Prisons: Genève inaugure sa nouvelle entité Curabilis

Le nouvel établissement pénitentiaire de Curabilis à Puplinges, inauguré ce vendredi à Genève, accueillera 92 détenus dangereux atteints de trouble psychiatriques. Cette prison est inaugurée dans un climat de tension avec la grève annoncée des gardiens de prison et suite au drame d'Adeline, assassinée par un détenu lors d'une sortie.
04 avr. 2014, 15:54
Genève a concrétisé vendredi une promesse faite aux cantons latins vieille de 45 ans, avec l'inauguration de la nouvelle prison Curabilis à Puplinge (GE).

Genève a inauguré vendredi sa nouvelle prison-hôpital Curabilis à Puplinge (GE). Le canton concrétise une promesse faite aux autres cantons latins il y a plus de 45 ans en mettant en service un établissement destiné à accueillir 92 détenus dangereux nécessitant des soins psychiatriques.

Les premiers détenus sont attendus d'ici la fin du mois dans cette structure unique en Suisse. "Curabilis: c'est le meilleur de la privation de liberté avec le meilleur de la psychiatrie", a relevé Florian Hübner, directeur du nouvel établissement concordataire.

Il s'agit d'une approche qualitative et non pas quantitative, a souligné Pierre Maudet, chef du département de la sécurité. "Privation de liberté ne signifie pas privation de sécurité ou de dignité", a-t-il insisté. Le suivi médical est poussé, mais Curabilis reste un hôpital dans une prison, a-t-il ajouté.

Les priorités du Conseil d'Etat sont claires à cet égard: il veut une levée du secret médical en milieu carcéral. Le secret médical ne peut pas s'opposer au droit supérieur de la société à la sécurité, a relevé Mauro Poggia, conseiller d'Etat à la tête du département de la santé. Le Grand Conseil devra trancher.

Puits de lumière

Curabilis, situé dans l'enceinte de la prison de Champ-Dollon, est composé de plusieurs pavillons de couleurs, disposés autour d'un anneau central. Quatre d'entre eux sont destinés à des unités de mesures, c'est-à-dire à des détenus condamnés à une mesure thérapeutique pour des troubles mentaux, des addictions ou sous le coup d'une mesure d'internement.

Les pavillons comprennent chacun entre 15 et 16 cellules individuelles de 15 m2 avec douche et WC. Des puits de lumière et de grandes fenêtres aux vitres blindées amènent de la clarté. Des espaces de soins, des ateliers, des fumoirs ainsi que des parloirs ordinaires, intimes et familiaux complètent les infrastructures. Sur 62 places, cinq sont réservées à des femmes.

Unité de crise

Un autre pavillon accueille la nouvelle Unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire (UHPP). Cette unité de crise est dotée de 15 places pour des détenus nécessitant une prise en charge psychiatrique aiguë. Les patients ne peuvent l'intégrer que sur indication médicale et devraient y séjourner en moyenne entre 2 et 3 semaines.

Enfin, un pavillon abrite une unité de sociothérapie de 15 places. "Ce concept de prise en charge méritait de survivre au drame de La Pâquerette", a relevé M.Hübner. Souffrant de graves troubles de la personnalité, les détenus sont pris en charge dans un groupe dans le but de favoriser leur resocialisation puis leur réinsertion.

Un bâtiment administratif, des ateliers et une salle de gymnastique complètent l'ensemble. Plus de 400 caméras surveillent le site.

Problème de recrutement

Côté personnel, 200 personnes travailleront à terme pour Curabilis, dont deux tiers issues du milieu médical et un tiers du milieu pénitentiaire. L'engagement de ces collaborateurs est l'un des enjeux majeurs pour le fonctionnement de Curabilis.

Il est en effet difficile de recruter du personnel médical peu enclin à travailler dans ce type de structure après le drame d'Adeline, a relevé M.Poggia. Par conséquent, l'ouverture de Curabilis ne se fera que progressivement. Les premiers patients intégreront l'UHPP à la fin du mois. Suivront deux unités de mesures et l'unité de sociothérapie.

Soulager Champ-Dollon

Les deux autres unités de mesures accueilleront dans un premier temps 32 détenus de Champ-Dollon qui est en surpopulation chronique. Une décision prise en accord avec les cantons romands, a relevé le conseiller d'Etat Pierre Maudet. Au final, Curabilis devrait tourner à plein régime au début 2016. La pression est forte, étant donné que le nombre de places est déjà inférieur à la demande.

Le crédit d'investissement pour Curabilis s'élève à 88,7 millions de francs, auxquels s'ajoutent 20 millions pour des structures communes avec Champ-Dollon. Le coût de la place de détention est fixé à 550 francs pour les détenus placés par les autres cantons romands. Mais ce prix largement sous-estimé sera renégocié en 2015, selon M.Maudet.