L'éternel rebelle genevois Jean Ziegler fêtera ses 80 ans samedi

Eternel révolté face aux injustices et aux malheurs du monde, Jean Ziegler, ancien rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation, pourfendeur des banques et du capitalisme, fêtera ses 80 printemps samedi à Genève.
16 avr. 2014, 15:24
Le sociologue genevois Jean Ziegler, pourfendeur des banques, du capitalisme et de la finance mondiale et éternel révolté face aux injustices du monde, fêtera samedi ses 80 ans.

Jean Ziegler, l'ancien rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, le pourfendeur des banques, du capitalisme et de la finance mondiale, l'éternel révolté face aux injustices et aux malheurs du monde, fête samedi ses 80 ans.

Le sociologue genevois a su se faire un nom à l'étranger où ses livres rencontrent un énorme succès. En revanche, en Suisse, sa virulence de gauche lui a valu pendant longtemps l'inimitié d'une bonne partie de l'establishment.

Jean Ziegler n'a pas perdu son âme de combattant, malgré les années qui passent. "Si je ne luttais pas, je ne pourrais plus me regarder dans le miroir", a-t-il indiqué à l'ats. L'ancien conseiller national (PS) s'insurge encore et toujours contre "l'ordre cannibale du monde", qui fait qu'un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes.

Jean Ziegler s'est retrouvé pour la première fois sous les feux des projecteurs en 1976, lorsque sort son livre "Une Suisse au-dessus de tout soupçon". Une bombe qui dénonce les profits des multinationales suisses aux dépens des plus pauvres, le secret bancaire et la colonisation des institutions helvétiques par les milieux financiers.

Caisse de résonance

Alors qu'en Suisse, on tente par tous les moyens d'étouffer cette attaque en règle contre un certain nombre de mythes qui cimentent le pays, l'ouvrage fait un tabac à l'étranger. La presse internationale s'empare du sujet et offre une formidable caisse de résonance aux thèses du sociologue. La renommée de Jean Ziegler est en marche.

En 1990, il s'en prend à nouveau à la place financière helvétique dans la "Suisse lave plus blanc". Ce livre lui vaut les pires ennuis judiciaires. Jean Ziegler doit faire face à une série de procès, voit son immunité parlementaire levée et est condamné à payer des centaines de milliers de francs de dommages et intérêts.

Au total, Jean Ziegler a publié une vingtaine d'ouvrages, dont certains ont eu un immense écho, comme en 1997 celui intitulé "La Suisse, l'or et les morts", qui dénonce l'attitude de la Confédération durant la Deuxième Guerre mondiale. "Mes livres sont mes armes", a coutume de dire le sociologue genevois.

Jean Ziegler est né à Thoune (BE) le 19 avril 1934 dans une famille protestante conservatrice. Après avoir obtenu sa maturité, il part à Paris pour y étudier le droit. Dans la capitale française, il s'initie au marxisme, devient membre du Parti communiste français, et fréquente Jean-Paul Sartre et l'Abbé Pierre.

Premiers ouvrages consacrés au tiers-monde

A 30 ans, Jean Ziegler rencontre Che Guevara, à qui il a servi de chauffeur lors d'un séjour à Genève. Le révolutionnaire argentin lui conseille de rester en Suisse pour combattre "le monstre". C'est à son retour d'un voyage du Congo, au début des années soixante, que le sociologue consacre ses premiers ouvrages au tiers-monde.

Jean Ziegler a été nommé professeur de sociologie à l'Université de Genève en 1977, où il a enseigné jusqu'en 2002. Il a aussi été rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation de 2000 à 2008. Il s'en est pris à la Banque mondiale, au FMI et à l'OMC, qui sont à ses yeux les "trois chevaliers de l'Apocalypse".

Outre Che Guevara, Jean-Paul Sartre et l'Abbé Pierre, Jean Ziegler évoque encore parmi les figures qui l'ont marqué le défunt président du Venezuela Hugo Chàvez et l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. Aujourd'hui, le sociologue est vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme.

Jean Ziegler a récemment été critiqué pour ses liens avec le colonel Mouammar Kadhafi. Le sociologue estime qu'il s'agit de pure diffamation. Il ne cache pas avoir été invité par le dirigeant libyen à une époque où ce dernier avait encore toute sa tête et recevait les visites de l'ensemble de la gauche européenne.