Morrissey est en concert "à domicile" à Lausanne ce dimanche

Le chanteur britannique et végétarien militant Morrissey est de retour en Suisse neuf ans après son passage à Montreux et c'est au Métropole de Lausanne que ça se passe ce dimanche 4 octobre. Interview avec le fondateur des Smiths déjà auteur de 14 albums en solo et en groupe.

01 oct. 2015, 10:47
/ Màj. le 02 oct. 2015 à 06:30
Morrissey au Miles Davis Hall lors du 40e Montreux Jazz Festival en 2006.

Vous avez décidé, un an après avoir annulé votre date des Docks, de programmer un concert mais cette fois au Métropole. Lausanne compte-t-elle à ce point pour vous?

Je passe beaucoup de mon temps à Lausanne depuis presque quinze ans. C’est vraiment mon domicile principal, pas un lieu de residence secondaire. Ça ne m’est jamais arrivé de jouer à Lausanne car comme la Fnac n’a que deux de mes CDs à vendre je n’ai pas senti que j'étais très populaire par ici. Le dernier concert a été annulé en raison d’un état grippal général dans le groupe... sauf pour moi. Ce qui est bizarre car c’est plutôt le contraire d’ordinaire.


Vous avez déclaré que vous seriez prêt à ne plus jouer au Royaume-Uni, le peu de considération du milieu des maisons de disques pour votre musique semble vous avoir dégoûté. Signer pour un label à l'étranger serait-il envisageable?

Ce serait un rêve de trouver un label en Amérique du Sud par exemple. Ma confiance en moi s'amenuise à mesure que je reste au Royaume-Uni, et ce malgré le nombre important de fans fidèles là-bas. Mais la tendance actuelle chez moi est au marketing. Le succès est acheté. Vous n'entendrez jamais une pop music britannique reflétant l'esprit de notre époque. On nous laisse avec des gens même pas assez bons pour être considérés comme médiocres, Ed Sheeran... Sam Smith... La pop est sous contrôle du business de l'événementiel superficiel comme ce que nous sert les Brit Awards (ndlr: l'équivalent des Swiss Music Awards ou les Victoires de la musique). Les grands labels veulent une réplique du numéro 1 des charts. Quel intérêt de faire de la musique si c'est pour refaire quelque-chose qui marche? Je n'ai pas de connaissance du marché de la musique en France, Allemagne ou au Brésil et comme je ne suis pas partie prenante du cirque médiatique en Angleterre, on ne m'approche pas...

Vous avez intégré musicalement des éléments de musique très différents, des trompettes mexicaines ou guitares flamenca... votre ouverture est plus grande que jamais. Qu'est-ce qui s'est passé?

J'ai eu la surprise ces dernières années de constater que j'étais très populaire dans plusieurs pays. Je n'en avais aucune idée. Ça m'a aidé à élargir mon champ d'action. Quand j'ai commencé, j'étais confiné dans un espace très fermé... Physiquement aussi. Si je m'ouvre, c'est que plusieurs parties de moi appartiennent à pas mal d'endroits. Manchester n'est plus le seul endroit qui me définit. Mon esprit est une carte de Los Angeles. Les rues de la ville me correspondent... On est construit par tout ce qui nous entoure. Soit on accepte cet environnement, soit on grandit en opposition à tous ces lieux qui nous ont faits. Et soudainement, le monde devient un seul et même pays. Si la musique britannique n'explique plus rien sur l'Angleterre de 2015, au Mexique en revanche, il y a une très grande curiosité artistique dans les origines historiques des difficultés sociales du pays, du coup le combat contre l'injustice se fait beaucoup mieux entendre.

Votre premier roman vient de sortir chez Penguin (ndlr: il suscite des réactions négatives dans la presse anglaise). Cette sortie fait suite à une autobiographie qui a été très bien reçue par la critique dans le monde entier. Comment ce processus d'écriture autour de votre vie partant de souvenirs très précis vous mène jusqu'à l'invention d'une histoire pour List of the Lost, votre premier roman?

Cela ne varie pas car vous créez quelque-chose que les autres - qui n'ont pas fait ce que vous avez fait - vont juger. Donc il vaut mieux ne prendre personne d'autre en compte que soi-même dans le processus d'écriture. Si votre bonheur dépend des critiques, autant se suicider tout de suite. Mais je n'ai aucune idée de ce que les gens ont vraiment pensé de mon autobiographie, je sais seulement que deux ans après sa sortie, elle se vend toujours plutôt pas mal.

Vous avez décrit les romanciers comme des gens pompeux... cherchant l'intimité, l'indiscrétion? Vous vous reconnaissez dans ces termes?

Je pense que les écrivains absorbent ce qu'ils voient, ce qu'ils fréquentent. Ils n'arrêtent jamais de rassembler des éléments pris ici ou là, ce qui est très bien à partir du moment que le livre vaille la peine ensuite.

Il semblerait que vous soyez en perpétuelle recherche de vérité et cela caractérise votre travail d'écriture sur disque comme dans vos livres. Pourquoi cela prend-il tant de place dans votre oeuvre?

Parce que je suis un écrivain social, un témoin et que je déteste l'injustice. Malheureusement, tous les échanges humains sont basés sur l'injustice... du mariage au meurtre. 

Pensez-vous que l'engagement d'artistes auprès de causes comme celle des droits des animaux - pour laquelle vous vous investissez sans compter - est une chose du passé ou au contraire en train de se réveiller grâce à vous et d'autres?

Vous surestimez peut-être un peu trop les gens qui font de la musique. En 2015, ils ne sont pas très intelligents. Voilà peut-être pourquoi ils se frayent un chemin vers le succès... car seuls les idiots ont l'air d'y arriver aujourd'hui... Je ne parlerais pas de droits des animaux mais de justice sociale. Peut-être que vous ne vous souciez pas de droits des animaux à proprement parler, mais si vous prétendez être doté d'une morale, ça devrait aller de soi que vous allez aider un être humain qui tombe devant vous. Cela devrait être la même chose quand un animal se noie. On devrait appliquer ce même principe aux animaux envoyés aux abattoirs et abolir ces endroits. Tant qu'on en aura, le monde sera sauvage.

(Remerciements à Solstice Denervaud et à Amy Araya pour la traduction)