la Fédération des patients.

Les erreurs de traitements ou les infections à l'hôpital coûtent beaucoup plus cher qu'une prise en charge de qualité, a-t-elle fait valoir. Mme Ziltener a par ailleurs cité l'exemple de la caisse nationale d'assurance accidents suva qui investit beaucoup dans la prévention.

Un changement de culture devrait s'opérer avec la caisse unique, a ajouté M. Rossini. Elle mettra tous les acteurs la santé autour d'une table au lieu de les voir se confronter. Le but commun sera de soigner au mieux tout en étant plus efficace.

Patients insatisfaits

Le système actuel, avec sa pseudo-concurrence qui nuit d'abord aux personnes âgées et aux malades chroniques, ne le permet pas, a ajouté le député évangélique bernois Ruedi Löffel. Tenus de garantir une couverture de base et à défaut de pouvoir réaliser des économies, les assureurs ne peuvent se démarquer qu'indirectement.

Ils trient leurs patients pour recevoir ceux qui leur coûtent le moins, cherchent des clients pour les assurances complémentaires et nivellent leurs offres, a critiqué Yvonne Gilli (Verts/SG). La conseillère nationale a ainsi dénoncé les assurances obligeant les patients à préfinancer l'achat de médicaments en pharmacie ou à se tourner vers une liste de médecins qui cassent les prix.

Les plaintes des assurés foisonnent. Les remboursements n'interviennent qu'après des mois et après avoir insisté. Des thérapies ambulatoires ne sont prises en charge que si le traitement relève du stationnaire, car les traitements hospitaliers sont cofinancés par la manne publique.

Les demandes de changement de caisses faites par des malades sont traitées si lentement que les intéressés n'ont d'autre choix que de rester chez leurs assureurs, a poursuivi Mme Gilli. Selon Mme Carrobio, elle aussi médecin, les prestataires de soins, qui ne seraient plus confrontés qu'à une seule institution, y gagneraient aussi au change.

Primes cantonales

La Tessinoise a tenu par ailleurs a dénoncé la campagne menée par la droite, selon laquelle les primes désormais cantonales ne permettront plus ni rabais pour enfants ni modèles alternatifs d'assurance. Les initiants ont dit depuis le début que ce n'était pas leur intention, a-t-elle souligné.

Mais on ne devrait plus payer une prime allant du simple au double dans la même région pour le même produit. Reste à savoir quel modèle d'organisation devrait suivre la caisse unique. Le plus important est l'ancrage cantonal, territoire où se joue la politique de la santé, d'après M. Rossini qui a évoqué les assurances sociales (AVS,AI, chomâge).