Le pape Paul VI sera béatifié dimanche

Souverain pontife de 1963 à 1978, Paul IV sera fait bienheureux dimanche. De son nom civil Giovanni Battista Montini, le pape italien a vu son règne marqué par la guerre froide et la libéralisation des moeurs.

17 oct. 2014, 13:25
Le Pape Paul VI, souverain pontife de 1963 à 1978, sera officiellement béatifié dimanche.

Le pape Paul VI, pape du Concile Vatican II, pasteur ouvert et anxieux qui a régné 15 ans sur l'Eglise dans la tempête de 1968 et auquel François se réfère souvent, va être solennellement béatifié dimanche. "Un très grand pape", selon le cardinal suisse Georges Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale.

Giovanni Battista Montini a été pontife de 1963 à 1978, période difficile pour l'Eglise catholique qui a vu des multitudes de prêtres et de fidèles l'abandonner. Son pontificat a subi de plein fouet la sécularisation et la libéralisation des moeurs. La polarisation politique, en pleine guerre froide, n'a pas facilité sa tâche.

Ce pape intellectuel et sensible, à la voix hésitante, a achevé en 1965 le Concile qu'avait ouvert Jean XXIII en 1962.

"Ouverture et grande lucidité"

"Si Jean XIII a lancé le Concile (Vatican II, 1962-1965), c'est Paul VI qui l'a fait. Or c'était un Concile très difficile, il a fait en sorte qu'il soit mené à terme, qu'aboutisse par exemple le texte sur la liberté religieuse. On dit qu'il était un pape hésitant, mais il était ferme dans ses décisions. Il a tout fait pour que tous puissent s'exprimer, estime le cardinal suisse Georges Cottier.

Le lancement spectaculaire de l'oecuménisme, les encycliques et discours sur la paix, la justice sociale et l'inégalité Nord-Sud, l'encouragement de l'Ostpolitik, le dialogue avec les artistes et les non-croyants, les voyages intercontinentaux, les audiences générales du mercredi, la réforme de la curie et la création de conseils pontificaux: tout cela est aussi à son actif.

Pour M. Cottier, Paul VI est "un très grand pape qui a posé les fondements de l'Eglise de François, de la synodalité à l'oecuménisme". "Comme cardinal sous Pie XII, il représentait déjà une ouverture, une grande lucidité par rapport à certains esprits plus fermés. Ses textes ont gardé une grande actualité", selon le Suisse.

Points communs

Après avoir canonisé en grande pompe Jean XXIII et Jean Paul II en avril, François béatifie - une première étape vers une éventuelle canonisation - un pape moins médiatique, à l'écoute comme lui des pulsations de son époque et des "situations concrètes".

Souvent comparé à Jean XXIII pour sa bonhommie, François rejoint en effet aussi Paul VI: peu après son élection en 1963, Giovanni Battista Montini avait déposé la tiare pontificale sur l'autel de la basilique Saint-Pierre, tout comme Jorge Bergoglio a renoncé à la croix pectorale en or.

Si Jean Paul II a remporté la palme des voyages intercontinentaux, c'est Paul VI qui avait lancé le mouvement. Des voyages de pèlerin, de l'Afrique à l'Asie, peu médiatisés. Les dernières années de son pontificat ont cependant pris des allures de chemin de croix pour ce pape stoïque, à la santé fragile, mal compris, devenu impopulaire.

Difficile fin de pontificat

Son pontificat s'est achevé sur les "années de plomb" en Italie, avec l'enlèvement et l'assassinat par les Brigades Rouges de son ami Aldo Moro, président de la Démocratie Chrétienne, quelques mois avant sa mort.

La révolution sexuelle de Mai 1968, les innovations liturgiques, les évêques contestataires, le départ de milliers de prêtres et religieux, la rébellion des traditionalistes lefebvristes lui ont aussi montré à quel point l'Eglise post-conciliaire était en crise.

Et avec son encyclique Humanae Vitae de 1968, qui se prononce contre la contraception, "la papauté et l'enseignement de l'Eglise sur la sexualité ont perdu jusqu'à aujourd'hui leur crédibilité", affirme le mouvement contestataire "Nous sommes l'Eglise". Paul VI a longtemps souffert de cette réputation d'homme contre son temps, lui qui avait essayé d'être à son écoute.

L'actuel pape François fait coïncider cette béatification, à laquelle Benoît XVI participera, avec la fin du synode sur la famille. Une manière d'honorer celui qui avait lancé l'institution de cette assemblée consultative des évêques et de rendre hommage à la créativité de "l'esprit du Concile".