La Bosnie ne veut pas que la Suisse extrade Naser Oric

La Suisse vient de recevoir une demande d'extradition de la part de la Serbie à l'encontre de Naser Oric. La justice bosnienne s'y oppose et veut que la justice helvète refuse cette demande.

22 juin 2015, 17:50
Naser Oric, à droite, est accusé de crimes de guerre par Belgrade.

La justice bosnienne ne veut pas que la Suisse extrade vers la Serbie l'ancien chef militaire musulman de Srebrenica, Naser Oric, que Belgrade accuse de crimes de guerre. Selon elle, une extradition mettrait en danger une procédure en cours en Bosnie.

Cette procédure a été ouverte en 2009 par le parquet pour crimes de guerre de Sarajevo, ont rapporté l'agence de presse bosnienne Fena et Reuters, sans donner plus de détails. Le parquet national de Bosnie a adressé un message à la Confédération pour que Naser Oric puisse répondre de ses actes devant la justice de son pays.

La justice bosnienne s'est déclarée prête à collaborer avec le parquet serbe pour organiser un procès à Sarajevo et à prendre en considération de nouveaux éléments de preuve apportés par la justice serbe, ajoute le service de presse du parquet de Bosnie.

Audition prévue à Genève

La Suisse a reçu lundi la demande formelle d'extradition déposée par la Serbie à l'encontre de Naser Oric, a indiqué un porte-parole de l'Office fédéral de la justice (OFJ). Le ministère public genevois va entendre l'accusé, sur demande de l'OFJ, et le parquet prendra ensuite sa décision sur la base de cette audition et d’une éventuelle prise de position de l’avocat de l'accusé, a-t-il ajouté.

M. Oric a d'ores et déjà fait savoir qu'il contesterait une éventuelle extradition. L'ancien commandant militaire de Srebrenica a été arrêté le 10 juin à la douane de Thônex-Vallard (GE) sur la base d'un mandat d'arrêt émis par la Serbie l'an dernier.

Cet homme de 48 ans est soupçonné d'avoir commis en 1992 des crimes de guerre avec quatre autres personnes dans la localité de Zalazje dans l'est de la Bosnie, près de Sarajevo. Neuf personnes avaient été tuées.

Une ombre sur les 20 ans de Srebrenica

Naser Oric est considéré comme un héros dans son pays. La décision de Belgrade de réclamer son extradition risque d'envenimer davantage les relations entre les deux pays, à trois semaines des commémorations du 20e anniversaire du massacre de Srebrenica, prévues le 11 juillet.

Une membre de l'association des Mères de Srebrenica, Munira Subasic, a appelé Sarajevo à "rompre les relations diplomatiques avec la Serbie". Cette mesure permettrait de montrer que "nous ne restons pas silencieux quand on arrête des personnes innocentes qui ont défendu leur pays", a-t-elle souligné.