Crash du F/A-18: "une journée noire pour l'armée et pour les Forces aériennes"

Un avion de combat F/A-18 D biplace des Forces aériennes suisses s'est écrasé mercredi près d'Alpnachstad (OW). Deux membres d'équipage se trouvaient à bord. Le Département fédéral de la défense (DDPS) craint le pire et pense qu'ils ont perdu la vie. (Galerie photo)
24 oct. 2013, 07:45
Armeechef Andre Blattmann waehrend der Pressekonfenz in Alpnach, am Mittwoch, 23. Oktober 2013. Ein F/A-18-Jet der Schweizer Armee ist am Mittag am Lopper bei Alpnach-Dorf im Kanton Obwalden am Vierwaldstaettersee abgestuerzt. Es wird vermutet, dass beide Insassen des Flugzeugs beim Absturz ums Leben gekommen sind. (KEYSTONE/Urs Flueeler)....Head of Swiss army Andre Blattmann during a press conference in Alpnach, Switzerland, Wednesday, October 23, 2013. A  Swiss army's F/A-18 jet crashed this afternoon near Alpnach, Switzerland. Both occupants of the jet were probably killed in the plane crash. (KEYSTONE/Urs Flueeler)

L'armée s'est montrée profondément affectée. "Nous ne pouvons pas nous dire confiants", a dit Aldo Schellenberg, commandant des Forces aériennes suisses lors d'une conférence de presse organisée mercredi sur place. "C'est une journée noire pour l'armée et pour les Forces aériennes".

Deux appareils F/A-18, un biplace et un monoplace, avaient décollé de Meiringen (BE) à 13h35 et survolaient le secteur d'Alpnach pour un entraînement. Ils devaient simuler un exercice de police du ciel et de combat entre eux.

Vers 14 heures, le biplace s'est écrasé contre une falaise surplombant le lac d'Alpnach, un des bras du lac des Quatre-Cantons. Le crash a très probablement coûté la vie au pilote et à son passager. "Les images sur place laissent supposer le pire", a déclaré le chef de l'armée André Blattmann, très attristé, devant les médias.

Peu d'informations sûres étaient disponibles en début de soirée. On ignorait notamment si les deux membres d'équipage ont activé les sièges éjectables.

Le pilote du deuxième F/A-18, le monoplace qui a réussi à se poser sain et sauf à Meiringen (BE) par la suite, a dû effectuer une manoeuvre d'urgence au-dessus de la zone du crash. Pendant un virage à 180 degrés, il a passé au guidage par instruments, a interrompu le virage et est monté en flèche vers le ciel, a expliqué Aldo Schellenberg.

Exercice ou situation d'urgence?

"Il s'agit d'une action d'urgence normale, applicable lors de mauvaises conditions météo", a précisé un pilote présent, Pierre de Goumoëns. On ignore si cet "emergency climbout", comme on appelle la manoeuvre, s'est fait pour l'exercice ou s'il s'agissait d'une vraie situation d'urgence.

"On ignore quelle était la visibilité au moment du crash, mais la météo a permis l'exercice", a déclaré Aldo Schellenberg. Le F/A-18 accidenté n'a pas émis de signal d'urgence et n'a pas annoncé de problème. "La région ne présente pas de difficultés particulières et les pilotes sont formés pour", a ajouté Pierre de Goumoëns.

Longue enquête

La justice militaire a ordonné une enquête. "Celle-ci pourrait durer des semaines voire des mois jusqu'à sa conclusion", a déclaré le porte-parole de la justice militaire Tobias Kühne. L'armée a provisoirement suspendu le service de vol avec des jets, ajoute le DDPS dans un communiqué.

De premiers éléments - comme l'altitude de vol - devraient être connus dès ce jeudi. L'endroit du crash a été sécurisé et les travaux de récupération éventuelle des deux hommes disparus et des débris de l'avion devaient se poursuivre dans la nuit.

Le major responsable est Alexander Pfister. Il sera secondé de deux adjoints de la justice militaire pour l'enquête. L'Institut forensique de la police cantonale de Zurich a également été sollicité.

Nuages épais

Selon MétéoSuisse, les conditions météorologiques étaient mauvaises dans la région. Lors de la chute du F/A-18, il a pu légèrement pleuvoir et la couverture nuageuse était basse.

Le vent était faible sur l'aérodrome d'Alpnach. En altitude, comme sur le Mont Pilate (OW/NW), des bourrasques allant jusqu'à 50 km/h ont été enregistrées.

Un barrage flottant a été installé sur le lac pour retenir une éventuelle fuite d'hydrocarbure. Les lieux sont chargés en voies de transports: la route cantonale longe le lac, alors que l'entrée des tunnels d'une bretelle d'autoroute et de la ligne de chemin de fer Lucerne-Interlaken (BE) se trouve à proximité immédiate du lieu du crash.

Deuxième accident

La chute d'un avion de combat F/A-18 de l'armée dans le canton d'Obwald est le deuxième accident d'un avion de ce modèle depuis 1998. Le 7 avril de cette année-là, un F/A-18 D s'était écrasé au-dessus de Crans Montana (VS) pendant un exercice d'interception avec un autre avion de ce type. Le crash avait fait deux victimes. Depuis 1941, les Forces aériennes suisses ont enregistré quelque 400 accidents ayant fait plus de 350 morts.

Des témoins de l'accident racontent ce qu'ils ont vu

"J'ai vu une gigantesque explosion", racontait cet après-midi une auditrice de Radio Pilatus sur le site de cette dernière. "Je regarde toujours par la fenêtre de mon bureau lorsque j'entends un avion. Et là, tout à coup, j'ai vu un mur de flamme apparaître". "On est encore sous le choc au bureau", conclut-elle. Une réceptionniste de l'hôtel Röösli d'Alpnachstad, jointe par téléphone, raconte qu'elle voit "énormément de voitures passer devant l'hôtel". "Je n'ai jamais vu autant d'agitation à Alpnachstad", explique-t-elle.

"On écoute la radio pour en savoir plus, mais je ne peux rien voir de moi-même à cause de la pluie et de la brume", raconte-t-elle encore.