Vaud: six femmes accusées d’avoir manifesté seins nus sont acquittées

Les accusées ont manifesté seins nus dans les rues de Lausanne lors de la Journée internationale des droits des femmes, en mars dernier.
19 mai 2022, 10:56
/ Màj. le 19 mai 2022 à 18:17
Les six militantes se sont exprimées sur les marches du Tribunal de Montbenon lors de l'ouverture du procès.

Six militantes féministes, femmes et personnes non binaires, ont été acquittées jeudi par le Tribunal de police de Lausanne. Elles étaient accusées d’avoir manifesté seins nus dans les rues de la ville lors de la Journée internationale des femmes du 8 mars 2021.

Elles faisaient partie d’un groupe de 18 personnes ayant défilé sans autorisation dans la capitale vaudoise, dans un contexte de règles strictes liées au Covid-19. Après une quinzaine de minutes, elles avaient été interpellées par la police qui leur avait demandé de décliner leur identité et de se rhabiller.


Toutes ont ensuite reçu des ordonnances pénales de 360 francs plus des frais judiciaires de 200 francs. Douze femmes ont payé les 560 francs alors que six autres s’y sont opposées.

La Préfecture de Lausanne a retenu contre elles la participation à une manifestation interdite de plus de 15 personnes sur l’espace public, le trouble à la tranquillité publique et l’habillement contraire à la décence ou à la morale publique. C’est ce dernier chef d’accusation qui a motivé l’opposition aux ordonnances pénales.

Une seule accusation retenue

Dans son jugement, le président du Tribunal de police de l’arrondissement de Lausanne, Giovanni Intignano, a libéré les six militantes des deux derniers chefs d’accusation. Il les condamne en revanche du premier chef d’accusation à 250 francs d’amende et frais de justice au total.

Les six prévenues ont poussé un ouf de soulagement à la sortie du tribunal. «C’est une victoire, notre objectif est atteint, à savoir une jurisprudence potentiellement utilisable pour d’autres femmes et pour d’autres manifestations», a dit l’une d’elles.

«Sexualisation discriminante»

Lors du procès en matinée, les six activistes – qui ont créé un collectif nommé «Revoltétons-nous!» – avaient dénoncé une «sexualisation discriminante» de la part des autorités. «Il est révoltant que lors d’une marche féministe, des torses nus puissent être jugés 'indécents' ou 'immoraux'», avaient-elles affirmé.

Une de leurs avocates avait relevé l’aspect discriminatoire du Règlement général de police de la commune de Lausanne sur l’habillement, qui «n’est pas neutre», qui «cible les femmes». «Un homme ne se verrait pas infliger les mêmes sanctions qu’une femme s’il manifestait torse nu», avait-elle lancé.

par Keystone - ATS