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«Mad Heidi», une fondue rouge sang pour les fondus de films gore

Après le carton de leur livre «Haute Fondue», les Valaisans Arnaud et Jennifer Favre ont conçu la «Bloody Fondue» en partenariat avec la production du film phénomène en cours de réalisation et de financement.

25 janv. 2021, 12:00
Arnaud et Jennifer Favre, concepteurs de la "Heidi's Bloody Fondue", juste avant la dégustation.

Il n’y avait à ce moment-là qu’un seul trailer en ligne. Heidi, belle jeune Helvète, est arrivée à la vingtaine. Devant le Cervin, elle retrouve son Peter, sémillant jeune homme black en tenue d’armailli. Et là, ce dernier se fait abattre par des soldats suisses ayant visiblement succombé à l’idéologie fasciste. Vengeance contre l’engeance nazie, tripaille, hectolitres d’hémoglobine, «fondue-boarding» – l’équivalent terroir du «water boarding» de Guantanamo –... Dans l’idée, on est très voisin des hommages aux films d’exploitation de Tarantino et de Rodriguez, avec une petite touche fromagère en plus. Et il n’en a pas fallu plus pour titiller l’humour et l’imagination d’Arnaud Favre.

«Au culot...»

«Quand j’ai vu cette scène où un type se fait torturer et couler de la fondue sur la tête, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec notre association des Compagnons du caquelon. J’ai directement contacté le producteur finlandais Tero Kaukomaa et il a répondu dans la minute...», explique-t-il. «Arnaud et son culot légendaire...», sourit son épouse Jennifer.

Kaukomaa n’est de loin pas un inconnu. On lui doit, avec d’autres petits malins, le film phénomène «Iron Sky», qui avait passablement défrayé la chronique de par son mode de production basé sur le crowdfunding. Côté crédibilité dans le 7e art, il avait également participé à la production de «Dancer in the dark» de Lars Von Trier. Pour ce nouveau film, il est s’est allié au producteur Valentin Greutert («Paradise War – The Story of Bruno Manser») et au jeune réalisateur Johannes Hartmann. 

 

 

Même recette pour «Mad Heidi». Un pemier teaser a été lancé il y a deux ans, et le premier film de «swissploitation» – référence au courant «blaxploitation» des années 70 qui visait à revaloriser au cinéma l’identité des Afro-Américains – compte se financer grâce à la vente de 2500 actions de 500 francs chacune. Un crowdfunding qui transforme les soutiens au projet en petits actionnaires.

Chercher le rouge

Et comme les petites rivières font les grands fleuves, la production a mis en ligne un merchandising efficace: t-shirts, posters, absinthe labellisée «Heidi» et, depuis peu, la «Heidi’s Bloody Fondue», avec un packaging assuré par les graphistes du film, mais une production totalement valaisanne. «Quand on a eu le feu vert, on s’y est mis», explique Jennifer Favre. «Tous les dimanches, c’est atelier cuisine. J’achète le nécessaire et je fais les sauces à la maison. On produit le mets sous vide pour le moment, entre cinq et dix packs par semaine.» Le mélange à fondue, lui, vient de la société Vieux Fromages à Collombey-Muraz. «On a beaucoup testé de fondues et on a choisi notre coup de coeur, c’était celui-là, sans vacherin, avec 47% de gruyère et 53% de fromage d’alpage.»

C’est le goût qui prime. La fondue n’est pas rouge sang, loin s’en faut, mais ça n’est pas trop grave.

 

Mais pour coller au film et à ses effusions de sang, il fallait encore donner à la fondue une couleur de circonstance. «On avait engagé un laborantin en chimie et on a fait plein de tests de colorants alimentaires. A cause du gras du fromage, tout tournait au rose, au violet... On a même essayé d’avoir une fondue noire, sans succès», raconte Arnaud Favre. Du coup, le couple a opté pour une sauce tomate aussi lisse que possible. «Là, c’est le goût qui prime. La fondue n’est pas rouge sang, loin s’en faut, mais ça n’est pas trop grave», sourit Jennifer. Effectivement, expérience faite, la «Heidi’s Bloody Fondue» est franchement délicieuse.

 

 

Secouer le patrimoine

Jouer non seulement avec un symbole national, mais aussi avec le plat patriotique, Arnaud et Jennifer risquent de s’attirer les foudres conservatrices. Une nouvelle fois. Leur livre «Haute Fondue», où ils déclinent le mets avec du gingembre, du citron, du curry, de l’ananas, est devenu un best seller, avec plus de 10 000 exemplaires vendus en Suisse, en France, en Belgique, et jusqu’aux Etats-Unis. «On a eu des réactions assez violentes, on nous a accusés de ruiner le patrimoine suisse... Mais globalement, la réponse a été positive.»

«Mad Heidi» aussi a eu son lot de polémiques. Lorsque la bande-annonce du film a été mise en ligne, le coscénariste, qui travaillait pour la police, a été viré de son poste. Depuis, le Tribunal fédéral a été saisi et a jugé en octobre dernier ce licenciement comme «abusif». Le projet en tout cas va son bonhomme de chemin. La production a déjà pu réunir plus de 200 000 francs, un cinquième de la somme totale, et si tout se passe bien, il devrait sortir sur le site officiel du film en 2022.

Infos pratiques

Informations et possibilités de soutien au projet sur le site: www.madheidi.com