Grisons: polémique linguistique autour du nom du Musée des Beaux-Arts

Après un incendie en mars dernier, le Musée des Beaux-Arts jouit dorénavant d'une annexe flambant neuve. Le nom de l'institution est cependant au coeur d'une polémique, car aucune traduction romanche, ni italienne, n'apparaît sur la façade du bâtiment.

15 juin 2016, 17:58
/ Màj. le 15 juin 2016 à 18:05
Le Musée des Beaux-Arts des Grisons est désormais au centre d'une polémique linguistique. (archives)

Victime d'un début d'incendie en mars dernier, l'annexe flambant neuve du Musée des Beaux-Arts des Grisons est désormais au centre d'une polémique linguistique. Le nom de l'institution n'apparaît qu'en allemand sur la façade du bâtiment en forme de cube, sans traduction romanche ni italienne, comme l'exige le règlement.

Les représentants des minorités linguistiques du canton n'en ont pas cru leurs yeux, lorsque l'inscription "Bündner Kunst Museum Chur" a été posée mercredi à Coire sans traduction dans les autres langues officielles du canton. Si l'institution se comporte, pour le reste, de manière exemplaire en matière de langues, cette inscription "témoigne d'un manque de sensibilité", déclare à l'ats Andreas Gabriel, porte-parole de la fédération romanche Lia Rumantscha.

"Faux-pas" contraire à la loi?

Même son de cloche de la part de l'union des Grisons de langue italienne, la Pro Grigioni Italiano. Son secrétaire général Giuseppe Falbo parle de "faux-pas". L'architecture du nouveau bâtiment reflète pourtant aussi la culture trilingue du canton, estime-t-il.

Dans une intervention parlementaire, le député italophone au Grand Conseil Luca Tenchio a exigé mercredi une inscription "conforme à la loi". Dans la loi cantonale sur les langues, une ordonnance oblige en effet les autorités à inscrire dans les trois langues officielles grisonnes le nom des bâtiments cantonaux à Coire, le chef-lieu. Ailleurs, ils sont inscrits dans la langue du lieu.

Un logo, en réalité

Le nom posé mercredi sur la façade du nouveau bâtiment est en réalité un logo, se défend le ministre des constructions Mario Cavigelli (PDC), contacté par l'ats. Il ne s'agit donc pas d'une inscription officielle, même s'il en a l'allure, admet-il.

Le rôle de cette inscription portant à confusion, le conseiller d'Etat a donc promis que les versions romanche ("Museum d'art dal Grischun") et italienne ("Museo d'arte dei Grigioni") seraient posées à leur tour sur deux autres façades du bâtiment. Elles n'auront toutefois pas la même allure que le logo trônant sur la façade principale.

La fédération romanche a d'ores et déjà exprimé sa satisfaction et qualifie cette solution de "bonne". Dessinée par le renommé bureau d'architectes barcelonnais Barozzi/Veiga, la prestigieuse annexe sera inaugurée la semaine prochaine.

L'édifice spectaculaire n'est pas poursuivi par la chance. Le 22 mars dernier, un incendie a endommagé son isolation. Maîtrisé rapidement, il n'a pas fait de blessé. Le bâtiment a coûté 28 millions de francs au canton.