Nucléaire: mettre les génération futures en garde

Les déchets nucléaires ne sont pas le seul problème à résoudre. Il s'agit également de prévenir les futures générations.

08 févr. 2012, 12:14
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La recherche d'un site définitif en Suisse pour  abriter les déchets nucléaires n'est pas le seul problème à  résoudre. Reste à trouver une signalisation durable pour mettre en  garde les générations futures. La réflexion, peu avancée, explore  des domaines variés, jusqu'à créer une nouvelle mythologie.

Comment s'imaginer la vie des peuples dans plusieurs milliers  d'années? Quelles langues et écritures auront-ils? Ces questions qui  paraissent très hypothétiques pour l'ère actuelle prennent toute  leur importance dès lors qu'il faut penser en termes de centaines de  milliers voire millions d'années, le temps de dangerosité des  radiations d'uranium.

La Suisse va stocker des déchets hautement radioactifs qui  devront être sécurisés pour au moins un million d'années. Dans cette  perspective, il s'agit de trouver une méthode pour informer et  protéger les populations pour les 10'000 ans à venir. A titre de  comparaison, les pyramides des Egyptiens sont vieilles d'à peine  5000 ans mais leurs hiéroglyphes n'ont été déchiffrés qu'au 19e  siècle.

La question de la signalisation des sites de déchets nucléaires  agite donc la communauté scientifique dans le monde entier depuis  plusieurs années. Parmi eux le géologue et sociologue Marcos Buser,  spécialiste de la gestion durable des déchets à Zurich, qui a publié  en 2010 une étude sur ce thème.

L'argile

Le chercheur privilégie quant à lui un marquage en surface,  composé de milliers voire millions de mottes d'argile qui  formeraient des dessins par exemple de têtes de mort ou de rayons  dangereux. «Le matériel ne doit pas être précieux afin qu'il ne soit  pas volé», explique M. Buser dans un entretien à l'ats.

Pour cet expert, l'utilisation de monuments de pierre ou  d'inscriptions ne constitue pas une bonne solution: ce type de  signal peut être détruit, s'effriter ou être déplacé.

Il juge en revanche nécessaire d'intégrer dans cette stratégie  les villages situés dans la zones d'un site de déchets. «Il est  nécessaire de créer une culture du souvenir» de manière à  transmettre de génération en génération la connaissance sur le  danger potentiel.

L'auteur estime aussi intéressant le recours à des récits  mythologiques. Le message essentiel pourrait être transmis par le  biais d'histoires qui seraient racontées par delà les temps. «Tous  les grands mythes des peuples comme l'histoire de la création ont eu  un impact important dans l'histoire», rappelle-t-il.

Les chats

La discussion a aussi donné lieu à des solutions surréalistes. En  1990, la scientifique française Françoise Bastide a proposé d'élever  des chats radio-sensibles: les animaux, marqués génétiquement, se  seraient colorés au contact des rayons.

La signalétique visant à protéger la population n'est pas le seul  problème à envisager. Il faut aussi s'assurer que les sites de  stockage soient protégés des desseins néfastes des humains. «Il est  parfaitement plausible d'imaginer des personnes qui veuillent piller  un site pour voler le plutonium en vue d'une bombe», selon Marcos  Buser. Les temps de paix ne sont pas la norme dans l'histoire.

Paradoxalement, cette réflexion ne suscite pas de grand débat.  Selon l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), la discussion doit être  menée au niveau international. La Suisse participe à un projet de  l'OCDE sur la problématique du marquage.

Les débuts

L'un des problèmes majeurs est qu'il n'existe pas encore  d'exemple à disposition. Il n'y a dans le monde encore aucun site de  stockage définitif pour les déchets hautement radioactifs issus des  centrales nucléaires.

On ne connaît que le «Waste Isolation Pilot Plant», le centre de  stockage de déchets radioactifs militaires installé dans le Nouveau  Mexique, qui est exploité depuis 1999. Ce site doit être signalé  entre autres par des monolithes de granit d'une hauteur de 8 mètres.

La Suisse va encore attendre longtemps avant de se décider pour  un concept de signalisation. Selon l'OFEN, ce n'est qu'aux alentours  de 2040 que l'on devrait disposer d'une décision dans le cadre d'une  autorisation de construire un site définitif. Le marquage sera du  ressort de la Nagra.

Questions sur les comprimés d'iode

Les comprimés d'iode et la sortie du nucléaire suscitent le plus grand nombre de questions sur la «hotline» de l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP). Cette assistance téléphonique fonctionne jusqu'à vendredi.

Elle est un des éléments de la campagne d'information sur la protection en cas d'urgence à proximité des centrales nucléaires lancée début février. Quelque 630'000 dossiers ont été adressés aux habitants dans un rayon de 20 kilomètres autour des centrales. Ces documents livrent notamment une liste de comportements à suivre.

Par ailleurs une «hotline» a été mise à disposition. Une évaluation détaillée de ce servise doit être présenté à l'OFPP la semaine prochaine. D'ores et déjà, il apparaît que deux questions reviennent souvent. L'une porte sur l'approvisionnement de la population en comprimés d'iode et l'autre sur la décision politique de sortir du nucléaire.

Dépôts régionaux

«Certaines personnes réalisent qu'elles n'ont pas ces tablettes d'iode ou ne les ont plus. Elles demandent donc où elles peuvent en obtenir», a expliqué mercredi à l'ats Kurt Münger, porte-parole de l'OFPP.

«Ils doivent s'adresser à leur commune qui les leur remettra». En dehors des zones concernées, les comprimés d'iode ne sont pas distribués à la population mais conservés dans des dépôts régionaux. Ils pourront le cas échéant être remis aux habitants. La prise d'iode est un moyen efficace pour protéger la thyroïde en cas de rejet d'iode radioactif.

L'une ou l'autre personne se demande s'il est encore possible de se promener à proximité des installations. D'autres encore réclament des dossiers d'information supplémentaires, lesquels sont envoyés gratuitement «pour autant qu'il s'agisse d'une quantité raisonnable», précise-t-on à l'OFPP.

Utilité du nucléaire

Maintes questions portent aussi sur l'utilité ou non pour la Suisse de sortir du nucléaire ou s'il est raisonnable de conserver cette technologie. «Dans ce cas, les répondants rappellent que la 'hotline' n'est pas une contribution pour ou contre l'énergie nucléaire mais une contribution prescrite par la loi à la protection en cas d'urgence.»

Le service d'assistance a été externalisé et confié à une entreprise qui n'a pour l'heure pas détaillé le nombre d'appels déjà reçus. Après avoir reçu la documentation, certaines personnes ont directement contacté des offices fédéraux pour y poser leurs questions. L'OFPP en a ainsi reçu une centaine.

La «hotline» renseigne de 08h00 à 19h00 jusqu'à vendredi. Ce service peut être joint au 061/202 05 69 (français) et 061/202 05 70 (allemand).