Le procureur de la Confédération Michael Lauber démissionne

Michael Lauber, procureur général de la Confédération, a annoncé ce vendredi sa démission. Cette décision fait suite à une décision du Tribunal administratif fédéral.

24 juil. 2020, 11:44
/ Màj. le 24 juil. 2020 à 12:47
Le procureur général de la Confédération Michael Lauber démissionne. Il continue toutefois à rejeter fermement les accusations de mensonge.

Le procureur général de la Confédération Michael Lauber démissionne. Il continue toutefois à rejeter fermement les accusations de mensonge, dit-il vendredi dans un bref communiqué du Ministère public de la Confédération.

Michael Lauber réagit à une décision du Tribunal administratif fédéral publiée le même jour. Saisi par le Procureur général lui-même, le TAF juge que les reproches formulés à son encontre sont fondés en partie seulement. La sanction, qui correspondait à 8% de son salaire annuel, est réduite à 5%.

Le fait que l’on ne me croie pas en qualité de Procureur général est préjudiciable au Ministère public de la Confédération.
Michael Lauber

Le TAF admet en partie le recours déposé par Michael Lauber contre la décision rendue le 2 mars dernier par l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération (AS-MPC). L’arrêt n’est pas définitif et peut être attaqué devant le Tribunal fédéral.

A l’issue d’une enquête disciplinaire liée aux rencontres du Procureur général avec le président de la FIFA Gianni Infantino, l’Autorité de surveillance avait conclu à des violations graves et répétées du devoir de fonction. Elle avait prononcé une sanction équivalant à une réduction de 8% de son salaire annuel.

Dans l’intérêt des institutions

«Je respecte la décision du Tribunal administratif fédéral», écrit M. Lauber. «Je continue toutefois à rejeter fermement l’accusation de mensonge. Cependant, le fait que l’on ne me croie pas en qualité de Procureur général est préjudiciable au Ministère public de la Confédération».

Par conséquent, et dans l’intérêt des institutions, M. Lauber offre sa démission à la commission judiciaire compétente. Les modalités seront discutées avec cette dernière directement. Aucun autre commentaire ne sera donné en l’état, ajoute le communiqué du MPC.

Réagissant dans un communiqué, l’AS-MPC souligne que les manquements de M. Lauber sont confirmés pour l’essentiel par le TAF. La dissimulation de la troisième rencontre avec M. Infantino constitue en particulier une violation grave du devoir de fonction.

L’Autorité de surveillance souligne que les déclarations du Procureur fédéral ont été l’élément déclencheur de la procédure disciplinaire. L’intéressé, «qui n’est ni conscient ni convaincu de l’illégalité de ses actes», a porté atteinte à la réputation du MPC, conclut-elle.

Conflit d’intérêts

En revanche, les juges de Saint-Gall confirment que le magistrat se trouvait en conflits d’intérêts lorsqu’il s’est chargé des autorisations de témoigner à ses collaborateurs. Ces tâches auraient dû être déléguées à des procureurs suppléants.

Mais le TAF relativise son comportement jugé déloyal par l’AS-MPC. Certes, les propos de M. Lauber lors de sa conférence de presse de mai 2019 étaient excessifs mais le rapport de confiance avec l’autorité était déjà rompu à l’époque.

Le TAF estime que rien ne permet d’établir que les participants à la rencontre du 8 juillet avec M. Infantino se sont entendus au préalable sur leurs déclarations à l’AS-MPC. Celle-ci retenait là une grave violation du devoir de fonction de la part du Procureur général.

Décision valable

Quant à la rencontre du 16 juin 2017, le TAF juge invraisemblable qu’aucun des participants n’en ait souvenir: «Un tel cas d’amnésie collective relève de l’aberration». Dans ce cas, le Procureur a délibérément caché la vérité à l’AS-MPC, souligne la cour.

Le TAF conclut que M. Lauber s’est rendu coupable de plusieurs violations du devoir de fonction. Dans ces conditions, l’enquête disciplinaire a abouti à une décision formellement valable. Les juges administratifs reprochent cependant à l’autorité le ton parfois très agressif adopté dans le rapport.

Ainsi, l’AS-MPC a exagéré en affirmant que le Procureur général avait fait preuve d’une mauvaise compréhension de sa profession. L’autorité de surveillance a omis ainsi les aspects progressistes de son action et les évaluations positives décernées par le passé.