Football: la relève valaisanne s’affirme dans les sélections nationales féminines des M19 aux M16

De Malaurie Granges, la plus expérimentée, à Iman Beney, la cadette, les jeunes internationales du canton poursuivent leur rêve de football professionnel. Le rêve les contraint à un exil sportif en raison de l’absence d’une formation compétitive en Valais.

10 nov. 2020, 09:00
Malaurie Granges se déplace plusieurs fois par semaine à Berne pour les entraînements et pour les matchs de l'équipe féminine des moins de 19 ans des Young Boys.

Malaurie Granges et Clarisse Ecoeur font le bonheur des Young Boys. La relation inverse se vérifie également. Le club bernois, en union avec le FC Wyler pour sa section féminine, offre aux deux Valaisannes la possibilité de maintenir en vie leur rêve d’évoluer au plus haut niveau du football suisse féminin.

L’aînée joue avec l’équipe des moins de 19 ans, la cadette enfile le maillot des moins de 17 ans. L’exil sportif leur permet de défendre leur appartenance aux cadres nationaux de leur classe d’âge. Toutes les deux ont effectué un test dans un premier temps afin de convaincre le club de la capitale fédérale.

Une saison décisive pour Malaurie Granges

Malaurie Granges évolue avec l’équipe M19 des Young Boys.

«L’argent ou la médiatisation dont peuvent bénéficier les garçons de mon âge ne me font pas envie. Ce qui me manque le plus par rapport à eux est l’absence de structures nécessaires pour terminer ma formation de joueuse en Valais. Si elles existaient, je n’aurais pas quitté le canton», explique Malaurie Granges.

La Bovernionne dispute sa deuxième saison sous les couleurs bernoises. Clarisse Ecoeur l’a rejointe dans le cercle restreint des pendulaires du ballon rond depuis le coup d’envoi du championnat actuel. «Le Valais ne possède pas encore une organisation adaptée pour le football d’élite chez les filles. Quitter le canton était l’unique voie afin de poursuivre ma progression», motive l’ancienne pensionnaire de l’école de football du FC Riddes.

La crise sanitaire a provoqué l’arrêt de leurs compétitions respectives. Malaurie Granges effectue sa dernière année de formation professionnelle, avec l’objectif de décrocher son certificat fédéral de capacité de menuisière. «Les mois à venir seront aussi décisifs pour le foot. Ils détermineront mon intégration ou non en première équipe à YB.»

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Privées de compétition

Son dix-neuvième anniversaire, le 13 juillet, lui interdira de poursuivre l’aventure au sein du mouvement jeunesse. «Une double licence en jouant avec Yverdon ou avec Thoune pourrait être une solution. Peut-être aurai-je l’obligation de chercher une nouvelle équipe. Ne pas jouer actuellement ne me préoccupe pas trop, pour l’instant du moins. Les entraîneurs et les dirigeants connaissent mes qualités. Mais les matchs seraient une occasion de plus d’influencer leur choix.»

La Valaisanne et les YB M19 occupent la tête du classement provisoire dans leur catégorie. Elles ont fait carton plein avec quatre victoires en autant de journées. Des douleurs au genou gauche, déjà ressenties en début d’exercice, ont nécessité un examen par résonance magnétique afin d’éliminer toute atteinte grave à l’articulation.

Clarisse Ecoeur poursuit sa scolarité à l’Ecole de culture générale de Sion. Elle s’habitue aux balades ferroviaires durant lesquelles le sac d’école est un fidèle compagnon. «C’était difficile au début, mais je n’avais pas le choix que de m’adapter. Porter le masque dans le train ne me dérange pas. Il est de toute manière imposé en classe.»

La petite fille de Ciccio Lopez en équipe nationale

Clarisse Ecoeur dispute sa première saison sous les couleurs des moins de 17 ans des Young Boys.

Elle suit la voie de Ciccio Lopez. Son grand-père a disputé plus de 500 matchs de Ligue Nationale A, il a soulevé quatre fois la Coupe de Suisse et remporté un titre de champion avec le FC Sion. Comme lui, elle évolue désormais au milieu du terrain. «Il se montre assez critique sur l’analyse de mes performances. Ce que j’apprécie. Les éléments positifs, on les connaît. Il est important de relever ce qui va moins bien.»

La Valaisanne a étrenné récemment le maillot de l’équipe de Suisse des moins de 17 ans contre l’Autriche. «Une grande émotion et une grande fierté. Je n’ai pas fait beaucoup de bruit autour de cet événement. Je préfère la discrétion et le partage avec les proches.» Toute ressemblance avec son grand-père dans cette approche n’est pas fortuite.

 

Malaurie Granges

18 ans
Attaquante
FC Wyler/BSC Young Boys M19
Equipe nationale M19

Clarisse Ecoeur

16 ans
Milieu de terrain
FC Wyler/BSC Young Boys M17
Equipe nationale M17


Malaurie Granges, Clarisse Ecoeur et Juliane Défayes répondent à notre tac au tac en vidéo: 

 

Juliane Défayes: «Je me suis faite aux remarques des garçons sur le terrain.»



«Jouer avec des garçons n’est pas difficile, jouer contre l’est un peu plus. Ils sont plus engagés et moins fair-play. Ils sont aussi agressifs et moqueurs par la parole. J’ai déjà entendu des adversaires qui disaient «Que fait-elle ici?» ou «Tu ne vas quand même pas te laisser avoir par une fille?» Les remarques n’étaient pas faciles à gérer au début. Je m’y suis faite. J’évoluerai avec le Team Valais des M15 jusqu’en juin. La suite demeure à définir. Pour continuer ma progression dans le foot, je devrai quitter le Valais. Le Servette Chênois, les Young Boys ou Yverdon sont des options, voire un club en Suisse alémanique. J’ai commencé un apprentissage d’employée de commerce qui influencera aussi ma décision. Ce point d’interrogation n’est pas toujours facile à gérer. Ce choix peut tout faire basculer par rapport à ma carrière.»

Juliane Défayes

15 ans
Attaquante
Team Valais M15 masculin
Equipe nationale M15

Naomi Luyet: «Quitter la maison n’a pas été facile»


 

«J’ai commencé le foot pour faire comme mon grand frère. Aujourd’hui, il a arrêté et je suis toujours là. J’ai joué avec une équipe entièrement féminine en juniors D, mais évoluer avec et contre des garçons est mieux pour progresser. Les matchs et les entraînements ont plus de rythme et plus d’intensité. Quitter la maison n’a pas été facile. La séparation a rendu ma première saison au Centre national de performance de Bienne assez compliquée. J’y vis dans une famille d’accueil. Le foot pro est mon objectif. L’atteindre impliquera certainement de poursuivre ma formation loin du Valais. La section féminine des Young Boys s’impose comme une filière naturelle après Bienne. Leur équipe des M17 évolue contre des garçons. C’est plus motivant que le championnat de première ligue. Je suis aussi engagée dans une formation de maturité en sports études. Actuellement, nous avons la chance de pouvoir nous rendre dans le canton de Soleure où nous pouvons poursuivre les entraînements en se conformant aux restrictions en vigueur.»

Naomi Luyet

15 ans
Défenseure 
En formation au centre natoinal du football féminin de Bienne
Team Valais M15 masculin
Equipe nationale M16

Iman Beney: «Le football a toujours été ma priorité»



«Je vis ma troisième année au Centre national de performance de Bienne, au sein d’une famille d’accueil. Quitter mes proches n’a pas été trop difficile. Le football a toujours été ma priorité. Je n’ai jamais rencontré de problèmes en jouant avec ou contre des garçons. Papa (ndlr: Nicolas, ancien international M21 et gardien du FC Sion) était étonné que je puisse jouer à ce niveau dans le foot masculin. En M15, la difficulté du match dépend des équipes. Cela devient un peu plus dur. Les joueurs sont plus costauds, plus athlétiques. Je rentre en Valais tous les vendredis soir, je m’entraîne avec mon équipe avant de participer au match du week-end. Je peux jouer encore une saison avec les M15. Mais l’intégration dans une structure comme celle des Young Boys serait certainement plus favorable à ma progression. Actuellement, je poursuis ma convalescence après une blessure lors de la deuxième journée de championnat.»

Iman Beney

14 ans
Milieu de terrain – attaquante
En formation au centre natoinal du football féminin de Bienne
FC Sion M15 masculin
Equipe nationale M15


Cet article fait partie de la série 50 ans de foot féminin: des pionnières à aujourd’hui. Retrouvez les autres épisodes de cette série ici