Le réchauffement climatique s’accélère, «alerte rouge» pour l’humanité

La planète va subir une augmentation «sans précédent» des événements météo extrêmes comme les canicules ou les pluies diluviennes, même si le monde parvient à limiter le réchauffement à +1,5°C, a prévenu lundi le rapport des experts climats de l’ONU (Giec).

09 août 2021, 10:35
Mi-juillet, l'Allemagne a été frappée par de terribles inondations, comme ici à à Schuld.

Le réchauffement de la planète pourrait atteindre le seuil de +1,5°C autour de 2030, dix ans plus tôt qu’estimé. De nouveaux désastres «sans précédent» menacent l’humanité, déjà frappée par des canicules et inondations en série, alerte le GIEC.

A moins de trois mois de la conférence climat COP26 à Glasgow, le constat choc des experts climat de l’ONU (GIEC) publié lundi, sonne comme un branle-bas de combat : les humains sont «indiscutablement» responsables des dérèglements climatiques et n’ont d’autre choix que de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, s’ils veulent en limiter les dégâts.

 

 

Ce premier rapport d’évaluation depuis sept ans, adopté vendredi par 195 pays, passe en revue cinq scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, du plus optimiste à l’hypothèse du pire.

 

Plus tôt que prévu

Dans tous les cas, la planète devrait atteindre le seuil de +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle autour de 2030. Dix ans plus tôt que la précédente estimation du GIEC en 2018.

Ensuite, d’ici 2050, la hausse se poursuivrait bien au-delà de ce seuil – qui est une des limites-clés de l’Accord de Paris – même si le monde parvenait à réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre.

Et si ces émissions ne sont pas drastiquement réduites, les +2°C seront dépassés au cours du siècle. Ce qui signerait l’échec de l’Accord de Paris et son objectif de limiter le réchauffement «bien en deçà» de +2°C, si possible +1,5°C.

 

Suisse aussi concernée

La Suisse ne va pas échapper à cette évolution. Elle risque de connaître davantage de vagues de chaleur, de fortes précipitations et de sécheresse. «Touchant l’agriculture et les écosystèmes, celles-ci augmenteront en fréquence et en intensité dans l’ouest de l’Europe centrale, et donc aussi en Suisse, à mesure que le réchauffement de la planète s’accentuera», déclare Sonia Seneviratne.

 

 

La Suisse va s’engager pour une protection du climat efficace à l’échelle mondiale lors de la COP 26, indique Simonetta Sommaruga lundi dans un tweet. «Le GIEC confirme ce que les ministres des pays impactés me décrivent», écrit-elle après la publication du rapport du groupe d’experts.

 

Conséquences visibles

Alors que la planète a gagné pour l’instant +1,1°C, le monde voit de ses propres yeux les conséquences déjà à l’oeuvre. Encore plus cet été, avec les images de flammes ravageant l’Ouest américain, la Grèce ou la Turquie, des flots submergeant des régions d’Allemagne ou de Chine, ou un thermomètre qui frôle les 50°C au Canada.

«Si vous pensez que ça, c’est grave, rappelez-vous que ce que nous voyons aujourd’hui n’est que la première salve», commente Kristina Dahl, de l’organisation Union for Concerned Scientists.

Même à +1,5°C, les canicules, inondations et autres événements extrêmes vont augmenter de manière «sans précédent» en termes d’ampleur, de fréquence, d’époque de l’année où elles frapperont et de zones touchées, prévient le GIEC.

 

Appels à l’action

Face à cet avenir apocalyptique, les appels à agir se multiplient. «Stabiliser le climat va nécessiter une réduction forte, rapide, et durable des émissions de gaz à effet de serre, pour atteindre la neutralité carbone», insiste Panmao Zhai, coprésident du groupe d’experts ayant élaboré ce premier volet de l’évaluation du GIEC.

Ce rapport doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles avant qu’ils ne détruisent notre planète.
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU

Le deuxième volet sur les impacts, prévu pour février 2022, montre en détail comment la vie sur Terre sera inéluctablement transformée d’ici 30 ans, voire plus tôt, selon une version préliminaire obtenue par l’AFP.

Le troisième volet sur les solutions est attendu en mars. Mais la voie à suivre est déjà largement connue pour mettre en place la transition vers une économie décarbonée.

«Ce rapport doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles avant qu’ils ne détruisent notre planète», a ainsi plaidé le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, accusant ces énergies et la déforestation «d’étouffer la planète».

 

Conséquences irréversibles

Et certaines conséquences du réchauffement sont de toute façon «irréversibles», insiste le rapport. Sous l’influence de la fonte des glaces polaires, le niveau des océans va continuer à augmenter pendant «des siècles, voire des millénaires». La mer, qui a déjà gagné 20 cm depuis 1900, pourrait encore monter d’environ 50 cm d’ici 2100, même à +2°C.

Pour la première fois, le GIEC souligne également «ne pas pouvoir exclure» la survenue des «points de bascule», comme la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique ou la mort des forêts, qui entraîneraient le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

Mais ce n’est pas une raison pour abandonner le combat, au contraire, insistent scientifiques et militants. Parce que le changement climatique ne se déchaîne pas par magie à un certain seuil : chaque fraction de degré compte et renforce les impacts.