Un statu quo qui signe la défaite de l'UDC

Le statu quo a prévalu lors de l'élection du Conseil fédéral mercredi à Berne mais, paradoxalement, il est le révélateur d'une nouvelle donne où l'UDC fait figure de grande perdante, analyse jeudi la presse romande.

15 déc. 2011, 06:41
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Pêchant par arrogance, selon elle, le parti agrarien ne peut imputer sa défaite qu'à lui-même.

"C'est le paradoxe de la démocratie suisse. Le statu quo est un changement. Certes, le décompte des sièges n'a pas changé avec la réélection confortable d'Eveline Widmer-Schlumpf et l'entrée au Conseil fédéral du socialiste fribourgeois Alain Berset. Politiquement, la fameuse concordance fait pourtant une victime, l'UDC", qui n'a pas obtenu de second siège, observe dans son éditorial "Le Temps".

"La Tribune de Genève" abonde dans ce sens, allant jusqu'à parler d'un "changement spectaculaire" enteriné "dans un contexte politique bouleversé". "En validant cette configuration exotique où le plus grand des partis et le minuscule PBD pèsent d'un même poids au gouvernement, les parlementaires ont brisé les lois élémentaires de l'équilibre", note le quotidien genevois.

Ainsi, affirme ce dernier, "la concordance est morte" mercredi. "Jusqu'aux prochaines élections du moins".

Situation qui n'est pas perçue comme problématique par le "Quotidien Jurassien": "Pour résoudre les multiples équations à multiples inconnues qui l'attendent, l'exécutif à d'avantage besoin de cohérence et de stabilité que de concordance arithmétique", assure-t-il, se félicitant du statu quo.

"Tel un poulet sans tête"

L'échec de l'UDC était en tout état de cause prévisible, s'accordent à l'unanimité les journaux: "Ce parti n'a en fait réussi qu'à se mettre à dos tous ses partenaires potentiels avec ses candidatures bricolées au lendemain de sa défaite électorale du 23 octobre", constatent l'"Express" et l'"Impartial" dans leur éditorial commun.

"L'UDC a donné d'elle-même une image de poulet sans tête, lançant Jean-François Rime dans un combat pathétique et perdu d'avance", juge pour sa part "Le Temps", qui parle d'un "parti fort mais entêté jusqu'à la défaite". "Dans son désespoir", l'UDC est même allée jusqu'à donner "le coup de pied de l'âne aux libéraux-radicaux, ultimes et frêles alliés", relève quant à lui le "Quotidien Jurassien".

"Un hara-kiri volontaire"

Pour la "Tribune de Genève", "jamais au cours des vingt dernières années l'UDC ne s'est pareillement fourvoyée". Mais cet hara-kiri était toutefois "involontaire": "Tout indique que Blocher et les siens ont entraîné le parti dans la débandade par erreur. Trop sûrs d'eux et incapables de voir que la base du parti ne les suit pas sur la voie de la radicalisation".

"Cette élection a aussi confirmé l'absence de relève derrière Blocher, le père castrateur. Les pitoyables épisodes du duo fantôme Zuppiger-Walter sur fond d'affaires malodorantes en témoignent", ajoute le quotidien.

Des alliances plus si évidentes

Le refus d'accorder un second siège à l'UDC "aura des conséquences concrètes, en particulier dans le jeu des alliances au sein de la droite", les radicaux ayant été blessés par la tactique cavalière du parti agrarien, augure "Le Temps".

Et "l'émiettement du centre rendra plus difficile l'établissement de majorité claires au parlement", avertit le quotidien, pour qui le statu quo "peut renforcer ou rendre plus instable un système dans un contexte économique qui s'annonce à haut risque".

Côté alémanique, la "Neue Zürcher Zeitung" affiche ses craintes, soulignant l'imprudence d'une représentation asymétrique des rapports de force au sein du gouvernement "parce que fondamentalement deux sièges reviennent à l'UDC". La nouvelle configuration est "risquée", selon le quotidien zurichois, un avis partagé par une grande partie de la presse outre-Sarine, qui estime que l'UDC est dans son bon droit.

Alain Berset, un "bon élève"

Quant à l'élection du socialiste fribourgeois Alain Berset, elle passe largement au second plan dans les journaux de jeudi. Ceux-ci reconnaissent en lui un homme "sobre" à la carrière "exemplaire", tout en rendant hommage aux compétences de son colisitier vaudois, Pierre-Yves Maillard.