Votations fédérales: la loi sur la chasse fait resurgir le débat sur le loup

Les discussions sur la présence du loup refont surface avec la votation consacrée à la loi sur la chasse. Le danger qu’il fait peser sur les troupeaux fait régulièrement débat, en Valais notamment.

25 août 2020, 10:41
Les loups se retrouvent au coeur de la révision de la loi sur la chasse.

La révision de la loi sur la chasse qui sera soumise au peuple le 27 septembre concerne de nombreuses espèces animales. En Suisse, et en Valais surtout, la discussion se cristallise autour du loup et du danger qu’il fait peser sur les alpages, en particulier ceux reconnus comme non protégeables, et au pastoralisme.

Il y a actuellement environ 80 loups qui vivent en Suisse. Au moins dix meutes ont été répertoriées, sept dans les Grisons, trois en Valais et le Jura vaudois. Ce sont aussi dans ces régions que les éleveurs pratiquent l’estivage alpin. Il existe ainsi 150 alpages à moutons en Valais, selon les chiffres du Service de l’agriculture (SCA), sur lesquels paissent environ 40’000 bêtes.

Le nombre d’animaux tués dépend principalement de la protection des troupeaux, rappellent la Confédération et le Kora qui répertorie tous les indices de présence de loups signalés. Depuis 2009, les loups tuent ainsi entre 300 et 500 chèvres et moutons par an en Suisse, y compris dans les troupeaux protégés.

Le nombre annuel de victimes est relativement constant malgré la progression du nombre des loups. Un progrès qui coûte «néanmoins» 1,6 million, indique le SCA. La moitié est à la charge de l’exploitant et l’autre moitié à celle des pouvoirs publics.

La protection

Les éleveurs sont appelés à protéger leurs troupeaux avec des barrières électrifiées, un berger, des parcs de nuit, un ou plusieurs chiens de protection des troupeaux (CPT), ou les quatre à la fois. Sur 25% des alpages valaisans, ces solutions ne sont pas applicables pour des raisons de coûts ou de topographie. Il s’agit «plutôt d’alpages aux cheptels réduits, soit quelques centaines de bêtes», note le SCA.

C’est le cas du site de Valsorey, situé sur les hauts de Bourg-Saint-Pierre dans le Val d’Entremont. Début août, le garde-faune professionnel de la région a constaté la mort de 28 moutons. Selon les premiers éléments, trois attaques différentes de loup(s) se sont produites, indique le Service de la faune (SCPF).

 

Cet alpage n’est pas protégeable pour différentes raisons : il n’est pas accessible en véhicule, il n’y a pas suffisamment de moutons pour assurer le salaire d’un berger dont l’absence ne permet pas la mise en place de parcs de nuit. Enfin, plusieurs chemins pédestres très fréquentés traversent l’alpage rendant le risque de conflits avec des chiens de protection trop important.

Tourisme

Cette situation attriste Isabelle Germanier, membre du Groupe Loup Suisse (GLS), une association qui milite pour la protection et l’étude du loup. «Couplé au parc de nuit électrifié, le chien de protection est le meilleur moyen d’éviter les attaques, il est vital de lui laisser faire son travail.»

De son côté, le randonneur doit s’informer sur le site protectiondestroupeaux.ch. Elle rappelle que la quasi-totalité des incidents ont été des charges ou pincements sans perforation de la peau, contrairement aux morsures des chiens domestiques.

Le chien de protection est le meilleur moyen d’éviter les attaques, il est vital de lui laisser faire son travail.
Isabelle Germanier, membre du Groupe Loup Suisse

Il faut absolument donner les moyens aux exploitants de protéger leurs cheptels, même dans les coins les plus reculés afin de rendre la tâche difficile aux loups, la seule solution pour que ceux-ci ne s’habituent à venir se servir dans les troupeaux, affirme Isabelle Germanier dont l’association est en train de «créer un programme de soutien aux éleveurs». Et de se positionner pour des solutions innovantes, comme la pose de cabanons via hélicoptère.

Une étude menée par l’Université de Berne en Valais avait conclu que «l’offre en proies explique à elle seule 53% du processus d’installation des loups». Le loup calcule en effet le rapport risque/bénéfice et non pas le rapport effort/bénéfice. Il pourrait donc aussi choisir de s’installer là où les alpages lui offrent des opportunités sans limite.

Pastoralisme

Au total, depuis le début de l’année les loups ont tué 162 moutons et chèvres en Valais, selon le Service de la chasse, mais l’estivage n’est pas encore terminé. A titre de comparaison, 269 moutons avaient péri en 2018 sur les 40’000 bêtes placées en alpage. Cela signifie que moins de 0,7% du total des bêtes valaisannes est victime du loup.

Dans la mesure où ils ne parviennent pas à les protéger, ils préfèrent cesser leur activité, par dépit et par épuisement.
Isabelle Germanier, membre du Groupe Loup Suisse

L’impact du prédateur est en réalité beaucoup plus grand, insiste le SCA. «Les éleveurs sont très attachés à leurs animaux. Dans la mesure où ils ne parviennent pas à les protéger, ils préfèrent cesser leur activité, par dépit et par épuisement. En Valais, depuis 2008, ce sont ainsi 25 alpages qui ont été abandonnés et pour 2021, à notre connaissance, 10 alpages supplémentaires ne seront plus exploités à cause du loup».

L’enjeu, ici, c’est l’avenir du pastoralisme qui favorise la biodiversité et participe à l’entretien de nos alpages, soutient le service. Et d’ajouter: «une cohabitation viable entre élevage et loup nécessite une véritable régulation, comme le prévoit la révision de la loi sur la chasse.

Abattage illégal

Pour Isabelle Germanier, la révision ne change pas grand-chose à la situation. Le texte pourrait faire penser qu’il sera plus facile d’abattre les loups en parlant de «tirs préventifs» mais ça n’est pas le cas. Les démarches seront longues et la décision ne reviendra pas aux cantons mais à la Confédération.

Pour l’heure, le GLS craint le tir illégal: des louveteaux abandonnés à eux-mêmes ou une meute décapitée de son couple reproducteur peuvent partir en vrille. «Oui, il faut réguler les loups, surtout ceux qui ont appris à déjouer les protections pour éviter des attaques systématiques ou la transmission aux générations futures, mais il est primordial d’éviter de créer des loubards», résume-t-elle.