Le chauffard de l'A9 condamné à trois ans avec sursis dont 8 mois ferme

Le Tribunal correctionnel de Lausanne a condamné l'homme responsable d'un accident mortel sur l'A9 en 2011 à trois ans de prison dont huit mois ferme.

05 sept. 2013, 19:30
L'accident s'était produit dans un secteur en travaux, sur le contournement de Lausanne.

Le Français de 29 ans qui avait fauché mortellement un ouvrier de 24 ans sur l'A9 a été condamné jeudi à trois ans de réclusion avec sursis pendant trois ans, dont huit mois ferme. Le Tribunal correctionnel de Lausanne a été plus sévère que le procureur, qui avait requis deux ans avec sursis.

"La culpabilité de l'accusé est massive", a déclaré le président du tribunal Pierre Bruttin. "Il y a rarement eu autant d'infractions commises en aussi peu de temps". Même s'il a déclaré ses regrets au tribunal et à la famille, la prise de conscience du prévenu n'est pas aussi profonde que ce qu'espérait la Cour.

Alternatives pas prises en compte

Ce qui est encore plus grave, c'est que le jeune homme, un informaticien frontalier, a évoqué la possibilité de se faire reconduire ou de prendre un bus et qu'il y a renoncé malgré quatre avertissements. Il a été inattentif et impatient sur la route au mépris des nombreux panneaux annonçant un chantier parfaitement éclairé et signalé, a relevé le président.

Après avoir embouti un cône, le jeune homme a tenté de se rabattre sur la droite, ce qui montre qu'il ne trouvait pas dans un coma éthylique. Alors qu'il existait des alternatives, il a commis une succession de fautes qui ont coûté la vie à un jeune homme "qui n'a eu comme seul tort que de se trouver sur la route d'un chauffard".

Amnésie contagieuse

La Cour a suivi le Ministère public en retenant l'homicide par négligence, même si le cas est "à la limite du meurtre par dol éventuel" , aggravation réclamée jeudi par l'avocat des parents de la victime. Selon ce dernier, l'accusé ne pouvait ignorer en entrant sur l'A9 le risque qu'il faisait courir à autrui.

Lors du procès jeudi, l'informaticien n'a pas contesté les faits. Il a déclaré ne se souvenir de rien de ce qui s'est passé après l'apéro. "Ce qu'il sait, il l'a reconstitué d'après les témoignages entendus".

Le président a d'ailleurs déploré une amnésie contagieuse dans les accidents graves. Elle contraste selon lui avec les souvenirs précis qu'a le frontalier de sa journée.

Nouveau job

Ce jour-là, l'informaticien participe à un apéritif de travail vers 16 heures. Il boit beaucoup parce qu'il a trouvé un travail mieux rémunéré en Suisse. Il prétend s'être mis d'accord avec une collègue pour ne pas conduire s'il buvait trop.

Vers 20 heures, il prend le volant en dépit des avertissements. Sa collègue tente en vain de l'en empêcher. Elle l'accompagne lors du trajet d'un kilomètre jusqu'à l'hôtel Ibis, où il dort souvent quand il travaille à Lausanne.

Dépassement fatal

Là le jeune homme apprend que la chambre qu'il avait réservée n'est plus disponible. Il fait des avances à sa collègue qui refuse de l'héberger et lui enjoint une nouvelle fois de ne pas conduire. Fâché, il quitte les lieux en voiture pour se rendre au Novotel à Bussigny.

Il s'engage alors sur l'A9 à la jonction de la Blécherette. Ignorant les nombreux panneaux avertissant du chantier et de la fermeture des voies centrale et de gauche, il entreprend immédiatement le dépassement du véhicule qui le précède.

Lors de cette manoeuvre, il heurte un cône puis fauche l'un des deux ouvriers occupés à des travaux de maintenance. Le Bâlois de 24 ans est projeté à une dizaine de mètres et décède sur place. Il a failli tuer également son collègue qui n'a réussi à s'écarter que de justesse, a rappelé le président.

Pas de pardon

En raison de l'alcool ingurgité, entre 2 et 2,64 pour mille, la conscience de son client était fortement altérée", a plaidé son défenseur. Le jeune homme qui avait écrit une lettre d'excuses aux parents de la victime, les a réitérées par oral jeudi. Il a également déclaré avoir économisé 60'000 francs en vue du procès.

La mère de la victime, qui s'auto-inflige des coups pour ressentir la souffrance éprouvée par son fils lui a déclaré que Dieu peut peut-être pardonner, mais elle non. Elle l'a également accusé de mentir à chacune de ses déclarations.