Les inondations font partie du patrimoine des riverains du Rhône

Un colloque a permis d’appréhender la colonne vertébrale du canton sous un jour nouveau et des angles pour le moins originaux.

02 déc. 2017, 18:52
Le colloque de Sion a permis d'appréhender les Rhône sous un angle original.

Et si les crues du Rhône faisaient partie intégrante du patrimoine valaisan, cellule marquante de son ADN? Apparemment incongrue à l’heure où notre canton lance avec Rhône 3 «son chantier du siècle», la question a suscité le débat à l’occasion du 12ème colloque sur le Rhône. «Avec cette journée d’échanges désormais organisée tous les deux ans, nous essayons d’amener d’autres regards sur les rapports entre l’humain et le cours d’eau. Et là, nous avons été plutôt bien servis avec une thématique inédite et troublante», souligne le président de l'association Mémoires du Rhône Emmanuel Reynard.


Mémoire à entretenir

Jamie Linton de l’Université de Limoges et Alexis Metzger de l’ENS de Paris ont ainsi pour le moins surpris leur auditoire en présentant la crue comme un élément du…patrimoine. Deux éléments n’ayant pourtant a priori aucun rapport. «Le patrimoine s’intéresse à l’héritage d’un bâti, un paysage, une pratique culturelle…L’inondation, elle, correspond à un évènement ponctuel, potentiellement catastrophique…»

Si les deux scientifiques français considèrent l’inondation comme une forme de patrimoine, c’est pour rappeler que la catastrophe naturelle peut se transmettre par des récits, des textes, des images, de générations en générations. «C’est mettre en évidence que même si les débordements sont peu fréquents, et en dépit de certains aménagements de protection, leur mémoire doit être entretenue ».


L’inondation, atout touristique!


Certains riverains de la Garonne ont poussé plus loin cette réflexion. Philippe Valette de l’Université de Toulouse Jean Jaurès, a fait le déplacement de Sion pour expliquer que dans la moyenne vallée de la Garonne, la crue et l’inondation sont considérées comme un patrimoine fort qui fait même l’objet depuis plusieurs années d’une…valorisation touristique. « Avec l’Espace Gens de Garonne, différentes actions servent à promouvoir le patrimoine inondation du fleuve au travers de différentes thématiques, comme une scénovision sur l’inondation dans le village de Couthures-sur-Garonne, le fonctionnement de l’inondation expliquée grâce à une maquette, une échelle des crues ou un chemin des digues ».


Le Valais loin d’une route des crues

Et quel parallèle tirer entre ces perceptions françaises et la partie valaisanne du Rhône? «On n’est pas encore arrivé à imaginer une route des crues comme il y a la route des vins par exemple… » reconnaît Emmanuel Reynard. « Promouvoir les crues revêt forcément un caractère négatif.» Et pourtant notre canton n’en essaye pas moins de tirer des enseignements des inondations passées

«Les connaissances sur le Rhône étaient embryonnaires au moment du lancement de Rhône 3 », constate le président des Mémoires du Rhône en citant notamment le projet « Sources du Rhône » lancé par les Archives de l’Etat du Valais il y a une dizaine d’années. «Les quatre premières années ont été consacrées aux sources juridiques, les quatre suivantes à l’étude du foncier. » Actuellement et pour deux ans encore, notre groupe de travail travaille à décrire le passage d'une image de la plaine positive au 18ème siècle à des descriptions très négatives au 19ème siècle (voir encadré) ».


Emotions autour d’un documentaire

Emmanuel Reynard rappelle que le Rhône est aussi au cœur d’œuvres contemporaines, notamment photographiques (del Curto, Grisoni, Dubuis, Crispini) ou cinématographiques. Avec notamment le documentaire de Mélanie Pitteloud «Dans le lit du Rhône», qui a «suscité bien des émotions  vendredi à Sion lors d’une projection en avant-première » avant de sortir dans les salles valaisannes en janvier 2018.  «Ces thèmes seront également discutés lors d’une table ronde le 8 décembre à Saint-Pierre-de-Clages, dans le cadre des Nuits valaisannes des images», conclut Emmanuel Reynard.